CRITIQUE The Revenant

The Revenant

Critique du Film

Un an à peine après un essai démonstratif d'une mise en scène gadget oppressant tout plaisir de cinéma avec Birdman, Alejandro González Iñárritu part dans les vastes contrées américaines de 1820. Tel son ami proche, Alfonso Cuaron, qui prenait part dans l'espace avec Gravity en 2014, il est ici aussi question d'espace avec ce film où le revenant sort de la terre pour une rédemption longue et semée d'embuches.

Tout commence par une anodine partie de chasse. Un élan dans le viseur, le cri sourd d'une attaque d'Indiens contre l'armée américaine se renchérissant avec les peaux de bêtes. Aidés de trappeurs incarnés par Leonardo Dicaprio et Tom Hardy, l'histoire commence par la survie d'hommes proche de la bestialité, essayant de survivre dans une nature reprenant ses droits. The Revenant est une mise en scène sur la nature rendant l'homme à son état primaire d'animal, entre la vie et la mort perpétuelle.

The Revenant est un film d’assimilation, la concrétisation d'un essai gadget pour conclure sur une œuvre violente et flamboyante. Birdman était le coup d'essai dans un lieu clos, endroit idéal pour assimiler l'orchestration de l'image. Alejandro González Iñárritu prend alors le grand air de l'Ouest pour se libérer et signer son chef-d'oeuvre, son point final en terme de mise en scène. Ici, par The Revenant, le mexicain ne réalise pas, il met en scène une orchestration de tableaux sublimes peints par le maître Emmanuel Lubezki. Directeur de la photographie d'Alfonso Cuaron et de Terrence Malick, la collaboration avec Innaritu amène la complémentarité signant une œuvre magique et terrifiante.

The Revenant est une mise en scène sur la nature rendant l'homme à son état primaire d'animal, entre la vie et la mort perpétuelle.

Terrifiant par cette peinture faite de l'Ouest en cette fin du 19e siècle, un mariage sec de la brutalité de Sam Peckinpah entre Croix de Fer et La Horde Sauvage. L'homme est sale et animal. Il est ici traité de façon irrespectueuse et frontale. On ne ment pas sur la véritable identité d'un être cupide et méchant. Tom Hardy prêtera sa silhouette de bête à John Fitzgerald, homme blessé et violent, un scalpé de la tête retournée par une vie sombre. Face à lui, le trappeur amérindien, une version sale de Tristan Ludlow joué par Brad Pitt dans Légendes d'Automne. Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) survit en protégeant son fils de l'homme. Il connaît sa capacité à détruire, à vite s'évader vers le malin pour son propre soi. Il a eu tout autant de malheur dans sa vie, d'où l’intérêt de cette dualité permanente entre les deux trappeurs, figure identique pour deux opposés. Une poursuite impitoyable à travers la nature enneigée, coïncidence similaire au Huit Salopards de Quentin Tarantino. Le western n'est plus ce genre propice à l'héroïsme où le manichéisme est roi, reflet de productions commandées à la solde des studios. The Revenant est le reflet de la sauvagerie de l'homme emporté par sa nature à tuer et à survivre. Pendant que Fitzgerald se dissimule constamment, Glass survit en quête de rédemption. Sa poursuite est captivante, froide et rebutante. Un enchaînement de toiles dithyrambique représentant Glass (et jamais Leonardo DiCaprio) sortant tel une divinité de la terre, dans une vertigineuse chute du haut d'une falaise après une course poursuite trépignante où, nu, il se régénère dans le corps Lazare, son fidèle cheval. Une accumulation de tension insoutenable dont l'homme a la perpétuelle capacité de se relever, d'où son titre de «revenant». Les faits frôlent souvent la limite du ridicule par les situations rencontrées par Glass. Mais Alejandro González Iñárritu relève en permanence son récit et poursuit de façon glorieuse son parcours vers la dualité et ce combat attendu depuis les premières minutes et l'abandon par dépit des peaux.

The Revenant est la source nécessaire d'un cinéma sublime, intense et trépidant. De grands acteurs au service d'un homme qui ne pourrait jamais se relever d'une telle expérience. Un film fort, peut être trop, pour des artistes ayant abandonnés la machine en cours de tournage. Il aura fallu la tyrannie d'un chef d'orchestre et le courage d'acteurs en quête de récompense pour tenir bon d'un film qui se vit comme ultime.

Note : Exceptionnel ! Verdict : Exceptionnel !

Mathieu Le Berre

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