Critique Tarzan (The Legend of Tarzan)

Tarzan
Un film d'aventure pétri de bonnes intentions mais qui manque complètement de souffle, la faute à une mise en scène sans saveur et à des acteurs assurant le minimum syndical, faisant ce qu'ils peuvent de leurs personnages à la psychologie peu fouillée.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

Le cinéma a toujours aimé raconter les mêmes histoires et s'emparer des mêmes mythes. Celui de Tarzan existe sur grand écran depuis 1918. De Elmo Lincoln à Christophe Lambert en passant par Johnny Weissmuller, le roi de la jungle n'a cessé de nous combler d'aventures exotiques racontant toutes plus ou moins la même histoire. Pourquoi alors en 2016 s'emparer du personnage ? Pour raconter quelque chose de nouveau. C'est en tout cas la volonté de ce Tarzan réalisé par David Yates, ayant la présence esprit de débuter alors que Tarzan et Jane vivent ensemble à Londres et que le roi de la jungle arpente désormais les rues d'Angleterre sous le nom de John Clayton III. Si l'on excepte quelques flashs-back dispensables éparpillés çà et là dans le récit, Tarzan prend donc le parti de nous plonger dans un récit inédit ancré dans un contexte historique très fort alors que le Congo est sous le joug du roi belge Léopold II, endetté. C'est là que tout commence : Léon Rom, capitaine belge mandaté par son souverain, se trouve au Congo pour s'assurer que l'esclavage suit son cours mais aussi pour mettre la main sur des diamants qui permettrait à la Belgique de se renflouer. Des diamants détenus par le chef Mbonga, ennemi juré de Tarzan qui réclame la tête de celui-ci à Rom s'il veut obtenir les diamants. Rom va donc faire en sorte que Tarzan retourne dans son pays natal mais il ignore que celui-ci a plus d'un tour dans son sac et qu'il ne vient pas seul, accompagné de Jane et de l'américain George Washington Williams. Sur ses terres natales, Tarzan devra donc retrouver un certain état sauvage s'il veut survivre et empêcher son pays de dépérir...

Joli programme pour ce film d'aventure, partant d'une solide intention et affichant la volonté de nous livrer un récit trépidant sans pour autant embêter son spectateur à lui rabâcher la même histoire. A vrai dire, le fait de commencer le film des années après l'histoire originale de Tarzan est la meilleure idée de tout le scénario, apportant un peu de fraîcheur à une histoire que l'on connaît tous par cœur. Le reste est extrêmement maladroit, malgré un contexte historique passionnant posant des problématiques comme l'esclavage ou le génocide sur le tapis. Il faut dire que croyant trop au potentiel de ses belles images, Tarzan ne s'encombre guère de rebondissements scénaristiques bien ficelés, préférant une facilité narrative assez déconcertante répondant tout juste au cahier des charges (affrontement avec un gorille, Tarzan torse nu, déplacement impressionnant de liane en liane) pour satisfaire son petit monde. Dans ce scénario étriqué évoluent des personnages qui le sont tout autant, enfermés dans un seul registre ne permettant pas à leurs interprètes de montrer toutes les facettes de leur talent. S'il a bien le torse, les abdos et le charisme animal du personnage, Alexander Skarsgard a franchement l'air monolithique en Tarzan, un personnage dont les complexités sont vite évacuées pour aller à l'essentiel. Margot Robbie a beau être pétillante et Jane avoir de la répartie, sa prestation se résume surtout à celle de la demoiselle en détresse même si elle nous épargne des cris d'effroi et affiche un joli courage face au méchant. Un méchant raffiné et colonialiste (il arbore sans cesse à la main un chapelet qui peut s'avérer dangereux) qui va comme un gant à Christoph Waltz. Mais qui lui va beaucoup trop bien. Dans ce registre, Waltz est trop à l'aise et semble avoir épuisé tous les atouts qu'il avait dans sa manche. L'acteur ne surprend plus et semble se vautrer avec une certaine complaisance en terrain connu. On aimerait le voir jouer un gentil tiens, pour une fois ça lui ferait du bien. Reste le personnage de Samuel L. Jackson, celui qui a le plus de profondeur, un aventurier américain pas habitué à la jungle mais déterminé à empêcher que Rom massacre toute une nation, ayant lui-même participé à regret au génocide indien de son pays. C'est le seul personnage émouvant et un minimum complexe que le film nous livre et c'est malheureusement bien peu.

Un film d'aventure pétri de bonnes intentions mais qui manque complètement de souffle, la faute à une mise en scène sans saveur et à des acteurs assurant le minimum syndical, faisant ce qu'ils peuvent de leurs personnages à la psychologie peu fouillée.

De ce récit d'aventure pétri de bonnes intentions mais peu travaillé, David Yates ne parvient pas à en tirer le souffle nécessaire pour retenir l'attention de son spectateur. Il dévoile quelques très beaux décors et très belles scènes (le bateau remontant le fleuve, la rencontre avec les éléphants) mais ne maîtrise pas complètement ses effets numériques qui nuisent amplement à l'immersion du spectateur dans l'histoire. Sentant parfois le fond vert à plein nez, souvent trop lisse, la mise en scène du film est l'un de ses plus gros handicaps, boursouflée par des ralentis foireux et un découpage peu assuré rendant difficilement lisible les scènes d'action. La faute à un cinéaste qui n'a jamais vraiment su insuffler un vrai souffle épique dans ses films et qui semble ne pas avoir de style, contentant alors les studios avec son minimum de savoir-faire qu'il a déjà mis à disposition pour les quatre derniers opus de la saga Harry Potter et qui remettra le couvert cette année avec Les animaux fantastiques. On aurait bien vu un cinéaste de la trempe de Gore Verbinski s'emparer de ce film, ça aurait déjà eu plus d'allure.

On devra donc se contenter d'un film constellé de défauts, à la violence édulcorée pour mieux plaire au grand public (un type se fait quand même arracher un bout d'oreille par un tir de revolver sans saigner), au casting séduisant mais vraiment sous-exploité. Le projet avait de l'allure, le résultat final en a d'ailleurs encore un peu et saura divertir les moins exigeants. Mais au final, il a bien trop peu d'allure pour justifier cette nouvelle aventure du roi de la jungle qui aurait dû rester tranquille dans son royaume et ne pas se montrer de nouveau sur grand écran...

Informations

Détails du Film Tarzan (The Legend of Tarzan)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Aventure
Version Cinéma Durée 110 '
Sortie 13/07/2016 Reprise -
Réalisateur David Yates Compositeur Mario Grigorov
Casting Djimon Hounsou - Samuel L. Jackson - Jim Broadbent - Christoph Waltz - Ella Purnell - Alexander Skarsgård - Margot Robbie
Synopsis Après avoir grandi dans la jungle africaine, Tarzan a renoué avec ses origines aristocratiques, répondant désormais au nom de John Clayton, Lord Greystoke. Il mène une vie paisible auprès de son épouse Jane jusqu'au jour où il est convié au Congo en tant qu'émissaire du Commerce. Mais il est loin de se douter du piège qui l'attend. Car le redoutable belge Leon Rom est bien décidé à l'utiliser pour assouvir sa soif de vengeance et sa cupidité…

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