CRITIQUE : Fleur de Tonnerre


Fleur de Tonnerre

Critique du Film

Comment devenir une jeune femme épanouie en grandissant dans les pas d'une mère froide aux croyances appuyées  ? Hélène Jegado a poussé telle une fleur morne, une fleur sans pétales au milieu d'une prairie bien trop exposée au vent. Le film débute sur la petite Hélène allongée au milieu de l'herbe se questionnant sur elle-même. Le regard d'une femme sur son enfance, le départ d'une vie conduite par la mort.
La mort est la porte de fuite de tous les problèmes rencontrés par Hélène lors des étapes de ses péripéties au travers de la Bretagne du 19eme siècle. Tout a commencé par sa mère.

Les croyances de sa mère et les récits abracadabrantesques de son père alcoolique ont forgé l'esprit fragile et réservé d'Hélène. La poigne de sa mère l'a finalement dirigée vers la folie. Une enfance maltraitée pour une vie d'adulte à se venger sur les autres. Seul l'amour arrive avec fulgurance par la stopper. Mais n'est-ce pas la folie et l'acte meurtrier l'ayant mené vers cet amour  ? Les émotions s'entrechoquent créant la foudre dans l'esprit d'Hélène. Elle se perd quand les voix s'arrêtent de geindre dans sa tête. Cette petite tête cabossée par les récits de son père et la folie religieuse de sa mère.

Fleur de Tonnerre est un doux et sincère périple au cœur de la Bretagne du 19e siècle.

Hélène Jegado était surnommée par sa mère Fleur de Tonnerre. Un surnom poétique, mais injurieux la rabaissant en permanence. Malgré tout l'amour d'une marraine, la bonté d'un curé et de certains ayant croisés Hélène dans le parcours délivré par le film de Stephanie Pillonca, rien n’arrêtera le Tonnerre de se déchainer.
Premier long-métrage de Stephanie Pillonca, après quelques programmes pour Arte et France 2, Fleur de Tonnerre est une douce plongée dans la Bretagne du 19e siècle. Une région froide et humide, des paysages brumeux et vides créant l'isolement du personnage, mais aussi du spectateur face à Hélène. Si le synopsis de départ souligne l’intérêt du pays par le film, ce premier essai co-signé avec Gustave Kervern – mari de Stéphanie Pillonca – s'intéresse sincèrement à cette femme bien mieux embellie par la vision de la réalisatrice que par la vie. Magnifique Déborah François, toute en fragilité virevoltante sur cette frontière entre folie et sincère gentillesse, prenant les coutures d'une femme débonnaire basique, mais appréciée. Le film laisse brièvement voir une femme alcoolique l'instant d'une séquence, mais le principal n'est pas ici. Stéphanie Pillonca écrit sa propre Hélène Jégado pour mieux en questionner l'antre. Les allers-retours entre l’instantané du film et l'enfance de la jeune femme sont très importants. Le long-métrage est une partie permanente de jongle pour mieux comprendre la femme par le prisme de l'enfance. Hélène Jégado fut la plus grande serial-killeuse en France et la plus grande empoisonneuse jamais répertoriée. Près de 60 victimes dans la seule région bretonne au gré des voyages et autres allers-retours dans les villes et villages.

Sublime et douce Déborah François qui trouve en Hélène Jégado un rôle à sa mesure.

Sublime et douce Déborah François qui trouve en Hélène Jégado un rôle à sa mesure. Le grand rôle pour le moment d'une belle filmographie. Dans cette mise en place simple, le reste du casting se mesure à elle. Elle est la mesure haute contre laquelle se confrontent ses contre-champs. Jonathan Zaccaï assure quand Benjamin Biolay perd sa voix et la tenue face à l'actrice. Il ne sait pas quoi faire, on le regarde se débattre essayant tant bien que mal de mettre de l'intensité dans un corps mou. Il ne trouve jamais la densité se fourvoyant dans ce tonnerre d'applaudissements vers Déborah François. La pomme empoisonnée pour un artiste loin d'être un acteur. Il est Benjamin Biolay n'arrivant jamais à être autre. On regrette alors que Stéphanie Pillonca n'ait pas encore eu l'expérience à le guider.

Fleur de Tonnerre, adaptation libre du livre éponyme de Jean Teulé, est un doux et sincère périple au cœur de la Bretagne du 19e siècle. Le spectateur accompagne une femme tendre ne cherchant que l'amour des autres. Cet ingrédient ayant fait chavirer la recette dans l'élaboration du chemin périlleux d'une jeune fille fragile et simple.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Fleur de Tonnerre
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 18/01/2017 Reprise -
Réalisateur Stéphanie PILLONCA Compositeur Matthieu Gonet - Sylvain Goldberg
Casting Jonathan Zaccaï - Déborah François - Catherine Mouchet - Benjamin Biolay - Blanche François
Synopsis En 1800, la Bretagne est à genoux, accablée par le régime en place et par le clergé omnipotent. Elle se meurt dans un marasme économique qui n’en finit pas et au milieu de cela, une fillette en souffrance pousse, tant bien que mal. Cette fillette c’est « Fleur de Tonnerre », une enfant isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Elle en deviendra la plus grande « serial killer » que la terre ait jamais porté et sèmera la mort, peut être juste pour être regardée et aimée.

Par Mathieu Le Berre