CRITIQUE Les Huit Salopards (The Hateful Eight)

Les Huit Salopards

Critique du Film

La question récurrente au sujet de Quentin Tarantino est de savoir ce qu'il adviendra de ce cinéaste génial après l’épuisement de ses nombreuses références. Car depuis ses débuts, le cinéma de Quentin Tarantino s’est perpétuellement nourri de sa cinéphilie d’antan, des longs-métrages l’ayant alimenté tout au long de sa vie. L’homme est un passionné, tout le monde le sait. Cette passion déborde tout naturellement sur ses propres travaux. Le cinéaste a construit son cinéma sur le cinéma de ses compères, un héritage véhiculant des films hommages pour au final une filmographie totalement personnelle. Après deux premiers essais révélateurs, pierres angulaires du mythe Tarantino (Reservoir Dogs – Pulp Fiction), le réalisateur a plongé tête la première dans un déluge de citations visuelles volontaires et assumées oubliant parfois son propre soi. Les références sont Tarantiniennes, peut-être trop parfois. Kill Bill 1 & 2, Jackie Brown ou encore Django Unchained en sont les preuves évidentes. Tant s’en faut de dire que les films mentionnés sont mauvais ou pas. Non, ce sont des chefs d’œuvres d’un maître moderne élevé à l’histoire du cinéma utilisant sa culture pour mûrir ses projets. Mais force est de constater que les références ont dernièrement pris le pli sur le cinéma de Tarantino lui-même.

Après la fuite du scénario sur internet et le débat découlant de ce fait ayant bouleversé le metteur en scène, Quentin Tarantino prend le risque de le tourner après quelques modifications. Les Huit Salopards se fait plutôt discret, projet en sourdine face aux déferlantes de supers-héros peuplant nos quotidiens sur les réseaux sociaux. Finalement on en sait très peu sur ce nouveau projet. Promotion discrète, seule l’envie de QT de diffuser le film en 70 mm amène l’eau à la bouche de sa communauté de fans. Pour Les Huit Salopards, les références sont mises de côté. On parle des séries TV western des années 50/60 ou encore de quelques séquences références. Il n’en sera rien ou presque. Les Huit Salopards fait unanimement référence au cinéma de Quentin Tarantino. L’homme retrouve 20 ans après sa place de metteur en scène, celui de Reservoir Dogs ou de Pulp Fiction. Huis clos constant entre l’antre d’une diligence et l’auberge de Minnie, Les Huit Salopards est un flux constant de dialogues trouvant le chemin long, parfois sinueux, d’un long-métrage de 2H40.

Des dialogues parfois savoureux jugulant une œuvre noire et sans espoir.

2h40, long-métrage trop long se nourrissant de la verve de personnages, de gueules de cinéma réunies dans cette unité de lieu où les paroles fusent telles des balles. De ses duels permanents avant le massacre final, chute inévitable et gore de prêt de 40 minutes, Samuel L.Jackson tire son épingle d’un jeu macabre et sournois. Quentin Tarantino lui octroie une nouvelle place de choix, un nouveau rôle crucial, la place nécessaire à l’éventail de son talent ici à son paroxysme. Interprétant le Major Marquis, ancien soldat noir devenu chasseur de primes, Samuel L. Jackson cabotine tout en étant l’essence de certaines séquences historiques. Le duel l’opposant au Général Smithers interprété par Bruce Dern dynamisera une première partie poseuse et un brin barbante. Voir l’explication du traitement subi par le fils Smithers suite à sa rencontre avec Marquis restera comme l’une des séquences cultes du film. Vulgaire, choquante, mais tellement suave dans le débit frénétique du jeu de Samuel L.Jackson, la séquence désamorce une mise en place fastidieuse, point d’orgue d’un film chapitré avec entracte, un cinéma littéral en haut débit.

Enfermés dans cette auberge où les flatteries volent comme neige qui tombe en hiver, il fait froid dedans comme dehors. Quentin Tarantino, dit QT, orchestre un jeu de massacre, un jeu des 8 petits nègres, comme si Agatha Christie avait pris ses aises dans l’Ouest américain. De fait, Les Huit Salopards respire le cinéma. Mais pour une fois, QT tourne en roue libre, n’assume pas le cut et laisse son amour des comédiens déborder sur l’action. On s’ennuie en dépit d’une plume parfois salutaire. Les dialogues plombent un récit qui ne demande qu’à trouer la peau de chacune de ses trognes. Les Huit Salopards est un faux western, un décor de fond justifiant la mise en place du lieu et du temps. On aurait pu très bien être dans une grande demeure sur une île ou en plein milieu de l’Angleterre. Tarantino choisit le Wyoming comme lieu de son film le moins inspiré, mais aiguisé de dialogues parfois savoureux jugulant une œuvre noire et sans espoir.

Note : Intéressant dans son ensemble. Verdict : Intéressant dans son ensemble.

Mathieu Le Berre

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