CRITIQUE Dernier train pour Busan (Busanhaeng)

Dernier train pour Busan

Critique du Film

Dès les premiers instants du film, le ton est donné : un automobiliste renverse une biche sur la route. Le conducteur s'éloigne mais quelques instants plus tard, la biche se relève de manière désarticulée, les yeux vides et le grognement sourd. Il suffit d'une scène pour que Yeon Sang-ho délivre la clé de son film : une épidémie se prépare et ne va pas tarder à se propager, transformant les gens en zombies façon 28 jours plus tard. Ce qu'il arrivera au monde, nous ne pourrons que le deviner puisque Dernier train pour Busan s'attarde, comme son nom l'indique, sur les passagers d'un train en route pour Busan alors que les zombies commencent à proliférer. Il suffira d'une victime mordue montant à bord du train à la dernière minute pour transformer tous les wagons en un véritable carnage, mettant sérieusement à mal les personnages regroupés là pour les besoins du scénario.

Pour son premier long-métrage en live (il a déjà réalisé plusieurs films d'animation dont The King of Pigs), Yeon Sang-ho décide de marcher sur les plates-bandes du film de zombies, un genre vu et revu ces dernières années. Avec une bonne dose de World War Z pour le sentiment d'urgence permanent et un aspect à la Snowpiercer pour l'univers confiné du train, Dernier train pour Busan ne tarde pas à laisser exploser tout son savoir-faire dès que les zombies attaquent. S'il est classique dans la construction de ses personnages (ici, chaque pan de la société coréenne est représentée, de la gamine délaissée par son père travaillant trop à la femme enceinte en passant par le patron égoïste et les étudiants), le film repose sur un rythme formidable, lancé à toute allure dans un scénario qui se base sans cesse sur le mouvement. Pour survivre dans ce train en direction de Busan, les passagers doivent aller de wagons en wagons, éviter intelligemment les hordes de zombies (ou foncer dans le tas, c'est selon les options) et chaque arrêt peut être mortel, en témoigne cette séquence où le train s'arrête dans une gare avant que les zombies ne lui pleuvent dessus.

Plus efficace que World War Z et plus inventif que la majorité des blockbusters hollywoodiens, Dernier train pour Busan est un film de zombies imprévisible qui secoue son spectateur en même temps que ses personnages, coincés dans un train infernal.

Préférant le rythme à la subtilité, Dernier train pour Busan épouse parfaitement les codes du genre en lui ajoutant un sous-texte social (qui en dit long sur l'égoïsme de la société et la bêtise des gens amassés en foule, qu'ils soient zombies ou humains) et un soupçon de mélo au fur et à mesure que les personnages meurent, dans des élans de violence et de sacrifices beaucoup plus crédibles que ceux de World War Z et son invincible Brad Pitt. Bien entendu, le film étant sud-coréen, il comporte une noirceur et un humour bien particulier au cinéma de ce pays, permettant de désamorcer des situations convenues avec des trouvailles toujours bienvenues.

Film de zombies endiablé, blockbuster coréen surnageant parmi les productions hollywoodiennes de cet été (Suicide Squad, Jason Bourne, Star Trek 3), Dernier train pour Busan se démarque également par le talent de son réalisateur, témoignant d'un savoir-faire étonnant et privilégiant les longs plans fluides plutôt que la caméra nerveuse pour mieux nous immerger dans ce train infernal. Assurément un régal, imprévisible, gore et survolté.

Note : Un très bon moment en perspective. Verdict : Un très bon moment en perspective.

Alexandre Coudray

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