CRITIQUE : Dogs (Câini)


Dogs

Critique du Film

Dans cette contrée perdue au fin fond de la Roumanie, plus rien ne semble vouloir pousser. Dans cette campagne isolée, le seul policier un peu lucide se meurt d'un cancer et le truand local ressemble plus à un plouc qu'autre chose (ce qui ne veut pas dire qu'il ne sait pas se servir d'un marteau quand l'occasion se présente). C'est parmi tous ces éléments que débarque Roman, venant de recevoir en héritage les terres de son grand-père. Ces terres, arides et arpentées par des cochons enragés, n'intéressent guère Roman qui compte revendre le terrain. Ce qui n'arrange pas les plans de Samir, le truand du coin qui compte sur ce terrain pour ses petits trafics. Il faut dire que le grand-père de Roman était le supérieur de Samir. Mais Roman s'entête, cette terre, il la revendra et puis c'est tout. Hogas, le policier mourant, entre alors dans la danse, décidé à coincer Samir même si c'est la dernière chose qu'il fait sur cette terre. Le jeu du chat et de la souris commence alors...

Avec Dogs, Bogdan Mirică livre un film sec et aride à l'image des décors qu'il filme et des gueules burinées de ses personnages qui s'affrontent jusqu'à l'absurde.

Avec un minimum de personnages et des enjeux qui restent volontairement flous, Bogdan Mirică crée une ambiance rapidement pesante. Pas loin du western dans ses superbes paysages désolés et dans ses figures, Dogs fait également penser à No country for old men. Même rythme lent, même épure de la mise en scène, même violence sèche, même héros qui n'en est pas un, même policier dépassé, même fin ouverte. Mais l'univers de Mirică est encore plus aride, dépourvu de la douce mélancolie qui flottait chez les Coen. Sur ces terres où l'on peut disparaître très vite pour n'y laisser qu'un pied, on se tue pour maintenir à flot de petits trafics. Chaque personnage est caractérisé par son entêtement presque absurde : celui du flic mourant qui fait tout pour coincer Samir ou celui de Roman qui ne réalise pas bien les dangers qui l'attendent. Tous trois foncent dans une direction, qu'importe s'ils ont tort, ils ne changent pas de cap.

A partir d'un canevas simple, Bogdan Mirică fait de Dogs une trajectoire de destins entremêlés par la violence. Construisant sa mise en scène sur des plans longs et sur les gueules de ses acteurs (dont Dragoș Bucur et ses allures de Jérémie Elkaïm ou encore Vlad Ivanov, vu dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours mais aussi Snowpiercer et Le Concert), Mirică enferme parfois son récit dans une austérité rebutante et donne envie au spectateur de vite quitter cet univers et ces personnages qu'il ne comprend pas. Cela dit, c'est aussi comme ça que Dogs fascine. Ces personnages, qui finalement se ressemblent tous, sont tellement durs à comprendre qu'ils forcent l'attention de chaque instant, du moindre froncement de sourcils, du moindre détail. Et quand l'histoire décide de secouer (un examen d'un pied tranché, une chasse nocturne, une fin troublante), elle ne fait pas les choses à moitié. La violence sèche de Dogs cache aussi autre chose et démontre l'isolement profond de certains coins de Roumanie où tout ne se résume qu'à survivre pour avoir un morceau d'os à ronger. D'où le titre du film...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Informations

Détails du Film Dogs (Câini)
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 28/09/2016 Reprise -
Réalisateur Bogdan Mirica Compositeur Codrin Lazar
Casting Dragos Bucur - Vlad Ivanov - Costel Coscaval
Synopsis Roman est de retour sur les terres de son grand-père qu’il vient de recevoir en héritage. Alors qu’il décide de vendre cette propriété où rien ne pousse, il se trouve confronté à des mafieux dont son aïeul était le chef. Ces derniers ne reculeront devant rien pour préserver cette terre au centre de leur trafic.

Par Alexandre Coudray