CRITIQUE : Passengers


Passengers

Critique du Film

La carrière de Morten Tyldum est suffisamment éclectique pour que l'on s'y attarde. Le cinéaste n'est certainement pas un génie de la mise en scène mais on ne saura nier son habileté, visible dans le thriller Headhunters et dans le classique Imitation Game, calibré pour être un film à Oscars mais tout de même assez inspiré pour qu'on s'y intéresse. Le retrouver aux commandes d'un film de science-fiction est donc surprenant et intriguant. Pas de doute d'ailleurs à la vue de Passengers, Morten Tyldum sait construire une ambiance et livrer de beaux plans. Cela suffit-il à faire de Passengers un bon film ? Non mais à défaut d'être inoubliable, l'essai est ambitieux et amplement divertissant.

Écrit par Jon Spaihts (Doctor Strange mais aussi le reboot de La Momie à venir), Passengers repose sur une idée tellement simple qu'elle est géniale : le vaisseau Avalon, transportant 5000 passagers en direction d'une nouvelle planète, subit une avarie. Résultat des courses, le mécanicien Jim Preston est tiré de son sommeil artificiel 90 ans trop tôt ! Errant dans cet immense vaisseau pendant un an, Jim n'a que pour seul contact Arthur, robot tenant un bar rappelant fortement celui de Shining. Alors que la folie et la dépression guettent Jim, il décide de réveiller un autre passager du vaisseau pour tromper la solitude tout en sachant très bien qu'il condamne cette personne à ne jamais arriver à destination ! Son choix se porte sur la belle Aurora Lane et de fil en aiguille, les deux tombent amoureux. Reste qu'elle ignore la vraie raison de son réveil et que le vaisseau enregistre de plus en plus de failles dans son système. Système inatteignable par les simples passagers que sont Jim et Aurora...

Reposant sur une idée géniale et des têtes d'affiche alléchantes, Passengers est une jolie romance qui s'avère être, et c'est bien dommage, trop prévisible pour dépasser son potentiel.

La vraie force du film, au-delà du couple assez glamour formé par Chris Pratt et Jennifer Lawrence, ce sont les décors. Le vaisseau Avalon est simplement à tomber par terre, rappelant des paquebots de luxe et offrant un terrain de jeu assez dingue au scénariste comme à ses personnages. Visuellement, l'ambiance du film est soignée et réserve de beaux moments : des sorties dans l'espace, une nage dans une piscine alors que la gravité est en train de lâcher. Scénaristiquement, l'ensemble tient la route en dépit de ses ficelles prévisibles et d'un climax qui en fait un peu trop. C'est juste dommage que Passengers se concentre finalement plus sur sa romance que sur l'ambiance parfois un peu glauque qu'il dégage devant tous ces couloirs vides et aseptisés. On se prend parfois à fantasmer une dispute conjugale qui vire au jeu de massacre entre les deux personnages, chacun confiné dans un coin du vaisseau.

Il n'en sera rien. Dans Passengers, la menace est là mais elle est concrète, mécanique. Alors que tous les éléments sont là pour en faire un film inquiétant, le scénario joue la carte de la romance et du spectaculaire avec tout de même une question éthique à la clé : réveiller quelqu'un pour le condamner à une mort certaine en notre compagnie, est-ce mal ? Le dilemme de Jim Preston est une belle trouvaille scénaristique mais on regrettera le choix de Chris Pratt dans le rôle. Non pas que l'acteur soit mauvais, il est toujours juste dans ses intentions. Mais on ne croit pas vraiment à son personnage, la sympathie totale qu'il dégage empêche de créer une vraie complexité dramatique. A contrario, Jennifer Lawrence a beau souvent jouer dans le même registre, elle y est irréprochable et tient son rôle parfaitement. Quand elle retrouve d'ailleurs Chris Pratt, celui-ci est beaucoup plus crédible.

Joliment filmé, visuellement impressionnant et soigné dans son casting (Michael Sheen en robot barman est une riche idée, on regrettera seulement très amèrement la présence quasiment inaperçue d'Andy Garcia dans un rôle infime et présent dans deux ou trois plans), Passengers est une jolie histoire d'amour, une utopie bienveillante là où il avait un potentiel tout autre. Saluons malgré tout la capacité du scénario à être resté sur le chemin casse-gueule de la romance tout en restant crédible même si l'on regrettera les grosses ficelles d'un film qui n'est ni génial, ni mauvais mais juste suffisamment bien foutu pour qu'on s'y attarde.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Passengers
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Science - Fiction
Version Cinéma Durée 117 '
Sortie 28/12/2016 Reprise -
Réalisateur Morten Tyldum Compositeur Thomas Newman
Casting Laurence Fishburne - Andy Garcia - Jennifer Lawrence - Chris Pratt - Michael Sheen
Synopsis Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains…

Par Alexandre Coudray