Critique Silence

Silence
Peut-être le film le plus ambitieux et le plus personnel de Martin Scorsese, Silence est une oeuvre boursouflée, dense, parfois hermétique mais jamais inintéressante.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

Martin Scorsese est un cinéaste qui met parfois du temps à monter ses projets, que ce soit pour mieux les mûrir ou que ce soit simplement par contraintes financières. En témoignent La Dernière Tentation du Christ et Gangs of New York qui ont vu le jour bien des années après avoir été annoncés et ce avec des difficultés notoires. Le cas de figure est similaire avec Silence, projet que Scorsese a mûri pendant près de trente ans. L’une de ses plus grandes ambitions, sans cesse repoussée et maintes fois annoncée. Déjà en 2008 pour la promo de Shine a Light, le cinéaste annonçait : ''cette fois, c’est sûr, le prochain film que je fais est Silence !''. Shutter Island, Hugo Cabret et Le Loup de Wall Street ont suivi et toujours pas de Silence à l’horizon, un temps annoncé avec Daniel Day-Lewis, Benicio Del Toro et Gael Garcia Bernal.

Le voilà donc enfin ce mastodonte, ce projet fou adapté d'un roman de Shūsaku Endō dont la lecture avait bouleversé le cinéaste, jugeant que le livre semblait avoir été écrit pour lui. Il est vrai qu'on trouve dans le récit de Silence l'un des thèmes cher à Scorsese, celui de la foi. Le film nous plonge donc dans le Japon du XVIIème siècle, à une époque où les chrétiens sont persécutés, forcés à renoncer à leur religion ou à mourir dans d'atroces souffrances. Apprenant que leur mentor aurait renié sa foi, deux prêtres jésuites se rendent alors au Japon pour le retrouver et endurer à leur tour les persécutions religieuses.

Ce qui frappe d'abord avec le film, c'est son contexte passionnant et peu connu, période sombre de l'histoire du Japon qui n'hésita pas à massacrer des milliers de chrétiens tout simplement parce que la religion catholique proposait une interprétation de la foi qui ne plaisait pas à tout le monde. D'abord incrédules à l'idée que leur mentor ait pu pratiquer l'apostasie, les pères Rodrigues et Garupe se rendent vite compte de la brutalité des persécutions et leur foi vacille. Il faut dire que les méthodes des japonais sont radicales : ils versent de l'eau bouillante sur les croyants, les suspendent la tête en bas pendant des heures, les attachent sur des croix dans l'océan... Dans ce contexte, qui ne craquerait pas ?

C'est d'ailleurs la question qui s'inscrit en filigrane tout le long du film. Celle de la foi. Peut-on la renier publiquement et y croire encore malgré tout ? Endurer la souffrance la renforce-t-elle ou la diminue-t-elle ? Combien de temps peut-on souffrir en martyr avant de craquer ? Pourquoi souffre-t-on, pour nous ou pour les autres ? Et surtout pourquoi Dieu est-il autant silencieux face à toutes ces souffrances ? Autant dire que ce Scorsese est truffé d'interrogations religieuses auxquelles le cinéaste s'attarde, sincèrement intéressé par ces questions. Le problème est que tout le monde ne sera pas en mesure de s'y intéresser.

Peut-être le film le plus ambitieux et le plus personnel de Martin Scorsese, Silence est une œuvre boursouflée, dense, parfois hermétique mais jamais inintéressante.

Il faut bien l'avouer et c'est d'ailleurs presque une première pour le cinéaste, Silence est un film froid qui a souvent du mal à dégager de l'empathie. C'est un film qui ne parle que de religion, thème en filigrane tout au long de l’œuvre du réalisateur, mais ici au centre d'un récit ambitieux qui ne parvient jamais à franchement passionner. La faute à une certaine froideur de mise en scène, admirable quand Scorsese recourt aux nombreux plans fixes joliment composés pour mieux appuyer son propos, mais parfois pesante notamment quand le scénario verse quelques longueurs bavardes. Des longueurs qui font sentir passer les 2h40 du film particulièrement dans la première partie, beaucoup moins intéressante où la foi du père Rodrigues est rudement mise à l'épreuve et où les retrouvailles avec son mentor sont douloureuses. On sent dans le récit la volonté de parler de nombreux aspects de la foi tout en ayant l'impression que Martin Scorsese n'a pas pu garder dans son montage final tout ce qu'il avait souhaité, sensation très forte quand on voit ce qui advient du personnage incarné par Adam Driver, sacrifié à mi-parcours de façon frustrante.

Bizarrement, on remarquera que Silence, comme les autres films qui ont longuement tenu à cœur au cinéaste (La Dernière Tentation du Christ et Gangs of New York) est un film boursouflé, parcouru de défauts qui le rendent attachant, mais qui l'empêchent d'être un très grand film. Saluons tout de même ce qui est certainement le film le plus complexe de son réalisateur, l'un de ses plus denses et ce qui apparaît vite comme l'un de ses plus difficiles d'accès. En même temps faire un film sur la foi de nos jours aura de quoi en rebuter plus d'un, notamment ceux qui ne connaissent le cinéaste que pour Les Affranchis ou Casino. Admirons alors la prise de risque effectuée par un réalisateur à qui l'on a récemment reproché de trop se reposer sur ses acquis avec Le Loup de Wall Street et le pilote de Vinyl.

En dépit de ses défauts, Silence est un beau film, une œuvre passionnante qui aura certainement encore plus de mérite à la seconde vision qui saura révéler ses subtilités tout en insistant sur ses quelques lourdeurs qui auront sûrement bien du mal à s'effacer. Celui qui ne s'efface pas non plus, c'est Andrew Garfield dans le rôle principal. Après s'être égaré dans les toiles de Spider-Man et du blockbuster, Garfield se montre beaucoup plus à l'aise sur du cinéma plus ambitieux et plus personnel (99 Homes, Tu ne tueras point), incarnant ici un homme bouleversant et touchant alors que sa foi vacille. Si l'on regrettera donc qu'Adam Driver soit sous-exploité, on saluera aussi la présence de Liam Neeson dont l'arrivée en deuxième partie du récit donne du souffle à un film qui en manque un peu, mais qui en a pourtant beaucoup à revendre.

Informations

Détails du Film Silence
Origine Etats Unis - Japon - Italie - Mexique Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 161 '
Sortie 08/02/2017 Reprise -
Réalisateur Martin Scorsese Compositeur Kathryn Kluge - Kim Allen Kluge
Casting Liam Neeson - Andrew Garfield - Tadanobu Asano - Ciarán Hinds - Adam Driver
Synopsis XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

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