CRITIQUE : Born to be blue


Born to be blue

Critique du Film

De nos jours où les biopics fleurissent et sont à la mode, comment faire pour retracer la vie d'un personnage sans tomber dans les clichés ? Aaron Sorkin a répondu à cette question de la plus brillante des manières avec son Steve Jobs en trois actes et pour donner un aperçu de la vie du trompettiste Chet Baker, Robert Budreau s'essaye également à une forme originale avec Born to be blue.

Le film démarre dans les années 60 alors que la carrière de Baker est au plus bas et qu'un producteur de films vient lui proposer de tenir le rôle principal d'un long-métrage centré sur lui. Une offre audacieuse réellement faite par Dino De Laurentiis à Baker mais dont le film envisagé ne verra jamais le jour. Budreau s'en sert alors d'argument principal pour fantasmer la vie de Chet Baker telle qu'il se plaît à l'imaginer et non pas comment elle a été. Se libérant de cette contrainte de véracité historique, Budreau dresse donc un portrait nuancé, fantasmé, parfois onirique et forcément intéressant.

Ethan Hawke est touché par la grâce dans le rôle de Chet Baker auquel il insuffle charisme et fragilité pour un film très intéressant.

Born to be blue est un film avec une vraie proposition de cinéma nous permettant d'en découvrir plus sur Chet Baker (son humiliation par Miles Davis, son passage à tabac, ses addictions, ses amours, son retour en grâce) sans jamais que l'on ne tienne pour acquis ce que l'on voit. C'est une proposition forte que Budreau ne parvient pourtant pas à faire aller vers des sommets. Aussi elliptique et déstructuré que le film soit, il n'échappe à aucun cliché du biopic musical avec son artiste tourmenté, ses deux facettes, son addiction à la drogue et sa peur qui le ronge. Certes, il est impossible de parler de Chet Baker sans parler de drogues. Mais ce passage obligé épuise, souvent traité un peu lourdement, excepté à l'occasion d'une très belle fin où s'exprime toutes les contradictions du personnage, souffrant d'un manque de confiance en soi assez flagrant.

Si sur la forme, Born to be blue affiche de l'originalité, le fond semble parfois un peu trop lisse, parfois déjà-vu, parfois difficile à cerner. En dépit de ces choses venant miner le potentiel du film, on ne peut pas lui enlever la qualité de sa mise en scène, feutrée et délicate comme un morceau de Chet Baker. Morceaux d'ailleurs interprétés avec grâce par un Ethan Hawke totalement investi dans le rôle. Il faut dire qu'il avait déjà failli jouer le jazzman dans un projet avorté pour Richard Linklater et qu'il n'attendait que de prendre en main la trompette de Baker pour insuffler son charisme et sa fragilité dans le rôle. Il y parvient complètement, épaulé par une Carmen Ejogo décidément surprenante et touchante. Le tout au service d'un film parfois un peu mou mais plein de sensibilité.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Born to be blue
Origine Etats Unis - Angleterre - Canada Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic
Version Cinéma Durée 97 '
Sortie 11/01/2017 Reprise -
Réalisateur Robert Budreau Compositeur David Braid - Todor Kobakov - Steve London
Casting Ethan Hawke - Stephen McHattie - Carmen Ejogo - Callum Keith Rennie - Kedar Brown
Synopsis Afin de lui rendre hommage, un producteur de Hollywood propose à Chet Baker, le légendaire trompettiste de jazz des années 1960, de tenir le premier rôle dans un long métrage consacré à sa vie. Pendant le tournage, Chet tombe éperdument amoureux de Jane, sa partenaire afro-américaine. Malheureusement, la production est arrêtée le jour où, sur un parking, Chet est passé à tabac. Anéanti, les mâchoires fracassées, l'artiste se replie sur lui-même, et son passé ravive ses démons. Jane réussit néanmoins à le convaincre d'aller de l'avant, de rester sobre et, grâce à la musique, de regagner la reconnaissance de ses pairs.

Par Alexandre Coudray