Critique Elle

Elle
Critique de Elle, réalisé par Paul Verhoeven, avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Charles Berling, Alice Isaaz.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

On avait perdu de vue Paul Verhoeven depuis dix ans et le magnifique Black Book avec Carice Van Houten (la future Mélisandre de Game of Thrones), qui consacrait son retour aux Pays-Bas. Depuis, il a participé à Tricked, un film interactif sorti directement en DVD, et puis plus rien. D’où l’énorme surprise de le voir revenir en territoire français. Après sa période hollandaise, sa période hollywoodienne, sa période hollandaise bis, Verhoeven inaugure à 77 ans sa période française, avec Elle, un film surprenant, provocateur et profondément déstabilisant. De tous les plans, Isabelle Huppert peut être vue comme une sorte de co-auteur du film, tant cette œuvre s’inscrit dans la continuité de ses films chabroliens (Violette Nozière, La Cérémonie, Merci pour le chocolat) ou hanekiens (La Pianiste) faisant le portrait d’une femme irrémédiablement perturbée mais survivante.

Paul Verhoeven est également un habitué de portraits de femmes fortes. Souvenons-nous de Catherine Tramell (Basic Instinct), Nomi (Showgirls), Katie Tippell dans le film éponyme, Fientje (le formidable Spetters), Christine (Le Quatrième homme) et Rachel Stein (Black Book). Ces femmes ont toutes un point commun, elles avancent et font table rase de tout ce qui leur fait obstacle. Michèle, l’héroine de Elle, est de la même trempe. La scène inaugurale du film représente d’emblée un viol, celui de Michèle, une productrice de jeux vidéos, femme d’âge mûr, encore séduisante, par un mystérieux homme masqué. L’énorme surprise provient du fait que, après le viol, Michèle se relève et va agir, comme si de rien n’était, refusant le statut de victime. Comme un Terminator, elle va avancer jusqu’à ce qu’elle puisse trouver et coincer le coupable. On reconnaît bien la lutte acharnée de Verhoeven (et d’Huppert par la même occasion) contre les clichés. N’importe quel autre cinéaste aurait filmé la femme traumatisée, s’écroulant face aux doutes et se remettant en question. Pas de cela chez Verhoeven, ce qui peut choquer le spectateur. Nous ne sommes plus dans le réalisme mais dans une dimension différente, celle du conte, de la parabole.

Un jeu de massacre buñuelien infiniment réjouissant.

Adapté d’un roman de Philippe Djian, Oh…, Elle ne se résume pas en un film sur le viol des femmes, même s’il y en a quatre dans l’intrigue, mais montre les diverses interactions entre Michèle et ses proches, membres de sa famille, amis ou voisins. D’une certaine manière, le personnage d’Isabelle Huppert ressemble à une araignée qui tient emprisonnées dans sa toile toutes ses relations, la plupart aussi azimutées qu’elle : sa mère qui fréquente des gigolos, son père, serial-killer croupissant en prison, sa meilleure amie dont le mari est l’amant de Michèle, son ex-mari, toujours présent et bienveillant, même s’il a préféré la compagnie d'une femme plus jeune, son fils idiot et confiant, reconnaissant un fils qui n’est manifestement pas le sien, des voisins bigots (enfin surtout l’épouse). Ce tableau de relations familiales et amicales est le prétexte d’un jeu de massacre buñuelien infiniment réjouissant, où seul surnage le personnage de Michèle, femme dominante qui a su conquérir le pouvoir économique et sexuel.

Un film fascinant !

Verhoeven dynamite ainsi toutes les conventions du film français bourgeois, par des situations vachardes et politiquement incorrectes (l’identité du petit-fils de Michèle rappelle ainsi la fin de la première saison de Nip/Tuck et la charge insidieuse contre les catholiques pratiquants est assez irrésistible). Il ne fera pas l’unanimité avec ce film, mais il en a franchement l’habitude. Starship Troopers, Basic Instinct ou Showgirls, avaient ainsi eu leur lot de polémiques, certains spectateurs ou critiques le traitant de fasciste, misogyne ou homophobe. On devine que ses détracteurs vont pouvoir s’en donner encore une fois à cœur joie car il montre une femme, manipulant son violeur dans le cadre d’un jeu pervers et cherchant plus ou moins à être violée à nouveau et pire encore, en en éprouvant du plaisir. Or si on analyse ce point délicat, l’orgasme de Michèle tient bien davantage à des années de refoulement et de traumatisme dû aux méfaits de son père, qu’au viol proprement dit.

Elle n’est donc pas bien entendu un plaidoyer pour le viol ni ne sous-entend que toute femme désire secrètement se faire violer. Le film raconte plutôt comment une femme va dépasser une expérience traumatisante et en devenir le sujet agissant, affirmant ainsi sa maîtrise du monde. Le distinguo est subtil et beaucoup de spectateurs s’y laisseront prendre. Le monde appartient désormais aux femmes, tel est le credo du film, tant elles parviennent à dépasser les expériences de toutes sortes, même les plus traumatisantes. Dans ce registre de jeu décalé et légèrement faux (un peu comme Luchini, Binoche et Bruni Tedeschi dans le nouveau Bruno Dumont), Isabelle Huppert excelle comme jamais, fausse victime et vraie triomphatrice, en grande sœur « positive » de La Pianiste, explorant les tourments de la psyché d’une femme en perpétuelle reconstruction. Elle, film sans cesse en mouvement, volontairement imparfait et passionnant, est à l’image de son héroïne, obsédant et incroyablement vivant. Maîtrise-t-elle la situation ou fait-elle semblant de la contrôler ? Nous ne le saurons jamais, c’est toute l’ambigüité voulue du film de Verhoeven, ce qui le rend absolument fascinant.  

Informations

Détails du Film Elle
Origine France Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 130 '
Sortie 25/05/2016 Reprise -
Réalisateur Paul Verhoeven Compositeur Anne Dudley
Casting Laurent Lafitte - Isabelle Huppert - Virginie Efira - Charles Berling - Alice Isaaz
Synopsis Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

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