CRITIQUE : Don't Breathe


Don't Breathe

Critique du Film

Après avoir essuyé un tas de mauvaises critiques qui jugeaient son premier film comme un déferlement sanglant sans objectif, Fede Alvarez a décidé de prendre en compte ce qu’on lui reprochait en montant son projet Don’t Breathe. En dépit d’un remake d’Evil Dead qui était à des années de ce que ses détracteurs lui reprochaient, nous attendions de pied ferme le retour de ce réalisateur uruguayen repéré par Sam Raimi. Toujours produit par Robert Tapper et Sam Raimi, Don’t Breathe se veut être un thriller réaliste. Alvarez ne voulait aucune consonance fantastique dans l’élaboration de son histoire, jugeant l’exercice beaucoup trop commun au cinéma de genre actuel. Ainsi, Don’t Breathe raconte la terrible nuit de trois cambrioleurs qui décident de dépouiller un vétéran du Viêt Nam ayant perdu la vue. Seulement, ils vont avoir affaire à un adversaire coriace et violent, bien décidé à ne pas se laisser faire et à décimer les trois intrus cachés sous son toit.

Don’t Breathe annihile le concept de conscience morale pour mieux taper dans le lard.

Maman, J’ai Raté l’Avion a fait des émules ! Don’t Breathe pourrait s’apparenter à une réponse adulte et violente au fameux divertissement de Chris Columbus. Ce second film de Fede Alvarez prend parti de raconter son histoire de home invasion du point de vue des cambrioleurs. Nous assistons à la mise en œuvre des événements, mais pas que. En effet, Alvarez nous place en tant que témoin omniscient des événements. Nous découvrons les subterfuges avant qu’ils ne soient révélés aux protagonistes, et pourtant la tension parvient à s’installer. Alvarez insuffle un rythme nerveux et constant à son récit. Nous sommes immergés dans son histoire si bien qu’on en vient à retenir notre souffle avec les personnages par moment. Ce qui fait la force de Don’t Breathe provient de l’aspect réaliste de ses propos. En effet, en choisissant de mettre en place un homme aveugle comme ennemi, il concède à son film une notion de terreur qu’on n’avait pas ressentie depuis belle lurette dans le cinéma d’horreur : l’ennemi est humain et est tout aussi brutal que n’importe quelle entité maléfique. Il faut souligner l’interprétation exemplaire de Stephen Lang qui supplante son rôle de manière très habitée. Avec un background minime, mais très bien défini, on accepte sans mal les horreurs qu’il parvient à faire subir aux cambrioleurs. Don’t Breathe joue également de contrastes dans sa violence. Il n’y a pas vraiment de gentils ni de méchants. La maison devient le théâtre horrifique de sordides événements d’où personne ne sortira indemne. Amenant parfaitement un jeu du chat et de la souris sans concession, Fede Alvarez ménage ses effets gores. La violence est, certes, brutale, mais en aucun cas gratuite dans le sens où elle est légitimée par les intentions de chacun. Si les cambrioleurs méritent une leçon, l’homme aveugle n’est pas en reste non plus. Don’t Breathe annihile le concept de conscience morale pour mieux taper dans le lard.

Bien qu’on ne puisse lui enlever ses belles qualités, Don’t Breathe ne reste qu’un film sympathiquement classique.

Pari réussi pour Fede Alvarez qui s’attire les bonnes grâces d’une presse nettement plus clémente à son égard pour ce second essai. Pourtant, Don’t Breathe demeure tout de même très classique dans ses procédés. Il n’y a rien de bien neuf dans le paysage. Même si la séance reste assez agréable à suivre, il lui manque une certaine prise de risque. Malheureusement, avec une telle histoire, l’exercice est très périlleux. Des réalisateurs comme David Fincher ont pourtant réussi l’essai avec brio. Lorsqu’il a tourné Panic Room, Fincher a fourni la preuve qu’on peut faire de grands films et flirter avec une belle originalité dans un espace restreint. L’expérience manque sans doute à Fede Alvarez pour sublimer ses propos. Toutefois, il faut tout de même lui accorder une réalisation dynamique. Ses plans occupent tout l’espace. La caméra virevolte dans tous les sens. Elle coupe le souffle des protagonistes, accentuant ainsi la folie qui s’empare d’eux petit à petit. On notera également une séquence audacieuse tournée en infra-rouge renforçant l’aspect fantomatique des agissements de l’homme aveugle.

Bien qu’on ne puisse lui enlever ses belles qualités, Don’t Breathe ne reste qu’un film sympathiquement classique. Fede Alvarez offre une histoire simpliste rythmée avec efficacité à laquelle il manque une légère dose de fougue afin de s’offrir une envolée méritée vers les strates de la perfection. Ceci étant, nous ne nous faisons aucun souci. Le petit Fede a tout de même posé les pieds sur deux solides étriers, le troisième essai sera le coup de grâce qu’il recherche, on y croit !

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Don't Breathe
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Horreur
Version Cinéma Durée 88 '
Sortie 05/10/2016 Reprise -
Réalisateur Fede Alvarez Compositeur Roque Baños
Casting Stephen Lang - Jane Levy - Dylan Minnette - Daniel Zovatto
Synopsis Un groupe de jeunes s’introduit dans la maison d’un homme aveugle, pensant qu'ils vont s’en sortir avec le crime parfait. Mais rien ne se passe comme prévu…

Par Anthony Verschueren