Critique L'Avenir

L'Avenir
Critique de L'Avenir, réalisé par Mia Hansen-Løve, avec Isabelle Huppert, André Marcon, Edith Scob, Roman Kolinka, Elise Lhomeau.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Mia Hansen-Løve s’est fait connaître par ses admirables portraits de jeune fille (la trilogie Tout est pardonné, Le Père de ses enfants, Un amour de jeunesse). Sa tentative pour changer de sujet s’est soldée par un grand film malade selon l’expression truffaldienne. Eden était en effet un sujet passionnant, la chronique des années électro à travers l’existence d’un DJ, que la mise en scène ne parvenait pas à traduire en passage du temps convaincant. Elle s’était inspirée de son frère Igor pour cette description. En renouant dans L’Avenir avec un portrait de femme, cette fois-ci, inspiré de sa mère, professeur de philosophie, elle retrouve sa précieuse petite musique, celle des films intimistes et bourgeois si français, trop français ?

L’Avenir résonne donc au diapason des pas d’Isabelle Huppert, brillamment écrit, scénarisé et interprété.

L’Avenir a reçu à Berlin l’Ours d’argent de la mise en scène. C’est en effet un film brillamment mis en scène, dans le style de caméra virevoltante propre à Olivier Assayas, le compagnon de Mia Hansen-Løve. La caméra bouge même plus que cela n’est nécessaire, dans des compositions de personnages assis. Elle suit au plus près de ses déplacements Isabelle Huppert de plan en plan (elle est quasiment de tous les plans), marcher, courir, bouger. Elle ne cesse de bouger, cette professeur de philosophie, sans doute pour se prouver qu’elle vit encore, en dépit des coups qu’elle reçoit : sa mère, perturbée et sous Alzheimer précoce (elle ne reconnaît pas Sarkozy) décline et meurt ; son mari la trompe et la quitte ; sa collection de bouquins de philo périclite ; même son chat l’abandonne (provisoirement). Huppert est absolument géniale (comme souvent) dans cet emploi de quinquagénaire en crise, ne sachant où se diriger, riant et pleurant en même temps, craquant lorsque personne ne la voit. Colonne vertébrale du film, elle lui insuffle son rythme et ses humeurs. Ce personnage de femme en proie à la midlife crisis, elle l’a déjà interprété, plus dépressif dans Villa Amalia de Benoit Jacquot, plus fantaisiste dans CopaCabana de Marc Fitoussi. Personne ne le joue mieux qu’elle, vaillant petit soldat qui largue les amarres, suite à une tromperie ou un échec, et essaie de retrouver une raison de vivre. Elle parviendra à atteindre une certaine sérénité dans l’acceptation de son âge et la notion de transmission (la berceuse finale à son petit-fils). L’Avenir résonne donc au diapason des pas d’Isabelle Huppert, brillamment écrit, scénarisé et interprété. Mia Hansen-Løve y fait à nouveau entendre sa petite musique subtile, presque surannée, celle des films de Truffaut et Sautet, se tenant à égale distance du point de vue des sujets de Mia Madre et de Villa Amalia.

Pourquoi devant tant de finesse L’Avenir laisse-t-il pourtant un étrange goût d’insatisfaction ? Parce que Mia Hansen-Løve n’essaie jamais de sortir du prévisible et de la zone de confort qu’elle s’est elle-même dessinée : Isabelle Huppert restera pendant tout le film dans des situations et des réactions convenues qui ne surprendront pas. L’élan de la vie, si précieux dans des films de Pialat, par exemple, ne jaillira qu’à deux rares occasions : au début du film, lorsque la prof sera confrontée à ses élèves en proie aux grèves de 2010, illustrant le conflit entre la pensée politique théorique et l’action militante, et lorsque lors d’une séquence vraiment étonnante, elle se fera embrasser par un inconnu, au coin d’une rue dans le silence de la nuit. Deux pistes passionnantes qui se referment presque immédiatement, pour laisser la place au tout-scénarisé, abandonnant Constance Rousseau, la merveilleuse actrice de Tout est pardonné, sur un banc, au détour d’un plan.

L’Avenir est tellement balisé que l’on a parfois l’impression de se retrouver devant un film idéal pour lecteur de Télérama, avec ses citations philosophiques entraperçues sur des couvertures de livre (Adorno, Difficile liberté d’Emmanuel Lévinas, La Mort de Vladimir Jankélévich, Le Monde comme volonté et représentation de Schopenhauer) qui commentent l'intrigue. Mia Hansen-Løve n’a pas souhaité prendre de risques, on ne lui en demandera pas tant. Elle a enfin retrouvé sa petite musique, c’est déjà largement suffisant.

Informations

Détails du Film L'Avenir
Origine France - Allemagne Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 06/04/2016 Reprise -
Réalisateur Mia Hansen-Løve Compositeur
Casting Isabelle Huppert - André Marcon - Edith Scob - Roman Kolinka - Elise Lhomeau - Solal Forte
Synopsis Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

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