Critique Manchester by the sea

Manchester by the sea
Critique de Manchester by the sea avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, Lucas Hedges.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

On ne se souvient plus du temps où on était aimable, où on était heureux, insouciant et disponible. On est devenu trop solitaire. On n’aime plus personne. On ne peut plus faire confiance. Lee Chandler est devenu comme ça. Concierge irritable, il ne sait plus comment trouver le cœur des gens. A force de se renfermer, il ne sait plus leur parler. Cela faisait assez longtemps qu’un véritable mélodrame ne nous avait pas terrassé comme Manchester by the sea. Mis en scène par un outsider du cinéma indépendant, Kenneth Lonergan (You can count on me, nommé aux Oscars puis Margaret, œuvre maudite, enterrée vivante par des querelles de producteurs), ce film ne paie pas de mine au départ. Des plans simples, presque basiques, une mise en place apparemment en pilotage automatique. Mais sous son allure rustre, comme Lee Chandler, son personnage principal, Manchester by the sea cache des trésors de sensibilité qui chavireront le cœur.

Un plan éloigné, un bateau rustique, deux frères et un enfant. Quelques blagues ordinaires. On ne le sait pas encore mais c’était l’image du bonheur. Le générique passe et renvoie ensuite vers la solitude triste d’un homme. Lee Chandler (Casey Affleck atteignant la perfection dans l’absence totale d’effets et de performance surlignante), ténébreux et réservé, est éteint, presque mort. Il débouche des éviers mais il est lui-même vidé de toute substance. Par moments, trop ivre, il se bat dans des bars, quand il croit qu’on lui fait des œillades homosexuelles, pour se souvenir qu’il est encore vivant et qu'il peut encore souffrir. Il est comme anesthésié dans un monde hostile. Il ne rencontre presque plus personne et ceux qu’il rencontre encore, il ne cherche plus vraiment à les connaître.

Manchester by the sea est ainsi une ode au travail de deuil, celui d’âmes consumées et d’un frère au cœur trop fragile. Comment vivre ? Comment se reconstruire ? Comment un cœur peut-il battre à nouveau ?

Que lui est-il arrivé pour tomber aussi bas? Kenneth Lonergan laissera planer le doute pendant trois quarts d’heure environ, où des flash-backs nous montreront son existence antérieure, avant de nous ramener à la douloureuse réalité. Il suffit de voir un instant Lee Chandler de dos pour comprendre subtilement que tel moment se passe dans le passé ou le présent. Pendant cette première heure, Lonergan organise ainsi un malin chassé-croisé entre différentes époques, à la manière d'un Resnais manipulateur temporel qui pratiquerait aussi le mélodrame, pour mieux nous faire ressentir le hiatus entre un passé à jamais disparu et un présent devenu invivable.

Manchester by the sea est ainsi une ode au travail de deuil, celui d’âmes consumées et d’un frère au cœur trop fragile. Comment vivre ? Comment se reconstruire ? Comment un cœur peut-il battre à nouveau ? Le deuil d’un frère renvoie à d'autres deuils antérieurs et trop douloureux. L’Adagio d’Albinoni nous plonge une nouvelle fois dans l’abîme d’une damnation. La faute à pas de chance. Le destin frappe souvent ceux qui sont déjà frappés. Quand un frère vous quitte, la vie devrait devenir plus précieuse, mais encore faudrait-il que vous ne soyez pas déjà mort au fond de vous.

La rencontre entre Casey Affleck et Michelle Williams, charriant les remords et les regrets, l’amour survivant et les illusions perdues, la tristesse et la dépression, est sans doute l’une des plus belles scènes de couple jamais vues sur un écran de cinéma.

La vie s’écoule et le passage du témoin apparaît vain. Lee doit se secouer pour faire face au neveu dont il est devenu le tuteur. Néanmoins Lee ne peut pas s’en sortir. Devant les difficultés du terrible métier de vivre, il s’embourbe tel un albatros maladroit. Tout s’avère difficile : Patrick, son neveu trop remuant pour exprimer autrement son chagrin (excellent Lucas Hedges), les deux copines de Patrick, si différentes l'une de l'autre, sa belle-sœur trop catholique intégriste pour ne pas être perturbée, et surtout son ex-femme Randi (Michelle Williams, déchirante) qu’il retrouve à Manchester, sa ville natale de Nouvelle-Angleterre. Dans le dernier tiers du film, lorsque Lee va croiser une ultime fois Randi au détour d’une rue, la rencontre entre Casey Affleck et Michelle Williams, charriant les remords et les regrets, l’amour survivant et les illusions perdues, la tristesse et la dépression, est sans doute l’une des plus belles scènes de couple jamais vues sur un écran de cinéma. Un moment d’anthologie qui suffirait à lui seul à faire entrer Manchester by the sea dans la légende.

Si Manchester by the sea peut remporter beaucoup de prix (meilleur film, meilleur acteur, meilleur scénario, meilleur second rôle féminin, voire meilleur second rôle masculin), c’est paradoxalement parce qu’il ne semble en réclamer aucun. Sobre, émouvant, sans esbroufe ni effets spéciaux, ce film est centré sur ses personnages fêlés, déstructurés, passionnés ou dépassionnés, humains, trop humains. Il s’agit avant tout d’un drame à hauteur d’homme, où l’émotion n’est jamais ostentatoire : sous nos yeux, un personnage déchiré, mortellement meurtri, en lambeaux, vacille mais ne rompt pas. Comme les fauves, il faut lécher ses blessures pour dépasser le stade terminal de la mélancolie. La tragédie n’est pas forcément le dessein de la fatalité. Afin d’espérer atteindre une forme de rédemption, il faut pouvoir revenir aux sources.

Informations

Détails du Film Manchester by the sea
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 138 '
Sortie 14/12/2016 Reprise -
Réalisateur Kenneth Lonergan Compositeur Lesley Barber
Casting Casey Affleck - Kyle Chandler - Michelle Williams - Lucas Hedges
Synopsis Manchester by the sea nous raconte l’histoire des Chandler, une famille de classe ouvrière, du Massachusetts. Après le décès soudain de son frère Joe (Kyle Chandler), Lee (Casey Affleck) est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick (Lucas Hedges). Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi (Michelle Williams) et de la communauté où il est né et a grandi.

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