CRITIQUE : 31


31

Critique du Film

31 - Dead-Head et Psycho-HeadArtisan adulé par son immense communauté de fans, Rob Zombie s’est imposé, dès son premier film, comme un réalisateur digne de succéder aux bons vieux de la vielle que sont les John Carpenter et autres Wes Craven. Amoureux fou du cinéma horrifique, Rob Zombie s’est vite développé un univers redneck qui transpire le houblon, le rock’n’roll et les meurtres graphiques et particulièrement violents. Ses deux derniers longs-métrages (Halloween 2 et The Lords of Salem) ne dérogeaient pas à ces règles bien qu’on y constatait une dimension nettement plus métaphysique qu’auparavant. Une évolution qui a divisé les aficionados du monsieur. Là où les uns restaient conquis par sa manière d’aborder ses histoires, d’autres boudaient l’annihilation du côté frontal et rentre-dedans du bonhomme. 31 est un projet différent. Tout d’abord, le film a presque entièrement été financé via une campagne de crowdfunding. Rob Zombie avait annoncé que le script de ce nouveau projet était particulièrement violent et brutal. Les gens se sont regroupés en masse et le projet fut très vite mis en route. Rob Zombie a utilisé les réseaux sociaux avec parcimonie, disséminant au compte-goutte les différentes informations concernant son film. Sorti en numérique via différentes plates-formes de vidéos à la demande en octobre dernier, nous nous congratulons de voir le bousin débarquer dans nos bacs vidéo en ce début d’année.

Nous sommes la veille d’Halloween 1975. Un groupe de forains est enlevé par une mystérieuse bande. Ils sont retenus en otage dans un endroit appelé « le monde du crime » et géré par un groupe de bourgeois avide de sensations fortes. La nuit d’Halloween, ils devront participer à un jeu intitulé « le 31 » où, pendant douze heures, ils auront à se battre face à de dangereux maniaques grimés en clown qui chercheront à les tuer.

Dans la fête foraine de Rob Zombie, les clowns vous poursuivent avec des tronçonneuses, des couteaux et toutes sortes de déguisements aussi macabres les uns que les autres.

Ce nouveau film de Rob Zombie a encore suscité de gros débats sur les réseaux sociaux. Entre les fans assidus qui continuent d’aimer son travail et ceux qui pensent que le réalisateur s’est définitivement perdu, il y a un monde qui oublie de nuancer les propos de l’auteur lui-même. Rob Zombie n’a jamais annoncé un « retour aux sources », il a annoncé un film « particulièrement violent ». 31 est effectivement un film brutal, où les meurtres sont entièrement gratuits et barbares. Zombie s’offre son épopée « survivalesque » sauce Running Man. Les victimes sont jetées comme des souris dans un labyrinthe dans le seul but de divertir une classe bourgeoise aigrie qui ne trouve d’autres distractions que de faire torturer les classes ouvrières. Sans pour autant parler de message politique (Zombie ne cherche pas ce genre de polémique), 31 plonge son ambiance au sein d’une société très hiérarchisée qu’on ne peut nier. Mais ce qui intéresse Zombie réside avant tout sur comment inviter le spectateur au sein de son étrange spectacle. Construit comme une immense maison hantée, le lieu où se déroule le jeu est lugubre, craspec et inquiétant. Dans la fête foraine de Rob Zombie, les clowns vous poursuivent avec des tronçonneuses, des couteaux et toutes sortes de déguisements aussi macabres les uns que les autres. D’un clown nain, nazi qui parle espagnol au couple quelque peu androgyne, en passant par les deux jumeaux psychotiques, Zombie dresse une horde de supers-vilains aussi caustiques qu’atypiques. Mais le clou du spectacle demeure Doom-Head, l’ultime boss final de ce parcours chaotique. Incarné par un Richard Brake en transe, ce personnage surpasse tous les clowns psychotiques vus au cinéma jusqu'alors. Doté d’une mâchoire monstrueuse, son sourire risque de traumatiser plus d’une personne. Sa façon de parler, sa gestuelle, son look…tout est absolument parfait : le vilain charismatique par excellence. Bien que secondaire au sein du projet, il crève tellement l’écran qu’il fait immédiatement oublier tous les autres tortionnaires. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard s’il ouvre le film. Dans une introduction que ne renierait pas Quentin Tarantino, il lance les hostilités avec une telle froideur que des frissons viendront tétaniser instantanément l’auditoire.

31 - Doom-HeadOutre ses personnages hauts en couleur, 31 jouit d’une réalisation nerveuse et dynamique. Rob Zombie créé un univers propre à chacun de ses tueurs. Des tréfonds humides et fuites de gaz pour le nazi au carnaval de l’horreur pour les deux frères, il construit ses séquences comme un jeu vidéo. Chacune des salles amène un nouvel adversaire où les survivants doivent s’adapter à leur environnement s’ils veulent remporter la partie. Et même si le fond du projet ne gagnera jamais l’intensité qu’il nous aura procurée avec The Devil’s Rejects, 31 reste tout de même un très bon film de Rob Zombie. C’est un film fait par un amoureux, pour les amoureux. Bien conscient qu’il est difficile de renouveler des codes éculés depuis des lustres, le réalisateur privilégie l’intensité et l’efficacité de ses séquences. Ça transpire le déjà-vu, mais c’est fait de manière honnête, c’est ce qui compte. Il sera juste regrettable de ne pas en savoir plus sur les raisons qui poussent les trois bourgeois à se réunir chaque année pour jouer à ce jeu morbide. On n’en saura vraiment pas plus les concernant et c’est un manque à gagner qui aurait pu faire évoluer l’histoire un cran au-dessus. Mais ne boudons pas notre plaisir, 31 est un jeu de massacre totalement jubilatoire comme on n’en a pas vu depuis un moment.

Avec 31, Rob Zombie continue de faire un cinéma qui lui ressemble. Un cinéma où le rock’n’roll et les hectolitres de sang sont à l’honneur. 31 est un film pop-corn, digne descendant des séances horrifiques qu’ont diffusait dans les drive-in à l’époque. Quoi de mieux que de se retrouver entre amis avec de la malbouffe et un film d’horreur déluré ? Rob Zombie a tout compris à ce qui faisait la force du slasher et il nous le rend plus que parfaitement…et c’est bien le plus important !

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film 31
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur
Version Direct To Video Durée 102 '
Sortie 02/01/2017 Reprise -
Réalisateur Rob Zombie Compositeur
Casting Malcolm McDowell - Sheri Moon Zombie - Jeff Daniel Phillips - Elizabeth Daily - Richard Brake
Synopsis Cinq forains sont kidnappés pour servir de chair fraîche aux 31, un groupe de psychopathes déguisés en clowns et accompagné d’un nain nazi. Lâchées dans un lieu clos, le Murder World, les victimes vont devoir survivre pendant 12 heures pour espérer en sortir en vie.

Par Anthony Verschueren