Critique L'étreinte du serpent (El abrazo de la serpiente)

L'étreinte du serpent
Ciro Guerra propose un voyage initiatique et spirituel sublime qui pourra cependant laisser quelques aventuriers en rade sur la rive.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

Que les spectateurs qui n'ont pas pu embarquer pour le voyage proposé par Ciro Guerra dans les salles obscures se rassurent. Le 3 mai, L'étreinte du serpent sort en DVD, édité par TF1 Vidéo. L'occasion de se plonger au cœur d'un film dont la critique a chanté les louanges mais qui a bien eu du mal à trouver son public, sortant le 23 décembre.

L'édition DVD propose donc de rattraper le coup. On s'embarque donc pour un voyage de deux heures en pleine Amazonie, un voyage où les temporalités se confondent et où les repères se heurtent à l'immensité de la forêt vierge. L'étreinte du serpent nous conte deux histoires parallèles mettant en scène Karamakate, un chaman amazonien vivant isolé depuis l'extermination de sa tribu. Dans une histoire, se déroulant en 1909, on suit Karamakate aider l'explorateur allemand Theodor Koch-Grünberg à trouver la yakruna, une plante légendaire qui aiderait Theodor à guérir de la malaria. Dans l'autre histoire se déroulant en 1940, on retrouve un Karamakate plus âgé aider Richard Evans Schultes, botaniste américain, à se remettre sur la piste de cette même plante. Koch-Grünberg et Evans Schultes ont bien évidemment existé et c'est d'après les journaux et travaux de ces derniers que le réalisateur Ciro Guerra construit son film.

Ciro Guerra propose un voyage initiatique et spirituel sublime qui pourra cependant laisser quelques aventuriers en rade sur la rive.

Un film qui se voit aussi bien comme une sorte de documentaire tant il dépeint avec réalisme l'Amazonie de l'époque qu'un film d'aventure, une quête initiatique qui n'est pas sans faire penser aux œuvres de Werner Herzog ou de Joseph Conrad. On se retrouve plongés dans un monde qui semble hors du temps et sans limites, un monde où l'homme blanc ne peut asseoir son emprise et il doit mettre de côté tout son savoir et tous ses préjugés s'il veut survivre. D'emblée ce qui frappe avec L'étreinte du serpent, c'est qu'il se refuse la couleur. Le choix est d'autant plus étrange que l'on imagine parfaitement combien le vert des forêts luxuriantes est magnifique. Mais Guerra préfère tourner en noir et blanc, utilisant chacun de ses décors pour soigner la profondeur de champ ou mettre en exergue une beauté encore plus fascinante une fois dépouillée de sa couleur.

Visuellement c'est magnifique et le film force à l'admiration. Scénaristiquement, c'est plus bancal. Car le film se vit vraiment comme une quête initiatique, celle que les personnages occidentaux vivent auprès de Karamakate. Dès lors, malgré la fascination qui s'impose, on a bien du mal à entrer complètement au sein de cette œuvre, un peu hermétique. A défaut de vivre la grande aventure des personnages, on ne peut pas vraiment la ressentir. Il en résulte un sentiment de frustration, comme si Guerra en personne voulait nous empêcher d'entrer complètement dans le film. Peut-être nous invite-t-il à venir voir l'Amazonie en personne pour en découvrir tous les charmes et mystères dont il se fait le porte-parole. Le fait est que L'étreinte du serpent, malgré sa beauté profonde et sa valeur quasiment ethnographique, a du mal à faire partager sa quête de l'aventure. L'expérience n'en est pas moins déplaisante et laisse entrevoir toute la beauté d'une nature qui ne cesse de fasciner.

Informations

Détails du Film L'étreinte du serpent (El abrazo de la serpiente)
Origine Argentine - Colombie Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Aventure - Drame
Version Cinéma Durée 124 '
Sortie 23/12/2015 Reprise -
Réalisateur Ciro Guerra Compositeur Nascuy Linares
Casting Jan Bijvoet - Brionne Davis - Nilbio Torres - Antonio Bolivar
Synopsis Karamakate, un chaman amazonien puissant, dernier survivant de son peuple, vit isolé dans les profondeurs de la jungle. Des dizaines d’années de solitude ont fait de lui un chullachaqui, un humain dépourvu de souvenirs et d’émotions. Sa vie est bouleversée par l’arrivée d’Evans, un ethnobotaniste américain à la recherche de la yakruna, une plante sacrée très puissante, possédant la vertu d’apprendre à rêver. Ils entreprennent ensemble un voyage jusqu’au cœur de la forêt Amazonienne au cours duquel, passé, présent et futur se confondent, et qui permettra à Karamakate de retrouver peu à peu ses souvenirs perdus.

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