CRITIQUE Snowden

Snowden

Critique du Film

Oliver Stone a passé sa carrière à narrer le film de l'Amérique moderne. Immense scénariste ayant apposé sa plume sur des chefs d’œuvres tels que Scarface, Midnight Express ou encore Conan Le Barbare, l'homme s'est ensuite concentré sur les différents abcès putréfiant son pays. Ses guerres (Platoon), ses dictatures (Salvador), son histoire (JFK), sa politique (Nixon-W), sa finance (Wall Street), ses dérives (Tueurs Nés), ses sports/divertissements (L'enfer du Dimanche) et ses drames (World Trade Center). Que pouvait-il apporter de plus pour mieux centrer sa vision, lui qui décrypte, alarme et s'attendrit devant un pays qu'il aime plus que tout ?

Oliver Stone a traité tous les sujets possibles, sauf l'espionnage des États-Unis. Plus précisément, l'espionnage virtuel, nouvelle arme s'infiltrant dans tous les domaines, les lieux, les vies et l'antre industriel et politique de pays tels que la Chine, la France ou encore l'Allemagne. Ils ne sont pas les seuls à le faire, comme la Grande-Bretagne également. Des dérives qu'un homme a décidé de révéler, un lanceur d'alerte qui en 2013 a ébranlé le monde en divulguant toute la vérité.

Un outil pédagogique pour la compréhension complète d'un homme et de ses idéaux.

Cet homme est Edward Snowden, un jeune idéaliste enthousiaste ayant vécu dans une famille de militaires. Trop frêle pour suivre les pas de son grand-père et de son père, le jeune Edward Snowden semble réaliser son rêve quand il rejoint les équipes de la CIA puis de la NSA. Il découvre alors au cœur des Services de Renseignements américains l’ampleur insoupçonnée de la cyber-surveillance. Violant la Constitution, soutenue par de grandes entreprises, la NSA collecte des montagnes de données et piste toutes les formes de télécommunications à un niveau planétaire.
Choqué par cette intrusion systématique dans nos vies privées, Snowden décide de rassembler des preuves et de tout divulguer. Devenu lanceur d’alerte, il sacrifiera sa liberté et sa vie privée.
En juin 2013, deux journalistes prennent le risque de le rencontrer dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Une course contre la montre s’engage pour analyser les preuves irréfutables présentées par Snowden avant leur publication.
Les révélations qui vont être faites dans cette pièce seront au cœur du plus grand scandale d’espionnage de l’histoire des États-Unis.

L'histoire est passionnante, digne des meilleurs romans de John le Carré ou Robert Ludlum dont la dernière aventure cinématographique, Jason Bourne, s'en inspire allégrement. L'histoire est connue et reconnue aujourd'hui. Laura Poitras y a consacré un documentaire CitizenFour, film qui participa à révéler toute l'histoire. Alors que peut apporter Oliver Stone de plus par cette fiction, trois ans à peine après une affaire toujours en cours ?
Par un scénario malin et fin écrit avec Kieran Fitzgerald, Oliver Stone va se pencher sur l'homme qu'est Edward Snowden. Le réalisateur va s'appuyer sur la trajectoire du jeune homme pour conter un parcours hors du commun, un génie de l'informatique pénétrant dans les affres de la surveillance, de l'espionnage américain avec une facilité déconcertante. Enchaînant entre vie personnelle et professionnelle, la vie d'Edward Snowden se rapproche d'un James Bond engagé dans une Mission : Impossible. Voir la séquence de la réception à Genève pour trouver un banquier ou ce Bunker à Hawaï, forteresse de guerre abritant un arsenal de claviers prêt à détruire le monde.

Oliver Stone analyse la trajectoire d'un héros patriotique moderne essayant tant bien que mal de se mettre au service de son pays.

Pendant tout le long du film, on cherche l'utilité d'une telle manœuvre d'un auteur enchaînant les projets fous comme World Trade Center 3 ans à peine après les terribles attentats, ou son biopic de George W Bush à la fin de son mandat. Oliver Stone analyse la trajectoire d'un héros patriotique moderne essayant tant bien que mal de se mettre au service de son pays. Mais les valeurs sur lesquelles l'américain a été élevé n'entrent plus en fonction avec le vrai visage de son pays. Et ce ne sera point l'attribut d'un président ou d'un autre, car les grandes manœuvres se sont opérées sous l’ère Obama. L'Amérique rend malade Edward Snowden, brise son couple et sa mentalité. Alors, il file à Hong Kong et alerte des journalistes. Le film Snowden frôle le génial travail d'Alan J Pakula sur Les Hommes du Président. Le travail d'Oliver Stone égale parfois même son semblable, par des séquences de suspense claustrophobiques haletantes (les séquences dans la chambre d'Hôtel du Mira ou la rencontre avec les journalistes agencées comme une sorte de Rubik's cube) et un travail journalistique proprement parfait. Laura Poitras remportera l'Oscar du meilleur Film documentaire et les journalistes du Guardian se verront décerner le Pulitzer.

Il en faudra tout de même un peu plus pour qu'Oliver Stone remporte un nouvel oscar, mais après une réflexion murement menée, Snowden est une nouvelle réussite s'acheminant dans un travail de décryptage sur un Pays si puissant, mais si malade. Oliver Stone se révèle être une nouvelle fois le grand reporter grattant pour le cinéma un moment d'histoire qui se racontera dans toutes les écoles d'ici à 30 ans. Alors ce film sera un outil pédagogique pour la compréhension complète d'un homme et de ses idéaux.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Mathieu Le Berre

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