Critique Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake)

Moi, Daniel Blake
Critique de Moi, Daniel Blake, réalisé par Ken Loach, écrit par Paul Laverty, avec Dave Johns et Hayley Squires

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

On l’aime, on l’a toujours aimé Ken Loach avec sa colère face à l’injustice et son humanisme à fleur de peau. Son œuvre depuis presque cinquante ans a toujours défendu les déclassés, les humiliés, les oubliés du système, « les petits, les obscurs, les sans-grades » comme l’écrivait Edmond Rostand. Son œuvre se partage entre deux veines, l’une épique (Land of Freedom, Le Vent se lève, Jimmy’s hall), l’autre sociale (Riff-Raff, Raining Stones, La part des anges), les deux étant forcément engagées et politiques. En 2006, il a remporté une première Palme avec Le Vent se lève, sommet de son style lyrique. Dix ans plus tard, il en gagne une deuxième avec Moi, Daniel Blake, symptômatique de sa deuxième manière, qui débarque cet automne dans les salles françaises. Or lors de la décision du jury cannois en mai 2016, cette Palme est loin d’avoir fait l’unanimité, beaucoup de critiques ou de festivaliers s’étant prononcés en faveur de Toni Erdmann. Qu’en est-il quelques mois plus tard, le souffle de la polémique étant retombé ?

Moi, Daniel Blake, présente les déboires d’un menuisier de 59 ans, en proie à des problèmes cardiaques, qui se voit obligé de rechercher du travail, sous peine de sanction. Il va rencontrer au Pôle Emploi britannique Katie une mère célibataire, accompagnée de ses deux enfants. Ensemble, ils vont essayer de lutter contre les aberrations du système administratif.

« Un autre monde est possible » a déclaré Ken Loach lors de son discours de remerciements. On a envie de lui dire, un autre cinéma aussi.

On ne peut qu’adhérer au projet de départ, si par malheur, on a eu la malchance de se retrouver pris au moins une fois dans sa vie dans les rets absurdes de l’administration, pour laquelle un formulaire est plus important qu’un être humain. Néanmoins, là où Ken Loach pèche, c’est bien davantage par la méthode. Certes, il a toujours eu la main un peu lourde mais cette fois-ci, l’argument scénaristique mélodramatique à l’extrême est tissé avec de grosses ficelles bien trop prévisibles, ce qui nous empêche d’adhérer complétement au drame humain a priori poignant qui se joue à l’écran. Dès le début, quasiment à partir du premier plan, on devine la fin du film qui sera forcément tragique pour le personnage principal. Dès le départ, on se doute aussi de l’avenir qui va attendre le personnage de Katie, surtout si elle souhaite gagner de l’argent rapidement pour nourrir ses deux enfants. Durant tout le film, Ken Loach dresse un portrait manichéen, sans nuances de l’administration britannique (police, services sociaux, justice). Tout y passe et un peu plus de subtilité aurait été souhaitable dans ce portrait uniquement à charge.

Pourtant tout ne doit pas être mis au rebut dans ce film. Loach a ainsi gardé cet incroyable talent de directeur d’acteurs qui lui fait révéler des acteurs professionnels ou amateurs complètement inconnus. Dave Johns, acteur comique, et Hayley Squires, comédienne de théâtre, apparaissent absolument bouleversants dans leurs rôles de marginaux, formant un couple aussi touchant que platonique, et auraient peut-être mérité des prix d'interprétation. Quelques belles séquences montrent en effet que Loach n’a pas totalement perdu la main : le générique de début , formidable en voix off, sur fond d’entretien à Pôle Emploi, Katie qui craque en plein magasin alimentaire. Hélas, cela semble beaucoup trop minoritaire pour nous emporter totalement dans l’émotion, tant le cadre scénaristique est contraignant et trop évident. Ken Loach oublie de nous surprendre par le scénario convenu de Paul Laverty, ainsi que par sa mise en scène trop compassée.

Une deuxième Palme, c’était certainement excessif, quand l’on sait que ni Bergman ou Hitchcock n’en ont obtenues. Si on contemple objectivement l’œuvre de Ken Loach, peu de points saillants ressortent. De bons films, d’autres moins bons s’accumulent mais il aura surtout marqué par sa constance et sa régularité, un peu comme s'il avait obtenu ses deux Palmes à l’ancienneté. S’il faut citer son plus grand film, il faudra remonter à Family Life, datant de 1971, où Loach dépeint avec force le calvaire d’une adolescente un peu bohème que sa famille va rendre totalement psychotique. Du grand cinéma, fou, imprévisible, renversant. Tout le contraire de Moi, Daniel Blake. « Un autre monde est possible » a déclaré Ken Loach lors de son discours de remerciements. On a envie de lui dire, un autre cinéma aussi.

Informations

Détails du Film Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake)
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 99 '
Sortie 26/10/2016 Reprise -
Réalisateur Ken Loach Compositeur George Fenton
Casting Dave Johns - Hayley Squires
Synopsis Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

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