Critique La Féline (Cat People)

La Féline
La Féline est aujourd’hui une œuvre étudiée dans toutes les écoles de cinéma. Une étude de sa forme, Jacques Tourneur étant l’un des meilleurs artisans de l’époque.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Mathieu Le Berre

Critique du Film

La Féline est aujourd’hui une œuvre étudiée dans toutes les écoles de cinéma. Une étude de sa forme, Jacques Tourneur étant l’un des meilleurs artisans de l’époque. La Féline reste un exercice fascinant par son clair-obscur, sa faculté du hors-champ terrifiant et son effet «Bus», une astuce devenant un code majeur du style horrifique.
Qu’est-ce l’effet « Bus »  ? C’est un effet de style consistant à la fin d’une scène dans laquelle la tension est montée, à la faire retomber brusquement au moyen de l’irruption d’un élément extérieur, comme un chat qui traverse la pièce. Jacques Tourneur en est l’inventeur officiel avec cette séquence où Alice Moore - interprété par la sublime Jane Randolph - est poursuivie par une présence menaçante, et traverse un parc de nuit, éclairé de loin en loin par un lampadaire. L’écran est rétréci par ces zones d’ombre, rapprochant le spectateur de l’action. Elle accélère le pas progressivement, en se retournant vers la gauche de l’écran, d’où provient la menace. La tension monte progressivement. On entend des feulements, des bruits de pas. La scène se conclut par l’irruption d’un bus par la droite de l’écran, que l’on n’entend pas venir rendant son irruption imprévisible encore plus brutale; le son du coup de frein est très proche d’un cri félin et nous parvient avec retard, par rapport à l’image, ce qui contribue encore plus à faire sursauter le spectateur.

Un tournant dans l'histoire du cinéma !

Mais outre sa technique avant-gardiste, La Féline est un essai avant-gardiste sur d’autres points. Peu analyse le long-métrage de Jacques Tourneur dans l’élaboration de ses personnages. Il faut savoir que le produit a été vendu par la RKO sur de simples affichettes. Il fallut au producteur Val Lewton et Tourneur d’élaborer un scénario concret sur de simples spéculations. Si le scénario est signé par DeWitt Bodeen, il s’est écrit à plusieurs mains. En effet, l’histoire est le résultat de la collaboration entre Jacques Tourneur, Val Lewton et de sa propre secrétaire. Une touche féminine évidente à la vision de cette version 1942 de La Féline.
La Féline est la résultante de l’arrivée quelque peu complexe de Jacques Tourneur à Hollywood. Le réalisateur français signe alors son premier film américain et se voit quelque peu décontenancé par cette fourmilière. Un trait retrouvé chez Irina Dubrovna interprétée par Simone Simon. Simone Simon est une actrice française très en vue depuis La Bête Humaine de Jean Renoir (1938). Elle aussi arrive à Los Angeles ne se sentant pas du tout à sa place. Elle enchaînera la suite de La Féline, mais aussi Mademoiselle Fifi de Robert Wise avant de revenir en France. Simone Simon était une actrice splendide dont Hollywood n’aura jamais su capter l’essence d’un minois resplendissant dans le noir & blanc de La Féline. Un rôle prostré, mais dont le regard capturé par Tourneur marque l’esprit. Une jalousie féline envers Jane Randolph (tout aussi magnifique!) et ses rapports avec Oliver Reed interprété par Kent Smith.

Jacques Tourneur, dans La Féline, laisse exploser toute la puissance émotionnelle féminine.

La Féline est un long-métrage fantastique purement féministe. L’homme est renvoyé à un rôle de potiche faible et pleurnichard. Les femmes prennent le contrôle, le rôle principal d’une anti-héroïne dévorée de l’intérieur par des mythes ancestraux. Irina Dubrovna est une jeune styliste serbe persuadée d’être la descendante d’un clan de personnes pouvant prendre l’apparence d’une panthère. Malgré ses dires, l’ingénieur naval, Oliver Reed l’épouse, mais Irena refuse de consommer le mariage de peur que ses fortes émotions influent sur la malédiction. Oliver s’éloigne de plus en plus d’elle et Irena devient alors de plus en plus dangereuse.
Jacques Tourneur, dans La Féline, laisse exploser toute la puissance émotionnelle féminine. Sous l’apparat d’une transformation bestial (une Womanimale!), Jacques Tourneur utilise cette image pour mettre en avant la singularité d’être une femme dans les années 40. La femme n’a qu’un rôle mineur dans le foyer, ne travaille pas, pire elle reste perpétuellement sous le joug de son mari. Dans La Féline, Irina est une femme prenant le risque de voyager et s’installer dans un nouveau pays. Elle est déboussolée, car seule, mais indépendante. Pendant toute son histoire avec Oliver Reed, elle lui résistera pour mieux comprendre sa malédiction, mais surtout pour savoir s’il est l’homme qui lui convient. Alors un psychiatre rentre en jeu, un autre dictat masculin de l’époque pour mieux comprendre la femme. Pendant ce temps, Oliver file doucement vers une autre moins farouche. Le déchainement prend alors forme. Sous les traits d’une panthère que nous ne verrons jamais réellement, Tourneur catalyse la jalousie d’Irina, lâche la colère d’une femme trompée envers un homme faible et banal.

Une œuvre noire charnière d’une fantastique simple excuse à l’émancipation des sentiments parfois violents de la femme.

De cette vision pertinente, la RKO prend peur lors des projections tests. La célèbre société de production décide alors de programmer La Féline en préambule de Citizen Kane, énorme film en sortie parallèle à l’époque. Mais Orson Welles voit son Citizen Kane être incompris injustement. Avant d’être proclamé comme le plus grand film de l’histoire du cinéma, Citizen Kane est un échec cuisant. La RKO se voit alors coulée tel le Titanic avec le long-métrage d’Orson Welles. La Féline, d’un budget minimal de 135 000$, arrive à la rescousse d’un studio en chute libre. Le film de Jacques Tourneur est un succès tonitruant rapportant presque 4 millions de dollars. Une aubaine pour la RKO qui va très vite capitaliser sur le duo Lewton/Tourneur (Vaudou, L’homme Léopard) et sur Simone Simon avec la suite de La Féline (Curse of Cat People).

La Féline est un essai féministe plein d’audace. Une œuvre noire charnière d’une fantastique simple excuse à l’émancipation des sentiments parfois violents de la femme. Sous l’oeil avisé de Jacques Tourneur, la femme est une féline perdue se faisant envahir par ses pulsions animales entre amour, jalousie et colère. Une vision sublime, passionnante et brillante.

Informations

Détails du Film La Féline (Cat People)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Epouvante - Fantastique
Version Cinéma Durée 69 '
Sortie 01/07/1970 Reprise -
Réalisateur Jacques Tourneur Compositeur Roy Webb - Constantin Bakaleinikoff
Casting Simone Simon - Kent Smith - Tom Conway - Jane Randolph - Jack Holt
Synopsis Dans un zoo de la ville, Irena Dubrovna (Simone Simon), une créatrice de mode née en Serbie, fait des esquisses d'une panthère noire. Elle attire l'attention d'Oliver Reed (Kent Smith), un architecte américain travaillant dans la construction navale. Finalement Irena l'invite chez elle pour boire un thé. Alors qu'ils s'éloignent, un des brouillons qu'Irena a laissé tomber nous montre une panthère empalée sur une épée.

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