CRITIQUE : La Loi de la jungle


La Loi de la jungle

Critique du Film

Le froid et la grisaille d’octobre vous dépriment ? Il y a plusieurs solutions pour remédier à cette humeur maussade mais notre préférée consiste à se jeter sur le DVD de La Loi de la jungle, édité par Orange Studio et disponible en vidéo. Comédie délicieusement foutraque et joyeusement délirante, cette deuxième réalisation d’Antonin Peretjatko (que l’on avait remarqué avec La Fille du 14 juillet) a attiré moins de 100 000 spectateurs en salles mais mérite une redécouverte immédiate tant son humour et son originalité attestent d’une inventivité constante.

Le film suit donc les pérégrinations de Marc Châtaigne, stagiaire du Ministère de la Norme. A 27 ans, Châtaigne est heureux d’avoir enfin pu trouver un stage mais il déchante vite : le voilà envoyé en Guyane pour vérifier que le chantier de la construction de Guyaneige, première piste de ski intérieure en Amazonie, soit aux normes européennes. Mais sur place, tout le monde semble se moquer complètement de ces normes. Tout est humide et moite, rien ne semble vouloir aller comme il faut et Châtaigne ne va pas tarder à se paumer en pleine jungle en compagnie de la charmante Tarzan, elle aussi stagiaire en galère. Leur aventure ne fait que commencer…

Difficile de vraiment parler de La Loi de la Jungle sans en révéler toutes les surprises. Le fait est qu’avec son film, Antonin Peretjatko entend dynamiter la comédie française souvent trop tiède. Ici, elle est à la température idéale avec un sens du rythme et de l’excès qui ne nuit jamais au film. Tourné en 22 images par seconde au lieu des 24 habituelles, le film instaure dès le début un débit accéléré aux acteurs, accentuant le sentiment perpétuel de joyeux délire dans lequel on baigne. Rythmé et travaillé avec des idées proches du burlesque muet (les acteurs, en particulier Vimala Pons, ont une maîtrise de la comédie corporelle hallucinante), du cinéma bondissant de Philippe De Broca (on pense à L’homme de Rio) ou de la bande-dessinée (une bagarre de saloon donne l’impression de sortir tout droit d’un album de Lucky Luke), La Loi de la Jungle regorge d’idées. A vrai dire il y en a une par plan et dix par scènes. Le film regorge tellement de gags que ça verse dans l'absurde, le gore, le comique de répétition ou le sens du détail avec une énergie folle qui lui donne parfois des airs un peu décousus.

Vincent Macaigne et Vimala Pons sont perdus en pleine jungle pour notre plus grand plaisir dans cette comédie joyeusement foutraque et délirante dont l'inventivité ne cesse de surprendre, pour le meilleur et pour le rire.

Il y a cependant deux beaux fils rouges dans La Loi de la jungle. Le premier est la critique mordante que fait le film de la France post-colonialiste, dénonçant alors tous les travers de notre société actuelle : la colonisation, le trop-plein de "Je suis Charlie", la montée du FN, l'absurdité de la politique européenne et de ses normes, la déforestation, les systèmes de financement étrangers (avec des investisseurs rassurés quand on leur dit que le projet ne créera pas trop d'emplois), les huissiers et de leur ténacité... Mais surtout on y parle du stagiaire, le stagiaire, fer de lance de toute une partie de la France qui la tient sur ses épaules au mois d'août quand tout le monde est en vacances. Le stagiaire qui, à 27 ans, moyenne d'âge des généraux de Napoléon, galère encore à faire des rapports de stage et à effectuer le travail que personne ne veut abattre.

Mais si Antonin Peretjatko est clairement dans la dénonciation, ça reste tourné dans un univers très ludique où rien n’est laissé au hasard (le timing de chaque gag est assez exceptionnel) avec un langage cinématographique qui lui est propre. Et puis surtout La Loi de la jungle conte avant tout une histoire d’amour. Une histoire pleine de tendresse qui naît dans l’enfer de la jungle et qui s’épanouit entre Châtaigne et Tarzan, deux personnages terriblement attachants. Lui, interprété par un Vincent Macaigne qui n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est paumé ; elle, campée par une Vimala Pons débordante de sensualité. Il faut la voir clope au bec, short aux jambes et papillon sur la poitrine pour tomber sous le charme débordant de cette actrice, de sa fougue parfois brûlante, parfois plus douce. Si La loi de la jungle est une vraie réussite, singulière dans un cinéma français souvent trop étriqué, Vimala Pons est la cerise sur le gâteau, constituant à elle seule une bonne raison de voir le film. Rien à redire, laissez-vous glisser sur la pirogue de Peretjatko, vous ne le regretterez pas.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film La Loi de la jungle
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 99 '
Sortie 15/06/2016 Reprise -
Réalisateur Antonin Peretjatko Compositeur Non Renseigné
Casting Mathieu Amalric - Pascal Légitimus - Vincent Macaigne - Vimala Pons - Jean-Luc Bideau - Fred Tousch
Synopsis Marc Châtaigne, stagiaire au Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour la mise aux normes européennes du chantier GUYANEIGE : première piste de ski indoor d’Amazonie destinée à relancer le tourisme en Guyane. De mésaventure en mésaventure, on lui affuble un coéquipier. Pas de chance c’est une pin-up. Pire : elle a du caractère.

Par Alexandre Coudray