Critique Creed

Creed
Ryan Coogler rend fièrement hommage à Rocky. Creed succède plutôt dignement à la saga initiée par Stallone en 1976.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Voici maintenant dix ans que Sylvester Stallone a fait ses adieux au personnage de Rocky Balboa dans un sixième volet d’une très haute intensité émotive lui permettant de s’en aller avec les honneurs. Seulement, il semble de mise que les temps qui courent aiment exhumer les légendes et nous voici repartis vers Philadelphie pour rendre une visite de courtoisie à notre cher étalon italien. Sly en avait définitivement terminé avec ce personnage exemplaire campant fièrement au top de sa filmographie comme fer de lance d’innombrables leçons de courage, de persévérance, d’humilité et d’amour. Il a mis un point d’honneur pour ce retour de Rocky : il n’en sera pas la vedette et ne participera ni à la réalisation ni à l’écriture de ce nouveau chapitre. Ainsi déboule Creed, septième volet de la franchise maquillé comme un spin-off pour ne pas froisser les exigences de Sly, même si l’on sait pertinemment que le public se déplacera dans les salles pour voir Rocky et non Creed ! Le jeune Adonis est le fruit d’une adultère entre Apollo Creed et sa maîtresse. Né après la mort de son père, il cherche désespérément à trouver sa place, baladé entre une vie aisée offerte par sa mère et une fureur inexplicable le guidant irrémédiablement vers une voie torturée où la sueur est maître. Il décide de tout plaquer et demande à Rocky de devenir son entraîneur afin de le guider vers la lumière. D’abord réticent, l’ex-champion du monde décèle une fureur de vaincre inexorable chez Adonis et finit par accepter sa demande.

Creed pourrait se lire comme une redite de Rocky 5.

Du haut de ses 29 ans, Ryan Coogler possède déjà un sens inné du septième art. Après un premier essai plus que concluant, Fruitvale Station, il récidive en apportant un regard frais et extérieur sur une franchise qui a fédéré des générations de cinéphiles. Il signe le scénario de Creed et offre un volet à la fois ambitieux et tendre. Ambitieux, car il faut avoir la tête froide pour oser se mesurer à une saga portée à bout de bras par Stallone depuis 1976. Tendre, parce qu’il n’essaie en aucun cas de brusquer les fans. Creed amorce donc un procédé de passation de pouvoir relativement intéressant. Pendant plus de deux heures, Coogler jonglera entre le respect qu’il éprouve pour le personnage de Rocky et le devoir qu’il s’impose à transmettre les armes à son poulain. En réalité, Creed pourrait se lire comme une redite de Rocky 5. Comme énormément de fans, le cinquième opus n’avait pas plu à tout le monde en dépit de la sincérité de Stallone à vouloir proposer un héritier digne. Rocky 5 n’avait fait que nous convaincre de l’énorme bonté du héros et son incapacité à accepter que les temps changent et qu’il n’est pas plus hideux qu’enseigner ses connaissances à une personne vile et malintentionnée. Ceci explique les résistances de Rocky à enseigner son art au jeune Creed ici. Stallone prouve, une fois encore, sa capacité à émouvoir de plein fouet dès lors qu’il revêt le chapeau du boxeur au cœur tendre. Dès ses premières apparitions, on ne pourra s’empêcher d’admirer ce colosse avec tendresse et humilité. Stallone prend soin de ne jamais voler la vedette à Michael B. Jordan, mais le constat est sans appel : Rocky est rayonnant et domine la pellicule d’une aura incommensurable ! Voilà pourquoi Coogler distribue dignement les rôles et n’entraînera jamais le personnage de Rocky vers un retour forcé sur le ring.

Creed succède plutôt dignement à la saga initiée par Stallone en 1976.

Tout est question de dualité dans Creed, avec pour seul fil rouge une question simple : comment survivre à une légende ? Tout au long du métrage, Ryan Coogler cherchera le moyen de mettre en lumière son jeune héros en lui inculquant tout le meilleur se trouvant chez son modèle. On pourrait y voir bien plus loin que les propos du film. Creed étudie scrupuleusement ce qui fait le cinéma d’aujourd’hui, ce qui inspire les jeunes recrues. Comment trouver un semblant d’identité quand on est conditionné depuis toujours par des modèles qui nous façonnent ? Tendance actuelle ou simple mouvance passagère? Nombreux sont les nouveaux venus à s’être essayés à l’exercice l’année dernière entre Jurassic World ou encore Star Wars 7, soulevant des débats souvent houleux quant à leur entière sincérité. Creed poussera ce combat d’idées jusque dans sa musique. Tout au long de ce dernier, les thèmes composés par Ludwig Göransson n’auront de cesse de nous ramener au film de 76 tout en distillant une identité propre au personnage dépeint ici. Ce que cherche Coogler avec Creed prendra tout son sens lors du combat final où le jeune poulain exultera son savoir sur le ring apportant sa fraîcheur aidé par un élan du paternel faisant trembler les murs de son thème musical magistral : que de frissons !! De plus, Coogler continue d’expérimenter son approche frontale mise en place sur Fruitvale Station. On a affaire à de très belles séquences par moment comme le premier match d’Adonis entièrement tourné en plan-séquence au centre du ring pour une immersion totale. S’il sait faire preuve de création sublime comme l’exemple susmentionné, Creed souffre tout de même de la non-implication de Stallone dans son écriture. Même s’il s’en sort avec exemplarité, ce nouveau chapitre de la mythologie Rocky aurait mérité un léger coup de pouce émotif supplémentaire dans le cheminement de son apothéose. Fort heureusement, ceci n’entache pas le plaisir qu’il y a à se retrouver de nouveau sur le ring, mais il manque tout de même ce petit liant qui aurait insufflé le piquant qui fait défaut au film pour être totalement savoureux et complet.

Ryan Coogler rend fièrement hommage à Rocky. Creed succède plutôt dignement à la saga initiée par Stallone en 1976. Les gants sont définitivement entre les mains d’une nouvelle génération prometteuse ayant conscience du beau matériau qu’elle façonne. Ne reste plus qu’à espérer que la cloche ait sonné pour l’ultime fois et qu’on puisse rester sur cette belle saveur proustienne que nous a offert cet épisode bonus de la saga Rocky.

Informations

Détails du Film Creed
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 13/01/2016 Reprise -
Réalisateur Ryan Coogler Compositeur Ludwig Goransson
Casting Sylvester Stallone - Michael B. Jordan - Tessa Thompson - Phylicia Rashad
Synopsis Adonis Johnson n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed, décédé avant sa naissance. Malgré tout, il a de toute évidence la boxe dans le sang et il se rend donc à Philadelphie, là même où Apollo Creed a affronté un adversaire ambitieux, Rocky Balboa, lors d'un match mémorable. Une fois sur place, Adonis parvient à retrouver la trace de Rocky et lui demande de devenir son entraîneur. Tout en lui expliquant qu'il n'est plus dans la course depuis longtemps, Rocky décèle chez Adonis la force et la détermination qui animaient Apollo, ce redoutable rival devenu son meilleur ami. Rocky finit par accepter d'entraîner le jeune boxeur, alors même que l'ancien champion doit affronter un adversaire bien plus terrible que tous ceux qu'il a combattus sur le ring. Grâce à Rocky, Adonis ne tarde pas à tenter de remporter le titre… Mais sera-t-il à même d'acquérir l'énergie et le courage nécessaires pour tout vrai boxeur qui veut monter sur le ring ?

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