Critique Le Grand Chantage (Sweet Smell Of Success)

Le Grand Chantage
Réalisé comme un film noir par Alexander Mackendrick, le Grand Chantage est un drame cynique qui n'a pas pris une ride et qui surprend encore par sa noirceur et par la qualité de son interprétation sans failles.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

J.J. Hunsecker est l'un des éditorialistes les plus influents de New York, qui fait la pluie et le beau temps sur Broadway comme bon lui semble. Fermement opposé au mariage de sa sœur avec un guitariste de jazz, il demande à Sidney Falco, attaché de presse ambitieux et prêt à oser n'importe quoi pour se tailler la part du lion, de tout faire pour compromettre cette union quitte à avoir recours aux coups les plus bas...

Adaptation d'une nouvelle d'Ernest Lehman (qui sera le scénariste de La Mort aux trousses), Le Grand Chantage, ressorti depuis le 7 décembre dans une magnifique édition prestige chez Wild Side Video, a connu une gestation chaotique. Production de la firme Hecht-Hill-Lancaster, échec au box-office, le film a épuisé bon nombre de personnes ayant travaillé dessus. La faute à des producteurs exigeants, à un scénario réécrit durant le tournage par Clifford Odets une fois Ernest Lehman évincé et à un réalisateur bien décidé à ne pas se laisser dévorer par un Burt Lancaster qui lorgnait sérieusement sur le montage du film. En dépit cet amoncellement de problèmes, de retards et de frais de production qui grimpèrent au-delà des estimations, Le Grand Chantage est, à ne pas s'y méprendre, un grand film.

Réalisé comme un film noir, Le Grand Chantage est un drame cynique qui n'a pas pris une ride et qui surprend encore par sa noirceur et par la qualité de son interprétation sans failles.

Œuvre cynique et noire, Le Grand Chantage nous plonge avec réalisme dans les coulisses de New York et de son milieu du spectacle. Référence de Martin Scorsese pour la façon dont Alexander Mackendrick filme la ville (en écrasant les personnages sous le poids des grattes-ciel, en tournant à Manhattan de nuit et en laissant le chef-opérateur James Wong Howe faire arroser les trottoirs pour rendre une ambiance encore plus pesante), le film est une véritable foire aux vanités où les gens mentent, manipulent les autres ou se trahissent mutuellement. Clou du film, le personnage de Sidney Falco (Tony Curtis dans l'un de ses meilleurs rôles) est une ordure, un type que l'on ne peut pas sauver parce qu'il n'a pas de scrupules, qu'il est veule et que quand il a l'air décent, ça ne dure jamais longtemps. Falco est un attaché de presse aux abois, prêt à tout pour se faire une place dans une colonne de journal. Face à lui, Burt Lancaster campe un Hunsecker terrifiant dont la relation avec sa sœur est lourde de sous-entendus. Lancaster, portant des lunettes émaciant son visage pour l'occasion, se montre impitoyable et si influent qu'il en a oublié tout sens moral. Entre Falco et Hunsecker, on ne sait lequel est pire, on sait seulement que Susie (Susan Harrison, sublime et fragile), la sœur d'Hunsecker, ne pourra pas longtemps tenir le coup à leurs côtés.

Drame glaçant donnant un aperçu peu reluisant du monde du show-business tel qu'il était à l'époque (avec tout de même un attaché de presse intègre ajouté au scénario dans une très belle scène), Le Grand Chantage a beau reposer sur une idée d'Ernest Lehman, c'est bien Clifford Odets qu'il faut saluer pour la qualité des dialogues, mordants, grinçants (''I'd hate to take a bite outta you. You're a cookie full of arsenic.''), débités à une sacré vitesse par des acteurs en grande forme qui ne lâchent rien et écrits dans l'urgence par Odets au fil des jours du tournage. Saluons aussi la remarquable réalisation d'Alexander Mackendrick qui apporta de nombreuses idées pour dynamiser le récit et surtout pour se couvrir au maximum au montage, utilisant avidement de grands mouvements d'appareil, plaçant tous les personnages dans des compositions de cadres que la sublime photographie vient surligner avec délice. Réalisée comme un film noir, Le Grand Chantage est une œuvre qui n'a quasiment pris aucune ride tant elle s'attaque avec virulence aux bassesses d'un milieu qui n'en a jamais été à court. Noir, presque malsain (il faut voir les yeux de Falco briller d'avidité quand Hunsecker lui propose d'écrire à lui seul une colonne) et intelligent, voilà bien un film sur lequel on peut se jeter sans hésiter à condition de bien tenir le coup devant des coups bas qui, décidément, ne semblent jamais se démoder...

Informations

Détails du Film Le Grand Chantage (Sweet Smell Of Success)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 96 '
Sortie 27/06/1957 Reprise -
Réalisateur Alexander Mackendrick Compositeur Elmer Bernstein
Casting Tony Curtis - Burt Lancaster - Sam Levene - Martin Milner - Susan Harrison
Synopsis Hunsecker, le plus puissant chroniqueur de New York, est décidé à empêcher sa sœur d'épouser Steve Dallas, un musicien de jazz. Il engage dans ce sens Sidney Falco, un agent de presse sans scrupule, afin de briser cette liaison.

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