Critique Carol

Carol
Autant le dire, tout admirable qu’il soit, Carol, le film, n’existerait sans doute pas sans ses interprètes.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Aimer, c’est admirer. Aimer, c’est percevoir chez une personne des choses que personne n’aurait jamais perçues. Aimer, c’est reconnaître en l’autre l’écho de sa propre solitude. Carol de Todd Haynes est un film d’amour et contient ainsi toutes ces définitions du verbe aimer. On pourrait s’en tenir là et cela suffirait peut-être déjà à définir l’urgence et la beauté de ce film mais il représente bien plus que cela, une affirmation de soi de la part des deux personnages principaux, une lutte incessante contre les préjugés moraux qui empoisonnent les couples libres et les fait vivre sous une insupportable chape de plomb.

Dans les années cinquante, sous la férule d’Eisenhower, Carol, une grande bourgeoise, s’entiche de Terry, une petite vendeuse discrète au regard triste (Rooney Mara, magnifique de tension inassouvie). Personne n’avait jamais remarqué Terry laissée à l’abandon dans son rayon, affublée d’un ridicule bonnet de Noël. Carol lui adresse un jour la parole, la regarde avec attention, elle qui passait toujours inaperçue et Terry se réapproprie soudain une existence personnelle. Carol, cette dame inaccessible, lui prodigue respect et considération, voire de l’affection, en dépit de la différence évidente de classe sociale et d’âge. Ce ne pourrait être qu’une tendre amitié, en raison de ces éléments, en y rajoutant la similitude de sexe. Mais bien au contraire, comme une vague déferle et brise toutes les résistances contraires, on assiste à la naissance subtile d’un amour.

Carol, un film pour la passion, contre la discrimination

Comment accepter le désir physique, alors qu’il est réprouvé par la morale sociale ? Tel est le conflit que doit combattre Terry. Carole, bien que mariée et mère d’un enfant, se trouve déjà au-delà de ce conflit, ayant déjà vécu des amours homosexuelles par le passé. Todd Haynes, homosexuel lui-même, sait combien il faut combattre de préjugés pour s’assumer en tant que personne véritable. Alors que ses personnages de femmes avaient toujours subi le joug de l’oppression dans Safe, Loin du Paradis ou Mildred Pierce, Carol, au contraire, est une rebelle, une survivante, une gagnante. Face à ce combat mené dans les années cinquante, on se plaît à penser qu’aujourd’hui nous vivons une époque nettement moins rétrograde. Et pourtant…Todd Haynes nous montre par cette lutte acharnée que le combat est loin d’être terminé et continue en dépit des apparences. Les libertés sont aujourd’hui reconnues mais les préjugés demeurent toujours aussi pesants.

On pourrait rapprocher Carol de La Vie d’Adèle car au fond, ces deux œuvres si dissemblables racontent la même histoire. Cependant Carol, par son classicisme assumé et son élégance romantique, s’éloigne tout à fait du naturalisme « gynécologique » du film de Kechiche. Tout est ici « luxe, calme et volupté », la volupté de ces mouvements enveloppants de caméra, la beauté de ces teintes beiges et vertes s’inscrivant au plus profond du souvenir, la musique obsédante qui évoque une boucle incessante, le jeu du chat et de la souris joué par Cate Blanchett et Rooney Mara, la première dans le rôle de l’observée triomphante, l’autre dans celle de l’observatrice anxieuse, artiste-photographe qui essaie de capter à travers ses clichés en noir et blanc l’âme étincelante de son modèle. Néanmoins le feu de la passion couve sous la glace.

Autant le dire, tout admirable qu’il soit, Carol, le film, n’existerait sans doute pas sans ses interprètes. Pour évacuer la querelle oiseuse des mérites comparés de Cate et Rooney, disons que cette dernière n’a absolument pas volé son prix d’interprétation, le film reposant aux trois quarts sur sa condition de spectatrice foudroyée par la classe et la beauté de Carol. Cate Blanchett y fait merveille en parfait objet de magnanimité, d’indolence et de désir. Déesse a priori inaccessible, Carol fait l’honneur à Terry de partager son monde. Mais c’est lorsqu’à la fin, un échange sublime de regards fige l’éternité, que l’œuvre de Todd Haynes atteint son point culminant, entre espoir et quête de l’absolu.

Informations

Détails du Film Carol
Origine Etats Unis - Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Romance
Version Cinéma Durée 118 '
Sortie 13/01/2016 Reprise -
Réalisateur Todd Haynes Compositeur Carter Burwell
Casting Cate Blanchett - Rooney MAra - Kyle Chandler - Sarah Paulson
Synopsis Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d'un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

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