Critique Ma vie de courgette

Ma vie de courgette
Ma Vie De Courgette est un film réalisé par Claude Barras avec les voix de Gaspard Schlatter, Sixtine Murat.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Emilie BOCHARD

Critique du Film

Réalisé par Claude Barras et écrit par Céline Sciamma (que l'on connaît pour ses propres productions Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles), Ma vie de courgette a déjà fait un parcours remarquable. En effet, ce petit film d'animation franco-suisse a su ébranler la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes et conquérir le cœur des festivaliers d'Annecy, qui n'ont pas hésité à lui décerner le Prix du public en plus du Cristal du long-métrage remis par le jury. Il faut dire que Ma Vie de courgette a tout pour susciter de la curiosité : un format très court (soixante-six minutes seulement), un mélange de stop-motion et d'animation numérique ainsi qu'une histoire sociale qui nous embarque dans les méandres de l'enfance, cette période bien moins paisible qu'elle n'y paraît.

Le film redéfinit à lui seul la notion même d'animation, en réussissant l'exploit de nous faire oublier que nous nous trouvons face à des êtres de pâte à modeler. 

Dans le paysage de l'animation actuelle, Ma vie de courgette détonne d'abord par son esthétique. Très loin de la guimauve visuelle véhiculée par Disney ou Pixar dans des films pourtant à double lecture tels que Zootopie ou Vice-Versa, Ma vie de courgette s'affirme par son animation à contre-courant, plus proche d'un Tim Burton artisan que d'une industrie cinématographique qui ne jure que par l'image de synthèse et la surenchère de mouvements. Principalement réalisé en stop-motion avec quelques éléments de décor créés par ordinateur, le film se révèle un admirable travail d'orfèvre, où chaque détail - un cerf-volant, un lecteur MP3, une photographie - a son importance. Avec des petites marionnettes qui s'incarnent à merveille grâce à la captation sur le vif des voix de jeunes enfants, le film redéfinit à lui seul la notion même d'animation, en réussissant l'exploit de nous faire oublier que nous nous trouvons face à des êtres de pâte à modeler. Tous les personnages prennent littéralement vie sous nos yeux, aussi palpables et authentiques que de véritables acteurs de cinéma. 

Sous cette animation parfaitement maîtrisée, le scénario et les dialogues apportent une franchise et un naturel très peu croisés dans les films pour enfants jusqu'à maintenant. La plume de Céline Sciamma parvient à dépeindre parfaitement la sincérité des enfants dans leur façon de parler, dans leur ressenti et leur questionnement face aux choses de la vie, ainsi qu'à aborder de manière frontale, tout en gardant une bonne part de hors-champ, des sujets graves tels que la maltraitance, l'abandon, l'alcoolisme et la mort. Il ne s'agit plus pour Barras et Sciamma de dissimuler la réalité aux jeunes spectateurs mais de la révéler par la parole à leurs esprits ingénus. En se réclamant de diverses influences telles que Les Quatre cents coups de François Truffaut ou Le Tombeau des lucioles d'Isao Takahata, le film entend offrir aux petits comme aux grands une vision sans fard de ce que sont réellement les contradictions de l'enfance et la complexité des grandes personnes et la cruauté que peut receler le cocon familial.

Ma vie de courgette est à l'image du temps de l'enfance qu'il met en scène : un temps éphémère parcouru de bonheurs et de chagrins qui ne subsistera dans nos souvenirs que sous la forme d'un lointain et finalement furtif traumatisme doux-amer.

Une multitude d'émotions parcourt alors le film : la tristesse face au destin de Courgette qui se voit contraint de quitter son domicile hostile pour s'installer dans un foyer d'accueil, l'empathie pour ces bambins détruits par l'irresponsabilité de leurs parents, l'amusement devant leur candeur, le respect pour leur façon de gérer leur situation malheureuse avec flegme et malice, le bonheur de revivre à leurs côtés les joies de l'enfance et de l'amitié, et, enfin, l'espoir renaissant lorsque l'on se rend compte qu'une véritable famille se constitue de personnes que l'on a choisies. "Ici quand tout vous abandonne, on se fabrique une famille", chantait Maxime le Forestier. Ma vie de courgette nous entonne le même refrain avec un déploiement de sentiments tantôt sombres tantôt vivifiants.

Cependant, à l'heure où les séries télévisées - mais aussi les films, de plus en plus longs - ont imposé un rythme de consommation de l'image qui s'étend dans le temps, le format très court de Ma vie de courgette a de quoi dérouter. Il oblige le spectateur à assister à une histoire en accéléré, à s'attacher très rapidement aux petits personnages qui s'animent devant ses yeux et à les quitter tout aussi promptement. A peine a-t-on le temps de s'installer dans le film aux côtés de ces enfants blessés par la vie mais qui comptent bien en profiter comme ils le peuvent, que le générique de fin, amorcé par une dernière séquence lumineuse et accompagné par une reprise aérienne du titre Le vent nous portera, vient frapper à la porte pour gentiment nous pousser vers la sortie de la salle. Ma vie de courgette, pourtant déjà fort de deux années considérables de travail minutieux, aurait alors gagné à s'étendre davantage en durée pour exploiter en profondeur la psychologie de ses jeunes protagonistes et les rouages de son récit.

Avec son animation soignée, son histoire touchante et sa durée fugace, le film s'avère une jolie réussite dont on aurait voulu se délecter plus longtemps. Tel un instantané de velours qu'il s'agit d'attraper au vol pour en profiter avant qu'il ne nous échappe, Ma vie de courgette est à l'image du temps de l'enfance qu'il met en scène : un temps éphémère parcouru de bonheurs et de chagrins qui ne subsistera dans nos souvenirs que sous la forme d'un lointain et finalement furtif traumatisme doux-amer.

Informations

Détails du Film Ma vie de courgette
Origine France - Suisse Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Animation
Version Cinéma Durée 66 '
Sortie 19/10/2016 Reprise -
Réalisateur Claude Barras Compositeur Sophie Hunger
Casting Michel Vuillermoz - Gaspard Schlatter - Sixtine Murat - Paulin Jaccoud - Raul Ribera - Estelle Hennard - Elliot Sanchez - Lou Wick - Véronique Montel - Adrien Barazzone - Monica Budde - Brigitte Rosset
Synopsis Courgette n’a rien d’un légume, c’est un vaillant petit garçon. Il croit qu’il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c’est sans compter sur les rencontres qu’il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu’ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas même, être heureux.

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