Critique Captain Fantastic

Captain Fantastic
Critique de Captain Fantastic, écrit et réalisé par Matt Ross, avec Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay, Samantha Isler, Annelise Basso, Nicholas Hamilton, Shree Crooks et Charlie Shotwell;

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Parfois, des films débarquent de nulle part et il arrive que ce soient au bout du compte ceux dont on se souvient le plus. Au vu du titre, Captain Fantastic, on aurait pu s’attendre au énième film de super-héros. Que nenni, pas l’ombre ici d’une cape dévoilée ou de super-pouvoirs exhibés. En revanche, ce film réalisé par Matt Ross, un acteur, scénariste, réalisateur, resté jusqu’à présent au second plan, pose mine de rien la question de l’éducation dans un monde livré aux fausses valeurs de la société du spectacle. A travers une intrigue mélodramatique oscillant entre travail du deuil et saillies comiques, Matt Ross rejoint par-delà les siècles Jean-Jacques Rousseau, son utopie du bon sauvage et d’une éducation à l’abri de la corruption de la société, cf. L’Emile. Opposant nature et civilisation, Matt Ross ne tranche pas et préfère préserver toute l’ambiguïté de la réalité.

Captain Fantastic a tout d’abord le grand atout de présenter Viggo Mortensen, dans l’un de ses meilleurs rôles, en père libertaire et anarchiste, d'une rare noblesse de coeur. Elevant six enfants dans la nature, il ne manque pourtant pas de rigueur ni de discipline. Il leur a appris la Constitution américaine, la jurisprudence qui en découle, la vénération de Noam Chomsky, ainsi que des exercices pratiques sur la possibilité de la survie en forêt. Très malignement, Matt Ross présente cette utopie comme un idéal enfin devenu réalité. Embarquant le spectateur comme Ben sa petite tribu à bord de son van, il nous rend cette famille évidemment sympathique, drôle et érudite.

A la fois, drôle, émouvant et plus profond qu’il n'y paraît, Captain Fantastic divertit tout en posant des questions essentielles et révèle à travers les six enfants toute une génération de jeunes acteurs dont certains seront sans doute promis à un joli avenir.

Cette impression est d’autant plus renforcée lorsque Ben et ses six enfants sont confrontés à leur autre famille, les grands-parents. Immensément riches, dévots et hypocrites, ils (surtout le grand-père, interprété magistralement par Frank Langella) s’opposeront à ce que Ben assiste à l’enterrement de leur fille. Deux visions de la vie, incarnées par d’un côté Viggo Mortensen, démuni et détaché des réalités matérielles, et de l’autre Frank Langella, riche et omnipotent, s’affrontent, alors que la sympathie est toute acquise au camp de la liberté.

Certes la démonstration est éclatante quant à la supériorité intellectuelle et morale des enfants de Ben sur leurs contemporains. La rigueur intellectuelle prime sur la médiocrité potentielle des jeunes d’aujourd’hui, drogués à la télévision et aux réseaux sociaux, reniant la culture classique et philosophique. Néanmoins alors que le film aurait pu perdre tout intérêt, en dépit de l’excentricité de son univers et son ton décalés, en devenant caricatural et stupidement manichéen, Matt Ross montre toute la subtilité de son regard en dépouillant brusquement son personnage principal de toute crédibilité. S’il garde toute notre sympathie, Ben devient soudain terriblement pitoyable. L’inverse se produit également : les personnages antipathiques n’avaient pas forcément tort. Ce twist intellectuel dénote un certain courage car il eût été facile d’enfoncer le clou et de continuer à dénoncer la société du spectacle, le fondamentalisme chrétien ou une richesse dénuée de sens. D’un procès de la société de consommation dans laquelle nous vivons tous, nous passons sans coup férir au procès de la génération post-soixante-huitarde, à la condamnation d’un refus anarchiste de la civilisation qui porte en lui-même sa propre défaite.

Personne n’a vraiment tort ou raison. Entre le père et le grand-père, repose le cadavre d’une femme qu’on ne verra quasiment jamais et dont on apprendra qu’elle aura fini par encourager l’aîné de ses enfants à s’inscrire dans les facultés les plus prestigieuses, doutant elle-même des capacités de survie en-dehors du monde réel. En elle, dans l’opacité de ce personnage, réside tout le secret de ce film. Les méchants n’ont pas forcément tort comme l’a montré Orson Welles dans La Soif du Mal : un flic ripou peut être ignoble en fabriquant de fausses preuves et avoir raison. A la fois, drôle, émouvant et plus profond qu’il n'y paraît, Captain Fantastic divertit tout en posant des questions essentielles et révèle à travers les six enfants toute une génération de jeunes acteurs dont certains seront sans doute promis à un joli avenir. Chacun sa vérité, semble enfin nous dire Matt Ross, dans une conclusion toute pirandellienne, ne tranchant pas entre le monde tel qu’il est et celui qu’il devrait être.

Informations

Détails du Film Captain Fantastic
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 118 '
Sortie 12/10/2016 Reprise -
Réalisateur Matt Ross Compositeur
Casting Viggo Mortensen - Frank Langella - Kathryn Hahn
Synopsis Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

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