Critique La Fille de Brest

La Fille de Brest
Critique de La Fille de Brest, réalisé par Emmanuelle Bercot, avec Sidse Babett Knudsen, Benoit Magimel.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Depuis son prix d’interprétation à Cannes l’année dernière pour Mon Roi de Maïwenn, on avait presque oublié qu’Emmanuelle Bercot était réalisatrice. Et pourtant elle l’est bien et fait partie, de surcroît, de celles qui comptent dans le paysage du cinéma français. Après une série de films intimistes, interrogeant la condition féminine dans tous ses états, elle poursuit le virage social de son œuvre, amorcé avec La Tête haute qui a fait l’ouverture du Festival de Cannes en 2015. La Fille de Brest raconte ainsi comment le combat d’une femme a pu aboutir à faire interdire un médicament le Médiator (ou Benfluorex, son principe actif), responsable de centaines de morts.

Dans son hôpital de Brest, une pneumologue, Irène Frachon, découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d'un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. Elle va se battre pour révéler la vérité. Ce sujet de film-dossier semble a priori aux antipodes du cinéma d’Emmanuelle Bercot. Pourtant il creuse en fait la même thématique, celle de la vérité, mais Emmanuelle Bercot est passée de la vérité intérieure et psychologique, établie pour soi-même, à la vérité sociale, admise et reconnue par les autres.

La Fille de Brest est un film efficace, plutôt bien construit et mené, dans lequel derrière le prétexte d’une affaire de santé publique, se cache en fait le portrait d’une femme.

Dans la première période de son œuvre, Emmanuelle Bercot a en effet exploré tous les états de la condition féminine, de l’adolescente déflorée (La Puce) à la dame d’un certain âge, en quête d’inconnu (Elle s’en va), en passant par les rapports fan-star (Backstage) et l’étudiante obligée de se prostituer pour un peu d’argent (Mes chères études). Elle y a montré une vive sensibilité à tous les aspects de la condition féminine et surtout un sens incroyable de la direction d’actrices. Toutes les actrices dirigées par Emmanuelle Bercot sont toutes magnifiques dans leurs rôles : Isild Le Besco, Deborah François, Catherine Deneuve, Emmanuelle Seigner.

Dans une certaine mesure, Mes chères études, ce téléfilm réalisé pour Canal Plus, a sans doute initié le virage social qu’il est possible de constater aujourd’hui puisque Déborah François y était confrontée au problème majeur de l’argent, passeport idéal pour concrétiser des rêves mais aussi parfois seulement simple viatique social pour un minimum de nourriture et un logement décent. Dans ses autres films jusqu’à La Tête haute, la protagoniste devait régler des problèmes psychologiques (l’ennui, l’obsession mentale, la peur de la perte de virginité) pour se mettre en paix avec elle-même.

La nouvelle manière d’Emmanuelle Bercot a réellement commencé avec La Tête haute : choix d’un protagoniste masculin, sujet social de la réinsertion des enfants violents, filmage dans le style caméra-vérité, sans fioritures inutiles. La Fille de Brest persévère dans le registre social, en proposant un film-dossier à l’américaine, rempli de faits et pratiquant le filmage à l’estomac, alors que Bercot pouvait parfois s’attarder sur l’épiderme d’une actrice ou le vide antonionien d’une situation.

Certains peuvent regretter le style plus relâché de sa première manière mais La Fille de Brest est un film efficace, plutôt bien construit et mené, dans lequel derrière le prétexte d’une affaire de santé publique, se cache en fait le portrait d’une femme. Bien plus que Spotlight ou Erin Brokovich auxquels la publicité le compare, La Fille de Brest fait davantage penser à un autre portrait de femme par une femme, Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, description clinique d’une femme obstinée qui va jusqu’au bout de son combat.

Car le portrait d’Irène Frachon est éminemment personnel sous ses dehors de film-dossier. Emmanuelle Bercot a ainsi fait des choix intéressants, comme éliminer la dimension de croyante protestante de son modèle, ou ne pas s’appesantir sur la représentation des dirigeants des laboratoires pharmaceutiques, là où il eût été facile de caricaturer l’antagoniste. Pour Emmanuelle Bercot, Irène Frachon est avant tout une femme courageuse et drôle, aux mimiques de clown, qui jure comme un charretier, ce que l’admirable Sidse Babett Knudsen (Borgen, The Duke of Burgundy, Westworld) restitue à merveille, sans même avoir besoin de ressembler physiquement à Irène Frachon dans la vie.

Là se trouve le lien avec le reste de l’œuvre d’Emmanuelle Bercot, cette volonté de décrire une femme dans tous ses états, les plus séduisants comme les moins glamour. La Fille de Brest n’en est pas pour autant une œuvre de militantisme féministe (Irène Frachon réagit en tant que médecin en butte à l’injustice, c’est–à-dire en tant que conscience humaniste) mais met à l’œuvre un regard de femme précieux par les temps qui courent. Féminin mais pas forcément féministe, la nuance est subtile, elle traverse l’œuvre d’Emmanuelle Bercot.

Informations

Détails du Film La Fille de Brest
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 128 '
Sortie 23/11/2016 Reprise -
Réalisateur Emmanuelle Bercot Compositeur Martin Wheeler - Bloum
Casting Benoît Magimel - Sidse Babett Knudsen - Charlotte Laemmel
Synopsis Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d'un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

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