CRITIQUE : The birth of a Nation


The birth of a Nation

Critique du Film

Ah The Birth of a Nation, quand ce n'est pas directement un remake on surfe sur la popularité du titre. Décidément, le cinéma Hollywoodien fait des fois vraiment peine à voir. A tel point qu'on ne peut même plus défendre un film uniquement parce qu'il s'oppose à la traite des noirs et l'esclavage. Son sujet et son message finissent par n'être que les seuls points encore positifs du long métrage. Ce n'est pas parce que le film de Griffith vaut ce qu'il vaut d'un point de vue éthique, en dépit de sa reconnaissance dans toutes les facs et écoles de cinéma, que l'on peut se permettre tout et n'importe quoi dans l'idée que son simple sujet sauvera l'incompétence ou la maladresse de mise en scène... C'est d'ailleurs un comble qu'un film qui dure 1h de moins que son homonyme d'origine paraisse en durer 2 de plus...

Parler de la traite des noirs, de la ségrégation et plus précisément de l'esclavage est vraiment très compliqué. Ce sont des sujets durs, tristes et, aussi aberrant que cela puisse paraître, encore d'actualité (peut-être pas pour l'esclavage, encore que, mais pour le reste). Malgré tout, depuis maintenant 3 bonnes années, les films traitant de cette partie de l'Histoire, ou de ces faits, commencent à être légion. Sans rentrer dans le débat puéril de savoir s'il y a trop de films de ce genre ou pas assez, si ça sonne comme une auto-victimisation systématique ou si c'est légitime (un peu comme les films de banlieue en France, ce style de débat fonctionne pour tous les genres), ce qui se pose vraiment comme question c'est la légitimité du regard. Dans tous les cas évoquer un tel sujet est bénéfique pour sensibiliser un public. Mais à qui donner le plus d'importance? La traite des noirs vu par un blanc n'aura pas le même impact que celle vu par un noir, ou n’importe quel être humaine d’une autre culture. Et pourtant chaque vision aura son caractère, son recul bien spécifique, sa volonté (enfin celle du metteur en scène), chaque vision, chaque point de vue apportera une forme de nouveauté, un choix alternatif dans nos goûts, une opinion supplémentaire pour se forger le sien. Donc même si c'est un sujet abordé de nombreuses fois, il ne paraît pas inutile de continuer à le faire.

Malgré son sujet difficile, le scénario ne parvient pas à suivre sa ligne de conduite par manque d'écriture de ses personnages.

Jusqu'à maintenant, il y avait pourtant une forme de propos nuancé sur la situation. Tous les esclavagistes n'étaient pas nécessairement mauvais, et n'étaient d'ailleurs pas tous blancs. Il est clair que dans une communauté divisée par la couleur de peau, ce n'est jamais reluisant de se retrouver du côté des oppresseurs. Cette nuance permettait peut-être à certains spectateurs de mieux accepter la réalité (c'est peut-être de là que découle la préférence générale pour Martin Luther King plutôt que Malcolm X, dont les discours étaient beaucoup plus violents) mais peut-être également que la réalité est plus manichéenne que l'Histoire tente de nous le faire croire. Malgré tout, proposer un avis nuancé dès le départ et développer les personnages à travers cette ligne de conduite sans s'y tenir jusqu'au bout, détruit complètement la volonté première du réalisateur (ou de ses scénaristes). Retomber dans cette dualité primaire en mettant complètement de côté la relation entre Nat et Sam c'est renier complètement sa volonté d'écriture d'origine. Il y avait pourtant matière, une amitié d’enfance blanc/noir comme la leur dans ce contexte pouvait donner lieu à une superbe histoire. Celle-ci étant mise à mal par une forme de pression sociale, les deux amis devenant ennemis par la force des choses. C'est très classique mais diablement efficace en terme d'émotion, sauf qu'ici aucune émotion ne se fait ressentir. Leur relation évolue sans réelle cohérence, sans réelle conviction. Leurs caractères changent peu à peu sans aucune raison valable, leur relation en est affectée pour rien. C'est quand même dommage quand on sait que le scénario a mis autant de temps à développer les personnages.

