Critique Loin du Paradis (Far from Heaven)

Loin du Paradis
Todd Haynes ressuscite le cinéma de Douglas Sirk pour un mélodrame d'une infinie délicatesse, comme on n'en voit plus. Julianne Moore y est bouleversante.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

Les amateurs du cinéma de Todd Haynes vont avoir de quoi être ravi mercredi 13 décembre. Outre la sortie de Carol, nouvelle réalisation encensée du cinéaste, on pourra retrouver en salles dans une version restaurée Loin du Paradis, son mélodrame sublime sorti en 2003 en France. Il serait d'ailleurs dommage de passer à côté de cette nouvelle copie, soulignant particulièrement les couleurs chatoyantes d'un film que n'aurait pas renié Douglas Sirk.

L'influence de Sirk est d'ailleurs omniprésente dans Loin du Paradis et on y retrouve Tout ce que le ciel permet en référence majeure. Tout dans le film transpire l'apogée de Sirk dans les années 50. Ce qui frappe d'ailleurs dès son générique, c'est le ton de ses couleurs. Très rapidement, avec ses superbes mouvements de grue, ses teintes automnales ou bleutées plus vraies que nature, on retrouve dans Loin du Paradis tout un pan de cinéma que l'on croyait perdu à jamais. Dans son esthétique, le film de Todd Haynes est une merveille en soi, bénéficiant d'une reconstitution admirable, ne négligeant aucun détail. Mais réalisant son film du haut des années 2000, Haynes décide d'aborder de front des sujets tabous qui n'auraient jamais eu le même traitement dans les années 50.

Todd Haynes ressuscite le cinéma de Douglas Sirk pour un mélodrame d'une infinie délicatesse, comme on n'en voit plus. Julianne Moore y est bouleversante.

Loin du Paradis touche donc de près à deux thèmes forts : l'homosexualité et le racisme. Couple modèle pour toute la ville de Hartford, les Whitaker ont tout pour être heureux : un mariage, une carrière exemplaire pour Frank, une belle maison et deux beaux enfants (que l'on dirait sortis tout droit d'une publicité). Cathy, bien que femme au foyer, ne manque pas de s'occuper d'événements mondains avec ses amies et passe pour être exemplaire dans le voisinage. Mais Cathy surprend un jour Frank aux bras d'un homme. Honteux, Frank tente de refouler son orientation sexuelle (nous sommes à une époque où l'homosexualité est considéré comme une maladie que l'on peut guérir) mais son mariage prend du plomb dans l'aile. Perdue, ne pouvant guère se confier, Cathy trouve du réconfort auprès de Raymond, son jardinier noir. Ce qui ne manquera pas d'attiser la haine, la méchanceté et la bêtise d'une société trop obtuse pour comprendre les choses qu'elle ne connaît pas, préférant les fustiger.

Non seulement Todd Haynes aborde deux thèmes très forts dans Loin du Paradis mais il le fait avec une infinie subtilité. Rien de sordide, de complaisant ou de moralisateur ici. Le film n'est finalement rien d'autre que le portrait d'une femme seule, se sentant abandonnée et trouvant du réconfort dans les bras de la seule personne assez gentille pour aller vers elle sans la juger. Préférant laisser Cathy et Raymond développer une belle amitié qui s'arrêtera là (même si l'on pressent plus), le cinéaste épouse le point de vue de Cathy, elle qui sera obligée de se taire et de rester seule là où son mari embrasse son homosexualité. Mais loin de faire de ce personnage une pauvre stupide femme malmenée, Haynes la transforme en une femme aux idées et aux envies trop modernes pour être acceptées par son époque. Certes, le malheur viendra la frapper mais il sera élégant, comme le reste du film. Et Julianne Moore apporte à ce personnage une palette de nuances infinies, tout simplement bouleversante. A ses côtés, Dennis Quaid et Dennis Haysbert sont tellement impeccables qu'on les croirait ancrés dans les années 50.

A travers ce portrait de femme, Todd Haynes délivre un message simple qui ne manque pas d'être nécessaire quand il est aussi bien amené. Le racisme, l'homophobie, la solitude, la tendresse, la bêtise d'une société et de ses règles, tout y passe mais sans brûlot, toujours avec une délicatesse infinie que l'on croyait disparue depuis un moment. Mais non la voilà qui resurgit, sublimée par une magnifique partition musicale d'Elmer Bernstein et par des acteurs touchés par la grâce comme en témoigne cette scène finale entre Cathy et Raymond, qui ne manquera pas de nous faire verser une petite larme au passage.

Informations

Détails du Film Loin du Paradis (Far from Heaven)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 107 '
Sortie 12/03/2003 Reprise 13/01/2016
Réalisateur Todd Haynes Compositeur Elmer Bernstein
Casting Julianne Moore - Viola Davis - Dennis Quaid - Patricia Clarkson - Dennis Haysbert
Synopsis Dans l'Amérique provinciale des années cinquante, Cathy Whitaker est une femme au foyer exemplaire, une mère attentive, une épouse dévouée. Son sourire éclatant figure souvent dans les colonnes du journal local. Cathy sourit toujours. Même quand son mariage s'effondre, même quand ses amies l'abandonnent. Quand l'amitié qui la lie à son jardinier provoquera un scandale, elle sera forcée, derrière son sourire, d'affronter la réalité.

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