Critique Le Client (Forushande)

Le Client
Critique de Le Client, réalisé par Asghar Farhadi, avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

On avait quitté Asghar Farhadi, le cinéaste iranien d’Une Séparation, en 2013 lors du Festival de Cannes. Pendant le dernier dimanche, la rumeur enflait d’une Palme pour Le Passé, son film produit en France et interprété majoritairement par des Français. La team Farhadi affrontait ainsi sur Twitter la team Kechiche, supportrice de La Vie d’Adèle. Au bout du suspense, le jury de Steven Spielberg récompensa à l’unanimité La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, ne mentionnant le film de Farhadi que pour un prix d’interprétation féminine à Bérénice Béjo. Depuis, Le Passé est tombé un peu, sans jeu de mots, dans l’oubli. Cette année consacre le retour d’Asghar Farhadi au plus haut niveau : retour dans son pays, l’Iran ; retour à son sens génial de l’ellipse et du suspense psychologique ; retour vers sa troupe de comédiens iraniens qui ont rarement été aussi bons. Retour gagnant sur toute la ligne, avec l’un des grands films de cette année 2016, Le Client.

En effet, si Le Passé souffrait d’un défaut, c’était bien d’une impression de déracinement. Le film essayait d’adapter la méthode Farhadi au contexte français mais cela apparaissait aussi superficiel et maladroit que le bruit de la perceuse dans le film. Le Client signe au contraire de belle manière un retour en Iran, un pays que Farhadi n’aurait peut-être jamais dû quitter narrativement, tant il y a préservé et inscrit ses marques.

La structure imparable du film entraîne le spectateur dans un ascenseur émotionnel qui ne le libérera qu’à la toute fin.

D’emblée, le film est placé sous le signe de l’éboulement et de la reconstruction. Il est nécessaire de reconstruire l’immeuble où logent Emad et Rana : ils doivent donc déménager. Le symbolisme est assez lisible d’une nation qui doit se reconstruire sur de nouvelles bases. Malheureusement, Emad et Rana s’aperçoivent que l’ancienne locataire de leur appartement exerçait le plus vieux métier du monde, ce qui va entraîner une confusion sur l’identité des locataires et par conséquent un traumatisme violent pour le couple.

Comment reconstruire alors que les bases sont pourries ? C’est en creux la question que Farhadi pose au cœur de son film. Il suffira d’une scène manquante et d’un sens de l’ellipse toujours aussi génial chez Farhadi pour lancer l’intrigue. Comme dans Une Séparation, on ne verra pas la scène la plus importante du film qui conditionne tout le reste. A partir de là, Le Client ne cessera de dérouler son programme scénaristique implacable qui ne nous lâchera pas jusqu’à la fin. Qui est ce fameux client, suspecté du plus noir méfait à l’encontre de Rana ? Comment le couple peut-il survivre à cet événement dramatique ? Ne pourrissait-il pas déjà de l’intérieur avant même que l’événement n’ait lieu ?

Le film est ainsi traversé de questions auxquelles Farhadi n’apporte presque pas de réponses. Mais il signe des dizaines de séquences miraculeuses de justesse et de simplicité comme celle, extrêmement touchante, où les parents se réjouissent de préparer un plat de pâtes à leur fils puis s’aperçoivent trop tard qu’il a été financé par l’argent de la prostituée. La structure imparable du film entraîne le spectateur dans un ascenseur émotionnel qui ne le libérera qu’à la toute fin. Jusque-là, il aura vécu dans les dernières vingt minutes un huis clos d’anthologie, rappelant en beaucoup plus réussi La Jeune fille et la mort de Polanski, où les repères moraux auront disparu, où l’on ne saura plus qui est coupable ou innocent, où l’on se demandera qui est le plus salaud, de celui qui cherche à se venger ou du présumé coupable qui pourrait n’avoir rien à se reprocher.

Pour parvenir à cette maîtrise dans l’exécution, il faut un talent dramaturgique hors pair. Depuis Une Séparation, on sait Farhadi maître dans le questionnement pirandellien de la vérité. Le Client arrive quasiment au même niveau, hormis quelques séquences inutiles sur le métier de comédiens exercé par le couple d’Emad et de Rana. Il renoue avec l’aspect de conte moral des Enfants de Belle Ville ou La Fête du feu. Il faudra une épreuve qui se situe au-delà de la morale pour resserrer peut-être les liens dans un couple qui pourtant se délitait. Pour mener à bien cette quête de la vérité, où tous les personnages en prennent tous pour leur grade, il fallait aussi une troupe parfaitement homogène de comédiens complémentaires : Shahab Hosseini, déjà vu dans Une Séparation, magnifique de violence plus ou moins contenue, prix d’interprétation masculine à Cannes, Taraneh Alidoosti, la véritable muse de Asghar Farhadi, (bien davantage que Golshifiteh Farahani), sublime de douleur intériorisée et Babak Karimi, génial de complexité et d’humanité dans le fameux huis clos de la fin. Si Le Client a obtenu deux prix à Cannes, le prix du scénario et le prix d’interprétation masculine, il méritait beaucoup mieux mais il a pâti de la cécité d’un jury qui aura rarement autant manqué son palmarès que cette année. Peu importe, les palmarès passent, les grands films restent.

Informations

Détails du Film Le Client (Forushande)
Origine Indisponible Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 123 '
Sortie 09/11/2016 Reprise -
Réalisateur Asghar Farhadi Compositeur Sattar Oraki
Casting Shahab Hosseini - Taraneh Alidoosti - Babak Karimi
Synopsis Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d'importants travaux menaçant l'immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l’ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques