CRITIQUE Mademoiselle (Agassi)

Mademoiselle

Critique du Film

Reconnu pour avoir réalisé le film Old Boy sorti en 2004, la filmographie conséquente de Park Chan-Wook en dit long sur son talent incontestable à nous secouer dans nos sièges de cinéphiles. Mademoiselle vient confirmer une nouvelle fois que ce cinéaste sud-coréen sait nous remuer les tripes. Sa trilogie sur la vengeance (Sympathy for Mr.Vengeance, Old Boy & Lady Vengeance) nous avait ébranlés. Thirst, l’histoire d’un prêtre devenu vampire nous avait marqués. Park Chan-Wook a pris l'habitude de nous plonger dans des univers très sombres. Mademoiselle ne déroge pas à cette fine ligne. Ce nouveau long-métrage en salles le 1er novembre est un thriller érotique se déroulant dans les années 30 durant la colonisation japonaise en Corée du sud. Sookee devient la servante d’une riche femme, Hideko vivant en retrait de la société dans un manoir. Emprisonnée depuis son enfance par son terrible oncle Kouzuki, la jeune femme ne connaît rien du monde. Ce dernier se fiance avec elle pour obtenir son héritage. Sa jeune servante aidée d’un arnaqueur se faisant passer pour un comte japonais, va avoir d’autres plans pour cette Raiponce coréenne.

Il arrive une nouvelle fois à piéger ses personnages et à berner le spectateur.

A première vue, cette intrigue est banale mais pour les cinéphiles avertis, vous vous en doutez, le réalisateur n’a pas fait les choses à moitié. Les images sont épurées. Il y a une composition géométrique des plans dignes d’un mathématicien. Le décor est ordonné à tel point qu’il vient apporter une dimension lugubre à ce thriller.  A l’inverse, l’architecture japonaise des années 30 adoucit cet univers mystérieux. S’il faut donner un thème, ce film exploite le mensonge. Il tient en haleine le spectateur durant tout le film. On pense être omniscient face à l’arnaque que planifie le comte et Sookee mais nous ne sommes pas dans une production américaine. Le cinéaste nous époustoufle avec sa mise en scène spectaculaire. Nous sommes dans un monde fantasmé entre réalité et rêve. Ce film s’offre à nous comme un conte coréen. Le fil de la narration se greffe petit à petit à des lectures suggestives qui mènent à la résolution du récit.

Outre le travail technique, Park Chan-Wook établit un univers peuplé de femmes. Ce film est une ode à l’érotisme féminin et au libertinage. Hideko est froide ressemblant d’abord à une enfant toujours protégée du monde. Depuis petite, son oncle l’entraîne à des exercices de lecture. Kouzuki invite de vieux bourgeois japonais à venir écouter sa nièce leur conter des romans érotiques très précieux. Durant ces lectures, elle devient maîtresse des fantasmes lubriques de ces hommes. Au fur et à mesure, elle dégage une certaine sensualité que sa domestique admire. Sookee ou Okju prend goût à s’occuper d’Hideko en qui elle voit une poupée à coiffer. Peu à peu, elle s’éprend éperdument d’elle. Malgré le mensonge qu’elle cache, son cœur est déchiré entre sa soif de richesse et ses sentiments naissant pour Hideko. Leur relation est face à différents conflits mais jamais elle n’est traitée sous un regard désapprobateur des autres personnages. Il y a une véritable liberté sexuelle qui leur permet de se découvrir, se dévoiler et s’épanouir. Ces deux femmes sont l’incarnation d’une beauté cruelle et ingénieuse. Leur différence sociale n’empêche pas leur union. Au contraire, elle vient apporter une force à leur amour, un équilibre. La subtilité de leur ressemblance physique se reflète particulièrement dans une scène où Hideko décide d’habiller Okju en une bourgeoise des années 30. Les plans les assimilent à deux sœurs jouant ensemble à devenir des femmes.

une ode à l’érotisme féminin et au libertinage

Véritable hommage à la femme malgré un léger manque de subtilité dans certains plans, le film de Park Chan-Wook nous fait voyager dans un conte lugubre où Hideko et Sookee essaient d’exister. Leur amour s'explore à différentes mesures offrant une véritable figure de la femme libérée. L'esthétique géométrique souligne la frontière sociale et culturelle qui les sépare renforçant cet univers de conte. L'architecture du manoir adoucit l'univers macabre qui se dégage de l'image. Le mensonge thématique fort de ce film, remet en cause tout ce que le spectateur semble voir au premier abord. Le cinéaste exploite le mensonge à travers son esthétique comme il l'avait fait pour ses précédents films (Old Boy, Stoker). Il arrive une nouvelle fois à piéger ses personnages et à berner le spectateur. La lecture d’un des romans lubriques de Kouzuki apporte le point de conclusion aux dernières images du film. C’est une résolution assez ambiguë quant au regard porté sur la femme.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

Man-ting SRON

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