Critique Les beaux jours d'Aranjuez

Les beaux jours d'Aranjuez
Critique des Beaux jours d'Aranjuez, réalisé par Wim Wenders, avec Reda Kateb, Sophie Semin, Jens Harzer, Peter Handke, Nick Cave.

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Par David Speranski

Critique du Film

Mais où est donc passé Wim Wenders ? Wenders, dans les années 70 et 80, était sans doute l’un des auteurs-phares de sa génération. Paris, Texas, Les Ailes du désir, L’Ami américain, Alice dans les villes, entre autres réussites, sont encore là, pour en témoigner. Wim tenait sans doute un rôle central dans le cinéma contemporain et représente définitivement une référence pour le cinéma de ces années-là. Or, depuis les années 90, film après film, Wenders a décroché définitivement de la fiction. Ses plus grandes réussites sont désormais documentaires (Pina, Buena vista social club, Le Sel de la terre). Ses fictions s’effondrent par manque de consistance dramatique et de crédibilité. Avec Les Beaux jours d’Aranjuez, il semble avoir trouvé une solution intermédiaire : revenir au texte de son ami écrivain Peter Handke, celui qui avait illuminé les mots des Ailes du désir, filmer donc une pièce de théâtre, sans sophistication ni fioritures, en restituant l’authenticité de la parole.

Sur la terrasse d’une belle propriété en été, un homme et une femme à l’identité indéterminée s’entretiennent de leurs souvenirs et expériences érotiques et sensuelles, interrogeant la nature du désir et de sa représentation masculine et féminine. Dans la maison, un écrivain, allant et venant de sa machine à écrire à son juke-box, invente sur le papier leur dialogue, à moins que ce ne soit l’inverse. Peut-être lui dictent-ils involontairement ce qu’il écrit.

Des Beaux jours d’Aranjuez, reste essentiellement le souvenir d’un après-midi d’été ensoleillé, pas si désagréable, plutôt bien restitué d’un point de vue sensoriel mais plus qu’insuffisant cinématographiquement et surtout exténuant par son immobilisme placide.

Wenders a souvent exprimé une fixation sur l’utilisation du langage, le choix entre le mutisme et la logorrhée, cf. Paris, Texas. Ce dialogue entre Sophie Semin et Reda Kateb pourrait évoquer la fameuse rencontre dans le peep-show entre Nastassja Kinski et Harry Dean Stanton. Malheureusement il n’en est rien. Nous sommes beaucoup plus proches de la scansion immobile de certains films de Manoel de Oliveira. Paulo Branco est ainsi à la manœuvre pour la production, ce qui renforce l’effet de filiation sur ce film entre Oliveira et Wenders. Ce dialogue quasiment philosophique sur la sensualité évoque Le Banquet de Platon mais Wenders n’essaie pas véritablement de le dramatiser. Tout est dévolu au texte, certes admirable, écrit directement en français, de Peter Handke mais rien ne ressort de ces échanges d’un point de vue visuel, sonore ou atmosphérique.

La seule initiative maladroite consiste pour Wenders en la création d’un personnage d’écrivain qui n’existait pas dans la pièce, et sert de prétexte à de rares incursions dans la maison de la propriété, « aérations » ou diversions par rapport à l’écoulement régulier du texte. On s’amuse alors à remarquer les caméos, par exemple, Peter Handke en jardinier. Les quelques moments réussis du film sont en fait les séquences purement musicales, engendrées par le juke-box de l’écrivain, Perfect day de Lou Reed, sur fond utopique de Paris désert, l’apparition fantomatique de Nick Cave interprétant au piano Into my arms, découvert à la faveur d’un sublime décadrage (le grand moment très émouvant du film).

En-dehors de cela, Wenders, comme dans son film précédent, Every thing will be fine, s’amuse avec la 3D en en proposant une version non agressive et quasi-subliminale. L’idée n’est pas inintéressante, rompant avec les effets tape-à-l’œil habituels mais sombre assez vite dans l’anodin. A part filmer quelques larmes de l’actrice principale ou des détails de nature morte qui ressortent excessivement dans le plan, Les Beaux jours d’Aranjuez se contente d’être un film d’atmosphère qui se délecte de son texte, même si, à un moment Reda Kateb se moque du postulat textuel en proclamant ironiquement « trop de texte, pas assez d’action », le film dérivant soudain vers un climat de fin du monde. Bizarrement, on aurait aimé aimer ce film, on a même de la peine à en dire du mal. On espère moins hésiter à dire du bien du prochain projet de Wenders, Submergence, avec un casting alléchant, Alicia Vikander et James McAvoy. Des Beaux jours d’Aranjuez, reste essentiellement le souvenir d’un après-midi d’été ensoleillé, pas si désagréable, plutôt bien restitué d’un point de vue sensoriel mais plus qu’insuffisant cinématographiquement et surtout exténuant par son immobilisme placide.

Informations

Détails du Film Les beaux jours d'Aranjuez
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 97 '
Sortie 09/11/2016 Reprise -
Réalisateur Wim Wenders Compositeur
Casting Reda Kateb - Nick Cave - Sophie Semin
Synopsis Un beau jour d’été. Un jardin. Une terrasse. Une femme et un homme sous les arbres, avec un vent d’été doux. Au loin, dans la vaste plaine, la silhouette de Paris. Un dialogue commence, des questions et des réponses entre la femme et l’homme. Il s’agit d’expériences sexuelles, d’enfance, de souvenirs, de l’essence de l’été et de ce qui différencie les hommes et les femmes, la perspective féminine et la perception masculine. Derrière, dans la maison qui donne sur la terrasse, sur la femme et l’homme: l’écrivain, en train d’imaginer ce dialogue et de le taper à la machine. Ou est-ce l’inverse? Seraient-ce les deux personnages, là dehors, qui lui racontent ce qu’il couche sur le papier: un ultime et long dialogue entre un homme et une femme?

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