Critique L'année du dragon (Year of the Dragon)

L'année du dragon
Polar âpre et sans concessions, L'année du dragon est un bijou du genre, une pièce maîtresse dans l’œuvre de son réalisateur qui n'a en rien perdu son envie folle de cinéma et son talent.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

On a facilement tendance à réduire Michael Cimino comme étant l'homme de deux films, illustrant parfaitement sa carrière : le succès avec Voyage au bout de l'enfer et l'échec avec La Porte du Paradis. Mais le cinéaste est bien plus que ça et la sortie en Blu-ray (en édition simple ou coffret collector édités par Carlotta) de L'année du dragon aujourd'hui permet de redécouvrir le film d'un réalisateur qui n'est pas resté sur un échec. Cinq ans après La Porte du Paradis, Michael Cimino reprenait les rênes d'un film et adaptait avec Oliver Stone un roman de Robert Daley. Il en résulte un polar âpre et violent, l'un des meilleurs films du genre et dont la superbe restauration met en exergue la beauté.

L'histoire est simple, c'est celle du flic seul contre tous. En l'occurrence il s'agit de Stanley White. Capitaine de police, homme de loi le plus décoré de New York, vétéran du Vietnam et tête brûlée, White est nommé à Chinatown juste au moment où une vague de crimes secoue le quartier. Le responsable est Joey Tai, un jeune ambitieux qui n'hésite pas à verser le sang pour asseoir son pouvoir et s'imposer face aux anciennes générations qui règnent sur Chinatown. Aidé de Tracy Tzu, une séduisante journaliste qui ne manque pas de courage, White entreprend de ''nettoyer'' Chinatown quitte à se mettre tout le monde à dos et à perdre ceux qui le soutiennent...

A sa première vision, L'année du dragon cause un choc. Pas seulement à cause de l'hémoglobine qui est versée de manière brutale (la fusillade dans le restaurant est à jamais gravée dans les mémoires) mais aussi à cause de son audace narrative et de la façon dont il accule son personnage principal sans lui épargner un douloureux calvaire. Dans la peau de Stanley White, ce type arrogant avec son sens de la justice bien à lui, Mickey Rourke crève l'écran et trouve sûrement son meilleur rôle. White est un personnage complexe, plein de contradictions, un de ces losers magnifiques qu'on trouve dans les films noirs, qui n'a pas grand chose dans sa vie à part son boulot et ses souvenirs de vétéran. Affrontant Joey Tai sans retenue et avec de plus en plus de violence au fur et à mesure du récit, White n'est pourtant pas sans partager quelques similitudes avec son ennemi. Les deux sont ambitieux, n'en font qu'à leur tête, se moquent des institutions qui les ont emmené où ils en sont (la police pour l'un, la triade pour l'autre) et règlent leurs affaires sans se soucier des autres et des conséquences que cela peut impliquer. Une analogie intéressante qui ne manque pas de pimenter une œuvre déjà bien complexe.

Polar âpre et sans concessions, L'année du dragon est un bijou du genre, une pièce maîtresse dans l'oeuvre de son réalisateur qui n'a en rien perdu son envie folle de cinéma et son talent.

En effet, derrière L'année du dragon et son scénario de polar diablement ficelé, il se cache bien évidemment quelque chose de plus profond. Plus profond que le racisme stupide dont on l'a accusé à l'époque de sa sortie. Le film est tout de même l'un des premiers films américains à donner un rôle important et majeur à des chinois sans les faire tomber dans le cliché et les mettant sur un pied d'égalité avec le personnage principal. Outre Joey Tai, l'antagoniste ambitieux, Tracy Tzu s'avère être celle qui fera le plus de reproches à White et qui le mettra le plus en face de la sordide réalité. Il n'y a que des personnages forts dans L'année du dragon et puisque nous sommes chez Cimino, il y est bien évidemment question de l'Amérique. L'Amérique comme terre d'accueil (Stanley White est d'origine polonaise même s'il a changé son nom), comme un pays a la mémoire courte (White le dira lui-même) et comme étant finalement responsable d'une partie des maux de son héros, vétéran que la guerre a endurci pour mieux le remplir de préjugés ou d'incapacité à entretenir une passion pour autre chose que son boulot.

C'est donc une œuvre infiniment complexe que cette Année du dragon. Une pièce maîtresse dans l’œuvre de son réalisateur que l'on préférera d'ailleurs à ses autres films. Car Cimino n'a rien fait de plus efficace que ce polar brutal, que cette superbe mise en scène au moindre arrière-plan soigné et que ces travellings quasiment hypnotiques. Mickey Rourke, malgré ses rôles dans Angel Heart ou Barfly, ne sera d'ailleurs pas en mesure de retrouver une intensité aussi forte et aussi brute que dans ce film. Raison de plus pour se précipiter dessus...

Informations

Détails du Film L'année du dragon (Year of the Dragon)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Policier
Version Cinéma Durée 134 '
Sortie 13/11/1985 Reprise -
Réalisateur Michael Cimino Compositeur David Mansfield
Casting Mickey Rourke - John Lone - Ariane Koizumi - Leonard Termo - Caroline Kava - Raymond J. Barry
Synopsis Une vague mystérieuse de violence vient de s'abattre sur Chinatown. Le capitaine Stanley White, personnalité très forte, penche pour la théorie du développement d'une mafia chinoise. Un duel à mort va l'opposer au parrain de Chinatown.

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