CRITIQUE : Neruda


Neruda

Critique du Film

2017 s’annonce sous d’heureux auspices pour Pablo Larraín, le cinéaste chilien. Avec Neruda, sa sixième oeuvre, il signe non seulement son meilleur film mais en plus, on le retrouvera quelques mois plus tard avec Jackie, autre biopic de l’épouse de John Kennedy, avec Natalie Portman dans le rôle-titre, qui a créé l’événement à la Mostra de Venise. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2016, Neruda s’était déjà fait remarquer, certains devant la qualité du film se demandant pourquoi il n’avait pas été retenu en Sélection officielle.

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur communiste et poète, Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher.

C’est peut-être la plus belle résonance de Neruda, quand dans notre esprit, le poète et le policier viennent à s’affronter, le Moi et le Surmoi à dialoguer, la liberté et la loi à se répartir le monde.

La grande force de Neruda, c’est qu’il s’agit d’un biopic absolument anticonventionnel. En entrant dans la salle, on pourrait s’attendre à l’hagiographie d’une grande figure littéraire. A la place de ce pensum possible, on découvre un jeu de chat et de la souris entre deux hommes qui ne se croiseront quasiment jamais, l’un lancé à la poursuite de l’autre, un autre qui disséminera des indices au gré de ses planques.

Où est la fiction? Où se cache la réalité? Tout devient jeu de miroirs, jeu de masques où l’un se reflète dans l’autre, où le communisme de l’un finit par déteindre sur le fascisme de l’autre. Pablo Neruda nargue ceux qui le poursuivent; il déclame des vers dans une soirée mondaine; il se moque de ses adversaires politiques. Dans l’adversité et la fuite, il trouve un moyen de se réinventer en mythe. Face à lui, raide comme la justice, Oscar Peluchonneau narre en voix off sa traque insensée qui le ménera de Santiago à la blancheur immaculée de la Cordillère des Andes. Deux visions du monde, de la vie, s’opposent tout en se complétant.

Les mots poétiques de Neruda lancés au vent viennent s’entrechoquer avec ceux de la voix intérieure de Peluchonneau qui s’interroge sans cesse sur son identité et celle d’autrui. Entre l’enquête policière et la dérive poétique, Neruda trouve un miraculeux point d’équilibre. Neruda évoque ainsi d’autres grandes poursuites littéraires, Jean Valjean poursuivi par Javert dans Les Misérables de Victor Hugo ou encore Raskolnikov tourmenté par le commissaire Porphyre dans Crime et Châtiment. D’une certaine manière, Neruda serait une sorte de version poétique et décalée de Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg.

Pour effectuer ce prodige d’équilibriste narratif, Pablo Larraín devait se reposer sur des comédiens virtuoses. Il retrouve ici en pleine confiance son tandem de No, Luis Gnecco (impérial en Pablo Neruda) et Gael Garcia Bernal, drôle et pathétique en Peluchonneau. Ne jouant quasiment jamais ensemble, ils se répondent pourtant dans leurs soliloques parallèles, comme si deux personnes parlaient alternativement à notre conscience. C’est peut-être la plus belle résonance de Neruda, quand dans notre esprit, le poète et le policier viennent à s’affronter, le Moi et le Surmoi à dialoguer, la liberté et la loi à se répartir le monde.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film Neruda
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Policier - Biopic
Version Cinéma Durée 108 '
Sortie 04/01/2017 Reprise -
Réalisateur Pablo Larraín Compositeur Federico Jusid
Casting Gael García Bernal - Luis Gnecco - Mercedes Morán
Synopsis 1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire

Par David Speranski