Critique L'homme au complet gris (The Man in the Gray Flannel Suit)

L'homme au complet gris
Dense, pudique et subtile, L'homme au complet gris de Nunnally Johnson est une oeuvre qui brasse une multitude de thèmes, égratignant au passage la soif absolue de réussite sociale américaine.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

De façon ponctuelle, la collection Hollywood Legends distribuée par ESC Conseils continue de nous gâter en vidéo, nous permettant de découvrir des classiques oubliés du cinéma américain. Faisant partie d’une fournée disponible depuis le 5 novembre dernier, L’homme au complet gris est l’un de ces nouveaux titres.

Adapté d’un roman à succès de Sloan Wilson, L’homme au complet gris a été écrit et réalisé par Nunnally Johnson, un homme dont on a tous oublié le nom aujourd’hui mais qui officia tout de même longtemps en tant que producteur (Les Raisins de la colère), scénariste (La route du tabac, Comment épouser un millionnaire, Les douze salopards), auteur de nouvelles et donc réalisateur avec une petite carrière complètement passée à la trappe.

Dense, pudique et subtile, L'homme au complet gris est une oeuvre qui brasse une multitude de thèmes, égratignant au passage la soif absolue de réussite sociale américaine.

En ce sens, L’homme au complet gris est donc une découverte totale. Ce n’est certainement pas un film qui brille par sa mise en scène (qui n’a pas à avoir honte de quoi que ce soit cela dit) mais il est remarquable par la densité de son scénario qui aborde avec simplicité une foule de thématiques égratignant déjà l’Amérique des années 50 et sa soif de réussite sociale. En effet, le film est difficile à cerner. Les premières minutes laissent apercevoir un drame social avec une famille qui peine à joindre les deux bouts et l’on commence à suivre Tom Rath, employé qui cherche à trouver un emploi plus lucratif mais qui risque cependant de l’éloigner un peu plus de sa famille. Et soudainement des souvenirs de guerre arrivent : on y voit Tom traumatisé par la mort d’un ami dont il se sent responsable et on le voit avec une maîtresse rencontrée en Italie. On reviendra ensuite au présent pour continuer à y suivre Tom au sein de plusieurs arcs narratifs qui s’emmêlent : ses difficultés à communiquer avec ses enfants scotchés devant la télé, son nouvel emploi qui commence à lui prendre du temps, ses démêlés avec un juge pour une question d’héritage, la nouvelle qu’il a un fils illégitime en Italie, là où il avait rencontré sa maîtresse durant la guerre et la question de la sincérité que cela pose avec sa femme. Comme si cela ne suffisait pas, nous suivons également son patron, ses problèmes relationnels avec une fille qui le renie et son regret de ne pas avoir été un homme présent pour sa famille. Il n’est pas étonnant au final que le film dure 2h30, se révélant bien plus fourni que son pitch initial le laissait deviner.

L’homme au complet gris est donc une œuvre pleine de surprises qui n’a pas peur de la densité pour mieux faire un témoignage de son époque. On constatera alors le tour de force du scénario qui parvient à nous offrir autant de petites intrigues sans jamais nous perdre et en restant diablement cohérent. Après tout, c’est à la vie que Tom Rath est confronté et dans la vie, rien n’arrive toujours petit à petit, tout peut tomber en même temps. Si au final, le film prône la sincérité et le courage de refuser un travail lucratif pour ne pas délaisser sa vie de famille, la radiographie qu’il fait de son pays et de son époque n’en est pas moins lucide. En 1956, Sloan Wilson et Nunnally Johnson pointent déjà du doigt la fissure de l’american way of life, sa soif de réussite sociale, ses petits mensonges pour y accéder et l’importance de la télévision qui vampirise les enfants, dès lors incapables de répondre à leur père qui leur parle.

Œuvre complexe réalisée sans fioritures, L’homme au complet gris permet aussi au couple Gregory Peck – Jennifer Jones de se reformer dix ans après le torride Duel au soleil. Ici les passions se sont assagies mais le bouillonnement de Jennifer Jones dans le rôle de cette femme au foyer est toujours aussi présent même s’il est en retrait. Gregory Peck, quant à lui, est parfait dans ce rôle d’américain moyen, portant haut et fort les valeurs morales contre celles du succès et du mensonge. Fredric March et Lee J. Cobb complètent la distribution de ce film touchant et délicat dont on peut désormais apprécier toute la qualité dans cette nouvelle édition vidéo.

Informations

Détails du Film L'homme au complet gris (The Man in the Gray Flannel Suit)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 153 '
Sortie 08/05/1956 Reprise -
Réalisateur Nunnally Johnson Compositeur Bernard Herrmann
Casting Jennifer Jones - Gregory Peck - Lee J. Cobb - Keenan Wynn - Fredric March - Ann Harding - Marisa Pavan
Synopsis Un employé new-yorkais entend grimper dans la hiérarchie de son entreprise, et brigue un nouveau poste. Mais il est effrayé à l'idée de décrocher cet emploi qui risquerait de l'éloigner de sa famille, un traumatisme pour ce homme à l'enfance malheureuse. Les démons d'un passé douloureux refont alors surface...

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques