CRITIQUE : The Last Face


The Last Face

Critique du Film

On aime bien Sean Penn. On a toujours admiré sa belle gueule de baroudeur buriné. On a même apprécié tous ses précédents films, de The Indian Runner à Into The Wild. Aucun n’était véritablement génial mais tous présentaient une belle et réelle sensibilité d’acteur-réalisateur qui, même s’il ne pouvait concurrencer un Clint Eastwood, le rangeait dans la partie haute des metteurs en scène-acteurs, plutôt dans le style sporadique et politiquement correct d’un Robert Redford. Bref, on aimait bien Sean Penn…jusqu’à The Last Face. Catalogué accident industriel dès sa projection de presse à Cannes (nous y étions tristement), écopant de la note infamante de 0,4 sur 4 de la part de la critique internationale, et de la réputation de pire navet jamais présenté en Sélection officielle, The Last Face sort enfin miraculeusement en salles. Examinons calmement s’il est possible de le repêcher.

Il suffira de se rappeler des moments de ce film qui vont devenir cultes : il en compte au moins cinq et cela vaut la peine de les voir au moins une fois, pour savoir qu’ils existent et qu’une personne a été capable de les filmer.

1) L’ouverture est mémorable. Sous forme d’intertitres, on voit une phrase débarquant de nulle part (même pas une citation) qui indique que la seule manière pour un Occidental de se représenter la brutalité des guerres au Libéria et au Soudan est d’imaginer « l’amour impossible entre un homme… » Points de suspension, on s’attend au plus inimaginable : et un autre homme, un cochon, un parapluie ? Non, la réponse sera à la fois plate, plausible et anodine : «…et une femme » apparaît au bout de cinq secondes interminables sur le carton suivant. Involontairement comique, cette phrase ne laisse rien présager de bon. Plus que drôle, elle apparaît surtout incroyablement indécente, comme s’il était possible de comparer une seule seconde les horreurs de la guerre et la romance d’un couple. Pour Sean Penn, c’est possible.

Les cinéphiles n’avaient peut-être pas besoin du flop de l’année dès le début de 2017 mais ils l’ont déjà. Merci Sean Penn!

2) On connaît pourtant l’engagement militant de Sean Penn et sa défense des démunis dans le Tiers Monde. Confirmant sa phrase d’introduction, le film va confondre malgré tout allégrement guerre en Afrique et romance entre deux militants humanitaires occidentaux, un médecin et une directrice d’ONG. Sean Penn ne va même pas mettre guerre et amour sur le même plan. L’horreur de la guerre servira de toile de fond décorative aux atermoiements sentimentaux de Charlize Theron et Javier Bardem. Les Africains, pour lesquels on ne doute pas que Sean Penn ressent plus que de l’empathie, n’accéderont même pas à l’individualité minimale d’un second rôle sympathique. Non, ce ne seront que des chairs meurtries vues de loin, repoussées dans un arrière-plan honteux, pendant que les ébats de nos héros seront filmés dans une belle lumière dorée.

3) Car le problème de The Last Face est avant tout un problème de mise en scène, encore plus que de pensée hésitante et louvoyante entre militantisme et roman-photo. Sean Penn, avec ses ralentis, ses flashes, ses inserts soudains, ses mouvements de caméra irraisonnés, se voulait Terrence Malick, esthète entre tous, ou David Lean, narrateur flamboyant liant la petite histoire et la grande Histoire ; il se retrouve Michael Bay, ce qui n’est peut-être pas l’idéal pour afficher des prétentions artistiques. Que lui est-il arrivé ? Pourquoi, Sean, ces musiques grandiloquentes ? Pourquoi ce montage à la hache et cette réalisation prétentieuse en plans aériens vides de sens ? La mise en scène est ainsi au mieux maladroite, au pire franchement obscène, à force d’afficher des effets gore sans réussir un seul instant à émouvoir sur le sort de corps que Penn a voulus désincarnés et anonymes.

4) Le pompon est néanmoins remporté par l’utilisation des acteurs français dans ce nanar de niveau cataclysmique. Jean Reno incarne un Docteur…Love (sic !) et ne décevra pas en faisant du Jean Reno ; quant à la pauvre Adèle Exarchopoulos qui paraît se demander ce qu’elle fait dans pareille galère, elle est la pauvre innocente qui va faire intervenir le dilemme du Sida dans l’intrigue du film. Atteinte de la maladie, elle va faire s’interroger Theron et Bardem pour savoir si par malheur elle les a contaminés. Au bout d’un suspense douteux, ce ne sera heureusement pas le cas. Mais avouons que poser le problème du Sida en ces termes de suspense bénin entre Occidentaux, paraît plus que honteux face au désastre humanitaire d’une Afrique qui se meurt.

5) Les dialogues de The Last Face sont également remarquables de maladresse. Citons-en quelques lignes qui seront sans doute suffisamment éloquentes. Charlize Theron prononce ainsi cette phrase incroyable de finesse (oui, on est vraiment très loin de Lubitsch) : « Ce n’est pas parce que tu as été à l’intérieur de moi que tu me connais.» A un autre moment, une Africaine victime de violences a droit à ce joli commentaire : "Elle a des fuites urinaires, mais elle danse". Enfin, pour couronner le tout, lors du diner de gala final, Charlize Theron prononce un discours sous forme de leçon de morale : oui, les réfugiés ont une histoire ; oui, ils savent lire ; oui, ce sont des êtres humains, au cas où nous en douterions…

Les cinéphiles n’avaient peut-être pas besoin du flop de l’année dès le début de 2017 mais ils l’ont déjà. Merci Sean Penn!

Verdict Note : Monumentale Erreur ! Monumentale Erreur !

Informations

Détails du Film The Last Face
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 131 '
Sortie 11/01/2017 Reprise -
Réalisateur Sean Penn Compositeur Hans Zimmer
Casting Jean Reno - Charlize Theron - Javier Bardem - Adèle Exarchopoulos
Synopsis Au Libéria, pays d’Afrique ravagé par la guerre, le docteur Miguel Leon, médecin humanitaire, et le docteur Wren Petersen, directrice d’une ONG, tombent passionnément amoureux l’un de l’autre. S’ils sont tous les deux engagés corps et âme dans leur mission, ils n’en sont pas moins profondément divisés sur les politiques à adopter pour tenter de régler le conflit qui fait rage. Ils devront surmonter leurs clivages et le chaos qui menace d’emporter le pays tout entier – sous peine de voir leur amour voler en éclats…

Par David Speranski