CRITIQUE : Arès


Arès

Critique du Film

Genre trop rare en France, l'anticipation se fait alors très vite remarquer, souvent pour le pire, rarement pour le meilleur. Mais il y a toujours des cinéastes assez fous pour s'y frotter et essayer d'insuffler une âme à un genre qui semble condamné à rester réussi dans le domaine du roman ou de la bande-dessinée dans l'Hexagone. Avec Arès, Jean-Patrick Benes (scénariste sur Kaboul Kitchen) tente le pari et nous plonge dans une France pas si loin de nous, devenue un pays pauvre avec 15 millions de chômeurs. Alors que l’État a laissé le pouvoir aux multinationales, celles-ci se sont enrichies sur le dos de milliers de personnes en autorisant l'humain à faire ce qu'il veut de son corps : le donner à la science et servir de cobaye pour de nouvelles drogues. C'est dans ce cadre que le jeu le plus populaire du pays est un combat violent où les lutteurs les plus acharnés et les plus dopés s'affrontent.

Reda, ancien combattant qui s'est fait un nom (celui de Arès, le Dieu de la Guerre en Grèce Antique) il y a quelques années, vit désormais de petits boulots pour la police. Traçant son chemin sans se faire remarquer, il mène une vie assez routinière qui se voit un jour perturbée par l'arrestation de sa sœur. Se retrouvant avec ses nièces sur le dos, Reda se remet aux combats afin de gagner suffisamment d'argent pour tirer sa sœur de prison. Il accepte alors d'être le cobaye d'une multinationale afin de tester un nouveau produit rendant plus puissant sur le ring, ignorant qu'il met le doigt dans un dangereux engrenage...

Il est vrai que le scénario manque de subtilité et comporte quelques incohérences. Mais l'audace visuelle qui souffle sur Arès et sa volonté de cinéma d'anticipation à la française finit par fonctionner et ce d'autant plus que le film se pare d'une direction artistique impeccable.

Si l'on saluera la qualité de l'ambiance dans laquelle nous plonge Jean-Patrick Benes, on regrettera que le scénario ne bénéficie pas du même soin que la direction artistique du film. En effet, en dépit de son personnage charismatique (Ola Rapace, tout en muscles mais avec une petite nuance de fragilité dans le regard) et de son univers pas si improbable que ça, Arès souffre d'un défaut d'écriture récurrent, préférant généralement de sacrés raccourcis scénaristiques plutôt qu'une construction solide. Rien de très grave certes, l'ensemble reste honnête et de bonne facture mais il est dommage de voir certains personnages et certaines situations un peu bâclés au profit d'un récit rapide qui manque certainement de subtilité. Cela dit, saluons la qualité de l'ensemble d'un point de vue visuel : Paris vu par Benes d'ici une quarantaine d'années fait froid dans le dos et le constat du cinéaste, sous le couvert du divertissement, n'en est pas moins amèrement alarmant avec des pauvres de plus en plus à la merci d'un système capitaliste froid et implacable. Pour mieux dépeindre son univers, Benes n'a pas peur des plans larges, montrant une Tour Eiffel ou un Hôtel de Ville transformés pour l'occasion avec grands immeubles autour et néons géants un peu partout tandis que les bas-fonds sont glauques. On pense un peu à Blade Runner pour l'importance de la lumière, à Minority Report pour l'aspect craspec des bas-fonds mais aussi à des jeux vidéos comme Deus Ex ou Remember Me. Que des solides références dont s'empare le cinéaste, privilégiant alors un aspect visuel crédible et cohérent plutôt qu'un véritable scénario intelligent.

Arès s'assume cependant tel qu'il est, livrant un récit initiatique un brin balisé mais efficace avec de belles idées. Totalement imparfait mais bénéficiant d'une véritable âme, le film fait souffler sur le cinéma français une audace, une envie, une ambition. Celle de montrer que le cinéma de genre n'est pas réservé qu'aux autres et que l'on peut nous aussi raconter des choses à travers l'anticipation et même quand les moyens sont limités. Forçant le respect et l'admiration, l'exercice d'Arès a beau parfois avoir des gros sabots, il met le doigt sur quelque chose d'intéressant, que l'on aimerait voir plus souvent : de l'audace.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Arès
Origine France Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Action - Science - Fiction
Version Cinéma Durée 86 '
Sortie 23/11/2016 Reprise -
Réalisateur Jean-Patrick Benes Compositeur Christophe Julien
Casting Ola Rapace - Eva Lallier - Micha Lescot - Thierry Hancisse - Hélène Fillières
Synopsis Dans un futur proche, l'ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa sœur se fait arrêter et qu'il doit tout mettre en œuvre pour les sauver : elle et ses filles.

Par Alexandre Coudray