CRITIQUE : Nocturnal Animals


Nocturnal Animals

Critique du Film

Avec A Single Man, Tom Ford, styliste de renom pour Gucci et Saint-Laurent, a gagné l’estime de tous les cinéphiles, en créant une œuvre très personnelle et intime sur un professeur d’université homosexuel qui a perdu le goût de vivre. Il prouvait ainsi qu’il avait l’étoffe (sans jeu de mots) d’un véritable artiste, bien éloigné de la superficialité attachée au milieu de la mode. Allait-il confirmer avec Nocturnal animals, étrange thriller cérébral qui a obtenu le Lion d’argent à Venise en 2016 ? A la fois oui et non. Le titre de Nocturnal animals faisait joliment rêver sur le côté obscur de la vie, l’étoffe sombre des rêves où des bêtes sauvages peuvent surgir à tout moment. Si la partie consacrée à Amy Adams (stupéfiante) convainc totalement, il n’en est pas de même du survival dominé par la présence de Jake Gyllenhaal. Pourtant l’impression générale reste largement favorable car le spectateur n’a pas tous les jours la chance de tomber sur une œuvre artistique, indépendante et sans concessions, ce qui est incontestablement le cas de la démarche de Tom Ford.

Susan, galeriste à Los Angeles, mène une vie bien rangée à la limite de la dépression, délaissée par son époux Hutton Morrow. Jusqu’au jour où, seule à la maison, elle reçoit un livre : Nocturnal Animals, signé par son ex-mari Edward Sheffield, dont elle est sans nouvelles depuis des années. Edward s’y met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille en proie à l’horreur sur les routes du Texas, face à Ray Marcus, un chef de gang ultra-violent et le lieutenant Bobby Andes. Ce roman va bouleverser Susan et réveiller en elle bien des sentiments, que la jeune femme croyait enfouis à jamais…

Il suffit de quelques plans d’Amy Adams, en beauté fatale et silencieuse, accompagnée par la musique somptueuse de Abel Korzeniowski, pour que Nocturnal animals demeure dans notre mémoire comme le film totalement réussi qu’il aurait dû être.

Comme pour A Single man, qui était déjà adapté d'un récit de Christopher Isherwood, Nocturnal animals est aussi adapté d’un roman, Tony et Susan, d’Austin Wright. Cela n’empêche pas, bien au contraire, Tom Ford de faire œuvre très personnelle dans les deux cas car le spectateur y retrouvera des thématiques communes : la remise en question lorsque l’on est arrivé à un certain âge de la vie (Tom Ford a commencé sa carrière de cinéaste à presque cinquante ans), le poids de la solitude, l’incommunicabilité, la superficialité des rapports humains, etc. Nocturnal animals présente à l’évidence un côté plus lynchien que A Single Man : un manuscrit reçu par la poste va bouleverser l’existence de Susan, comme une cassette vidéo chamboulait celle de Fred Madison dans Lost Highway ; dans le roman d’Edward, un chassé-croisé nocturne va entraîner des conséquences douloureuses pour une famille, évoquant l’accident de voiture au début de Mulholland Drive. L’atmosphère nocturne, fantasmatique, voire insomniaque du film n’est pas ainsi sans rappeler celle de nombreux films de David Lynch. Le générique de début du film exposant des corps de mannequins obèses semble une réminiscence du goût de l’étrange et du monstrueux prisé par l’auteur d’Elephant Man.

La ressemblance s’arrête malheureusement là. Il manque à Tom Ford un réel goût du mystère pour s’inscrire dans une filiation ou une gémellité lynchienne. La construction de Nocturnal animals, consistant en une mise en parallèle du roman d’Edward et des souvenirs en-flash-back de Susan, enclenchés par sa lecture, rappelle plutôt Providence d’Alain Resnais, où un romancier se débat pendant une nuit interminable avec les personnages de son roman qui sont inspirés par les membres de sa famille au quotidien. Dans Providence, l’équilibre entre la fiction et la réalité était parfaitement réussi. Il n’en est pas de même ici : la partie fictionnelle « rape and revenge » menée par le personnage de Tony Hastings s’épuise d’elle-même à partir du moment où l’on comprend assez vite que Edward a inventé cette histoire pour se venger de Susan qui l’a quitté.

En revanche, la partie passionnante du film réside dans les souvenirs qui remontent progressivement à la conscience de Susan, de sa rencontre à Edward à leur rupture. Amy Adams y confirme qu’elle est sans doute une des actrices les plus passionnantes d’aujourd’hui, parvenant presque sans effort et maquillage, à passer de 40 ans à 20 ans, tout en demeurant extrêmement crédible. Avec ce personnage de galeriste, Tom Ford se permet même de critiquer la foire aux vanités de l’art contemporain et des milieux de la haute bourgeoisie, creux et sans émotions. En parallèle de la violence de la fiction, tout se joue véritablement dans la rétention cérébrale du personnage de Susan. Vénéneuse et obsédante en femme dépressive, Amy Adams emporte à elle seule le film sur les rives de la mélancolie. Dans une superbe conclusion, il suffit de quelques plans d’elle, en beauté fatale et silencieuse, accompagnée par la musique somptueuse de Abel Korzeniowski, pour que Nocturnal animals demeure dans notre mémoire comme le film totalement réussi qu’il aurait dû être.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Nocturnal Animals
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 115 '
Sortie 04/01/2017 Reprise -
Réalisateur Tom Ford Compositeur Abel Korzeniowski
Casting Jake Gyllenhaal - Kim Basinger - Amy Adams - Michael Shannon (II) - Aaron Taylor-Johnson
Synopsis Susan, galeriste à Los Angeles mène une vie bien rangée à la limite de la monotonie, délaissée par son époux Hutton Morrow. Jusqu’au jour où, seule à la maison, elle reçoit un livre : Nocturnal Animals, signé par son ex mari Edward Sheffield, dont elle est sans nouvelles depuis des années. Edwards s’y met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille en proie à l’horreur sur les routes du Texas, face à Ray Marcus, un chef de gang ultraviolent et le lieutenant Bobby Andes. Ce roman, d’une violence rare, va bouleverser Susan et réveiller bien des sentiments, que la jeune femme croyait enfouis à jamais… fissurant dangereusement la surface vernie de l’existence qu’elle s’est choisie.

Par David Speranski