CRITIQUE Lion

Lion

Critique du Film

Le cinéma actuel sigle trop facilement « Basé sur une histoire vraie ». Sur les affiches, dans les bandes-annonces et dès le générique de début, le film est obligé de se justifier lui-même de la véracité ou non de son histoire. Comme si cette petite phrase était gage de qualité de son produit. Tout au long de l'histoire du cinéma, des récits véritables ont été adaptés au cinéma. Le spectateur n'avait cependant pas besoin de le savoir ou l’apprenait à la découverte du film. Aujourd'hui, cette justification est devenue un slogan marketing.

À force de trop l'afficher, on devient sceptique sur la qualité même du film. Trop c'est trop, cela en devient même suspect. Lion de Garth Davis affiche clairement son histoire vraie. Ce qui laisse songeur sur le film lui-même. Un récit fantastique sur le périple d'un petit indien de 6 ans qui va se retrouver à traverser l'Inde sur 1600 km par mégarde et naïveté. L'histoire est vraie, c'est un point. Mais les bons films ont cette capacité à vous le faire oublier nous happant dans un périple humaniste de grande envergure. Nous sommes tentés de dire que Lion est un grand film. Mais nous laisserons le temps pour nous donner - et lui donner - raison. Lion est de ces films exotiques nous emmenant sur les traces d'un monde inconnu accompagné d'un aventurier. Se déroulant généralement à la fin du 19e siècle, ici l'aventurier n'a que 6ans et l'histoire se déroule à la fin du 20e siècle. Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans la monumentalité de Calcutta.
Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens. 25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde. Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village. Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Nous sommes tentés de dire que Lion est un grand film. Mais nous laisserons le temps pour nous donner - et lui donner - raison.

Lion est la merveilleuse histoire de ce petit Saroo. Cette histoire incroyable se voit comme un conte moderne où l'enfant est confronté à la dureté du monde. Le film de Garth Davis peut se montrer par fulgurance naïf, mais on peut dire que Saroo a eu beaucoup de chance. La chance mêlée à son intuition quand il est recueilli par cette belle jeune femme lui offrant l'hospitalité. De son périple dans l'immensité de Calcutta, Saroo ne sait jamais ce qui l'attend. Comme à l'arrivée dans la gare principale où il se regroupe avec d'autres orphelins.
En Inde, plus de 80 000 enfants disparaissent chaque année. Saroo en a fait partie se retrouvant pourchassé par des trafiquants d'enfants ou des exploiteurs, voire des mafieux pour la prostitution enfantine. Garth Davis a alors l'intelligence de ne pas trop appuyer sur la noirceur et le sensationnel. Nous ne verrons jamais le malheur des enfants ou ce qui leur arrive. Le but n'est point là, la suggestion est déjà trop sombre.

Garth Davis s'attache à Saroo, petit enfant de la campagne élevé par une mère travailleuse. Ce qui intéresse le metteur en scène est son parcours digne d'un roman de Charles Dickens. On peut citer une référence française avec Hertor Malot et son roman « Sans Famille », Rémi se rapprochant beaucoup de Saroo. Finalement, on s'y attache comme à Oliver ou Rémi, Saroo nous enivrant d'émotion par son simple regard perdu au milieu de cette foule à son arrivée dans la gare. Au départ il agit comme un petit enfant. Saroo se retrouve dans ce virage de la vie suite à un caprice envers son grand frère. Et s'il était resté garder sa petite sœur ?

Un récit inouï sur le destin.

Le seul véritable reproche envers le film est ce manque de force dans un final attendu. Le film a tellement soulevé des montagnes d'émotions et de sentiments que la difficulté pour Garth Davis est insurmontable pour conclure. Serait-ce un manque de savoir-faire dans l'équilibre narratif ? Non, l'histoire est si ahurissante et bouleversante, notamment sa première partie, que la fin en pâtit. Et c'est dire que nous nous en souvenons accrochés aux révélations et l'éclaircissement des faits cette nuit-là. Et si finalement il avait suivi son grand frère ?

Lion est un récit inouï sur le destin. Entre intelligence, émotion et naïveté, Garth Davis nous conte un film à l'ancienne, l'histoire d'un enfant ayant vécu une enfance hors du commun avant de rencontrer l'amour d'une mère et d'une famille. Si la deuxième partie est plus conventionnelle, elle bénéficie de la présence de Dev Patel et le charme de Rooney Mara, souriante et charmante, une chose rare pour être soulignée. Une actrice réservée et belle qui assoit son statut d'espoir après ses rôles chez Todd Haynes (Carol) ou David Fincher (The Social Network/Millenium).

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

Mathieu Le Berre

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