Critique Le Projet Blair Witch (The Blair Witch Project)

Le Projet Blair Witch
Le Projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez est un coup marketing mémorable et une expérience terrifiante.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Curiosité atypique s’étant très vite transformée en objet de culte, Le Projet Blair Witch a secoué les cinéphiles à l’époque de sa sortie. Film d’horreur brut de décoffrage sans aucun artifice ni effet gore et encore moins porté par des effets spéciaux en tout genre, le premier long métrage de Daniel Myrick (Ultimate Patrol) et Eduardo Sanchez (Lovely Molly) ne laisse personne indifférent. Un énorme gâchis pour certains, un retour aux fondamentaux du film d’épouvante pour d’autres, chacun possède un avis bien tranché concernant ce film. Le Projet Blair Witch demeure probablement le seul véritable bon film d’horreur tourné en found-footage. Sans pour autant inventer une manière de faire (on dénote une méthode similaire lors du second acte de Cannibal Holocaust, C’est Arrivé Près de Chez Vous ou encore Punishment Park), Le Projet Blair Witch transcende ce type de production par un travail en amont extrêmement précis et un marketing solide qui a su vendre le film comme jamais. Les deux réalisateurs ont opéré une direction minime des trois acteurs du film. En effet, le script laissait presque entièrement libre cours aux acteurs de faire ce qu’ils voulaient. Myrick et Sanchez leur ont confié deux caméras : une pour, soi-disant, tourner le making-of et l’autre pour shooter les séquences du film. C’est ainsi que Le Projet Blair Witch raconte l’histoire de trois étudiants en cinéma qui décident de monter un documentaire autour d’une mystérieuse sorcière. Au fur et à mesure de leur enquête dans les bois, ils devront faire face à d’inquiétantes manifestations.

Le Projet Blair Witch demeure probablement le seul véritable bon film d’horreur tourné en found-footage.

Le Projet Blair Witch fait partie de ces rares projets à réussir à instaurer une tension permanente. Le film créé l’effroi, le spectateur se crispe sur son siège au fil des minutes grâce à une mise en scène minimaliste laissant libre cours à l’imaginaire de se créer les pires situations. Car, si tout est suggéré dans le film, ce n’est que pour mieux nous embobiner. Dans les faits, il ne s’agit que de trois étudiants qui courent et hurlent dans une forêt, persuadés d’être suivis. Mais en filigrane, il est intéressant de noter que le film offre bien plus que cela. À commencer par sa manière d’amener les situations sans qu’on ne s’en rende compte. Si un film comme Paranormal Activity nous dévoilait sa manière de procéder en numérotant chacune des nuits, apportant à chaque fois un léger frisson supplémentaire par rapport à la nuit précédente, Le Projet Blair Witch joue la carte des montagnes russes et ne nous dévoile absolument rien. C’est en ce sens que le film sait surprendre. En implantant le spectateur dans un quotidien aussi banal que celui de trois jeunes perdus en forêt, le film détourne son attention de la finalité qu’il nous prépare. On remarquera une bande-son (très discrète) jouant de fréquences bien précises pour générer la peur (de la même manière que Gaspar Noé cherchait l’inconfort avec ses infrabasses dans Irréversible). L’alternance entre la caméra vidéo et celle tournant sur pellicule joue également de subterfuges pour mieux embobiner le spectateur. En n’utilisant uniquement que les séquences tournées par les acteurs, les deux réalisateurs en tirent un film à l’aspect documentaire plus que déroutant. Le fait de se détacher au maximum des actions que le scénario impose ainsi que de laisser le champ libre aux protagonistes donne cette sensation de cinéma-vérité. Et pourtant, il y a bel et bien un montage. Certaines séquences enchainent les plans comme le ferait un monteur sur une production « traditionnelle ». Tout n’est que manipulation dans Le Projet Blair Witch, voilà pourquoi le film fonctionne sur les uns et laisse les autres totalement indifférents.

Le Projet Blair Witch est un coup marketing mémorable.

En termes de manipulation, le film a déployé l’artillerie lourde. En effet, peu avant la sortie du film sur les écrans, les deux réalisateurs avaient monté un site internet extrêmement détaillé. On pouvait y lire l’histoire complète du comté de Blair ainsi que toutes les légendes et affaires criminelles qu’il renferme. On y voyait également le portrait de nos trois acteurs sur des avis de recherche lancés par le FBI. Tout était fascinant à lire et suffisamment construit afin de créer la curiosité. Pour peu que le spectateur mordait à l’hameçon, il ne suffisait plus qu’à ouvrir le film avec un panneau racoleur dans le genre : « Il y a un an, trois jeunes étudiants en cinéma ont mystérieusement disparu. On a retrouvé leurs bandes. Voici ce qu’ils ont filmé. » et le tour était joué. Un coup marketing énorme qui a permis au film de remporter plusieurs prix dont le Prix de la Jeunesse au Festival de Cannes en 1999, de battre tous les records de rentabilité en salle (plus de 248 millions de dollars de bénéfices mondiaux pour un budget d’environ 75 000 dollars) et de devenir l’une des vidéos les plus louées lors de sa mise en vente. Le Projet Blair Witch est entré dans la culture populaire avec une aisance démesurée. On ne cite plus les innombrables parodies et autres références. Devenir aussi populaire avec un film dont plus de la moitié des plans sont sur ou sous-exposés, avec un cadre toujours approximatif et des acteurs qui le sont tout autant, c’est véritablement ce qu’on appelle « un coup de génie ».

Le Projet Blair Witch est un coup marketing mémorable. Par le biais d’une forme et d’un fond à la banalité déconcertante, le film offre une expérience terrifiante. L’effroi ressenti lors de la projection demeure toujours intact, même près de 20 ans après sa sortie. Un film d’épouvante exécuté avec une maestria extrêmement risquée et jusqu’au-boutiste qui, même si on n’adhère absolument pas, mérite d’être acclamé encore aujourd’hui.

Informations

Détails du Film Le Projet Blair Witch (The Blair Witch Project)
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 78 '
Sortie 28/07/1999 Reprise -
Réalisateur Daniel Myrick - Eduardo Sanchez Compositeur Tony Cora
Casting Joshua Leonard - Heather Donahue - Michael C. Williams
Synopsis En octobre 1994, trois jeunes cinéastes, Heather Donahue, Joshua Leonard et Michael Williams, disparaissent en randonnée dans la forêt de Black Hill au cours d'un reportage sur la sorcellerie. Un an plus tard, on a retrouve le film de leur enquête. Le Projet Blair Witch suit l’itinéraire éprouvant des trois cinéastes a travers la foret de Black Hills et rend compte des événements terrifiants qui s'y sont déroulés. A ce jour, les trois cinéastes sont toujours portes disparus.

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