Critique Mal de pierres

Mal de pierres
Critique de Mal de pierres, réalisé par Nicole Garcia, avec Marion Cotillard et Louis Garrel.

Verdict Note : A louper sans aucun regret. A louper sans aucun regret.

Par David Speranski

Critique du Film

Quand un des chroniqueurs d’On n’est pas couché, Yann Moix, pour ne pas le nommer, a lancé de manière péremptoire, devant Nicole Garcia, « je n’ai jamais été aussi ému devant un film depuis Rome ville ouverte de Roberto Rossellini », on a hésité entre le fou rire et les larmes. Il parlait de Mal de pierres, le nouveau film de Nicole Garcia. Il fallait se pincer pour croire qu’il évoquait réellement ce film et pas un autre. Ce fut un moment surréaliste comme parfois il en existe à la télévision. Essayons d’expliquer toute la différence entre Mal de pierres et Rome ville ouverte.

Si l’on s’en tient au synopsis, adapté d’un roman à succès de Milena Agus, il s’agit d’un mélodrame classique centré sur une héroïne insatisfaite : Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante.

Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve. Car il ne s’agit que d’un rêve, comme on le verra un peu plus tard…

Rossellini se coltinait la réalité et l’Histoire, là où Garcia essaie de recréer une histoire.

Certes cette intrigue est très mélodramatique et peu réaliste mais Douglas Sirk a pu réaliser des films magnifiques malgré des scénarios invraisemblables. A priori rien ne pouvait s’opposer à ce que Mal de pierres fût réussi. Une héroïne insatisfaite, cela peut évoquer bon nombre de très grands films de l’histoire du cinéma, tels que Madame de de Max Ophuls ou Europe 51 de Roberto Rossellini (bien plus que Rome ville ouverte, n’en déplaise à notre ami Yann Moix, le fameux Monsieur Moi décrié par Christiane Taubira).

Pourtant dès le début du film, quelque chose cloche : le film part sur ses rails de mélodrame hyper-planifié et rien ne va l’en faire sortir. Du début jusqu’à la fin, tout est illustratif et déjà surécrit dans le scénario. En l’occurrence, il est impossible de ne pas penser à l’article de François Truffaut : Une certaine tendance du cinéma français, son pamphlet contre les metteurs en scène de la Qualité Française qui faisaient fonctionner leurs films sur des conventions et ne laissaient quasiment aucune place pour l’improvisation. C’est sans doute la raison pour laquelle Nicole Garcia s’attachant à suivre scrupuleusement la moindre ligne de dialogue, ne parvient pas à insuffler le moindre souffle de vie à son histoire. A chaque plan, on rêve de voir un acteur dérailler et sortir du moule trop prévisible des réactions cataloguées. Ce n’était qu’un rêve, malheureusement.

La comparaison est cruelle avec les films de Roberto Rossellini, cités fort mal à-propos par Yann Moix. Chez Rossellini, les acteurs ne ressemblaient pas à des acteurs (et souvent n’en étaient d’ailleurs pas), les dialogues étaient très souvent improvisés et la forme de la mise en scène était volontairement chaotique, évoquant le surgissement intempestif de la vie. Rossellini se coltinait la réalité et l’Histoire, là où Garcia essaie de recréer une histoire.

Le climax est atteint quand Mal de pierres est soudain atteint en phase terminale d’un effet Sixième sens. Soulignons que cet effet destiné à faire s’évaporer en même temps que l’existence d’un des principaux protagonistes la réalité de l’histoire racontée, est désormais souvent la conséquence d’une paresse scénaristique caractérisée. C’était déjà le cas dans La Femme au portrait de Fritz Lang mais la mise en scène langienne était si brillante qu’elle permettait de passer outre cette facilité. Or, cette année, Nos souvenirs de Gus Van Sant et Mal de pierres de Nicole Garcia viennent confirmer que lorsque le principe de l’histoire s’évapore, rien ne vient compenser l’horrible sensation pour le spectateur d’avoir irrémédiablement perdu son temps.

Informations

Détails du Film Mal de pierres
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 116 '
Sortie 19/10/2016 Reprise -
Réalisateur Nicole Garcia Compositeur Daniel Pemberton
Casting Marion Cotillard - Louis Garrel - Alex Brendemühl - Brigitte Roüan
Synopsis Gabrielle a grandi dans la petite bourgeoisie agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage, elle dérange, on la croit folle. Ses parents la donnent à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle une femme respectable. Gabrielle dit ne pas l’aimer, se voit enterrée vivante. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres, un lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître en elle cette urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, et il semble répondre à son désir. Cette fois on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve.

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