En fait c'est d'autant plus consternant que le film ne fait que présenter ses personnages. Sur 1h50 de film c'est 1h40 de scènes d'expositions successives et 10 minutes d'histoire. Très schématiquement, le film ne propose absolument rien de plus que ce qui a déjà été fait par Steve McQueen dans 12 Years a Slave. On peut certainement noter quelques passages similaires à Django Unchained, mais l'un comme l'autre évoquent bien plus de choses que ce The Birth of a Nation qui n'ajoute rien à son sujet et ne l'exploite pas avec autant d'approfondissement. La comparaison avec 12 Years a Slave est d'ailleurs récalcitrante malgré ses défauts notables, car il s’impose durablement et intellectuellement dans son genre. Si les intentions du long-métrage de Steve McQueen étaient un peu lourdes et manquaient de subtilité, Chiwetel Ejiofor avait non seulement un certain talent, mais en plus un charisme indéniable. Ce qui n’est malheureusement pas le cas de Nate Parker dont le jeu est bien trop faible et incertain, il paraît un peu simplet face à la caméra dans un rôle qui se veut beaucoup plus sûr de lui. D’une manière générale nous n’assistons pas à des performances d’acteurs bien extraordinaires. Tantôt exagérées, tantôt sans conviction, aucun acteur ne semble vraiment investi par son rôle. C’est dommage car les personnages sont plutôt bien écrits au départ. Certains offrent des possibilités non exploitées dans le scénario et pourraient amener quelques rebondissements avant de sombrer dans la facilité et la fainéantise intellectuelle comme si l’écriture n’était pas terminée.

Quelques bonnes tentatives de mise en scène montrent que le film n'est pas dépourvu d'ambitions, mais les défauts sont bien trop présents tout au long de l'histoire.

On espère que tout cela n’est qu’une maladresse de la part du cinéaste (même si elle est grosse) car on note à plusieurs reprises un certain travail sur la mise en scène et l’esthétique. Rien de bien folichon, mais quelques images montrent que tout cela ne s’est pas fait complètement sur un coup de tête. Malheureusement, pour chaque beau plan prouvant une esthétique travaillée, un autre vient en gâcher la beauté. Dans cette veine la fin est assez désastreuse. Si quelques scènes alimentent l’univers du réalisateur lorsque l’histoire prend une tournure dramatique (le gros plan sur ce que tient Nat dans la main et qui se met à saigner par exemple), on termine sur des scènes à la fois bâclées et très attendues, notamment les ailes d’ange à peine dignes d’un cosplay de la Japan Expo. Définitivement il ne suffit pas d'accoler "Inspirés de faits réels" ou "Tiré d'une histoire vraie" pour savoir écrire un scénario. On ne s'improvise pas cinéaste juste parce que l'on souhaite raconter une belle histoire ou que l'on aimerait rendre justice à un sujet. Le cinéma ça s'apprend bon sens, il serait temps de vous en souvenir. The Birth of a Nation apparaît donc comme un point de passage négligeable dans la fresque des films traitant de l’esclavage.

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Informations

Détails du Film The birth of a Nation
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic - Historique
Version Cinéma Durée 110 '
Sortie 11/01/2017 Reprise -
Réalisateur Nate Parker Compositeur Henry Jackman
Casting Armie Hammer - Penelope Ann Miller - Nate Parker
Synopsis En un temps précédant la Guerre Civile américaine, Nat Turner est un prédicateur et un esclave cultivé. Son propriétaire, Samuel Turner, financièrement sous pression, accepte une offre visant à utiliser les dons de prédication de Nat dans le but d'assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l'encontre de ses camarades opprimés, Nate conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté.

Par Aymeric DUGENIE