Critique Joy

Joy
Depuis son grand retour en 2010, avec Fighter, David O. Russell n’a de cesse d’interroger le rêve américain. Qui mieux que lui, en effet, parmi les cinéastes américains modernes, peut mieux dépeindre le triomphe, l’espoir et la déchéance...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Depuis son grand retour en 2010, avec Fighter, David O. Russell n’a de cesse d’interroger le rêve américain. Qui mieux que lui, en effet, parmi les cinéastes américains modernes, peut mieux dépeindre le triomphe, l’espoir et la déchéance liés à cette notion, lui qui a connu les honneurs de la reconnaissance critique et publique avec Les Rois du désert, pour chuter tout aussi rapidement avec J’adore Huckabees, comédie justement « existentielle » ? Joy ne faillit pas à cette règle en étant le biopic de l’inventrice du balai à vapeur, Joy Mangano, célébrité ayant réussi dans les années 90, après avoir néanmoins traversé moult fois le creux de la vague.

Fighter relatait déjà une partie de la vie du boxeur professionnel Micky Ward, tout comme American Bluff s’inspirait librement de l’affaire Abscam. David O. Russell a manifestement besoin de bâtir sur une base réelle ses intrigues sur le Rêve Américain. D’une certaine manière, il systématise son approche en suivant le parcours d’une femme de son enfance à ses 40 ans. Ce qui rend David O. Russell sympathique, quoi que l’on puisse penser de la réussite inégale de ses films, c’est qu’il s’attache toujours à décrire l’Amérique de la classe moyenne inférieure, voire presque prolétaire, celle qui compte son argent et vit à crédit, celle qui ne cultive pas de loisirs onéreux et se recroqueville sur elle-même, à l’image de ses cellules familiales traversées par l’espoir, le doute et la trahison.

Le Rêve Américain, un chemin pavé d'embuches selon David O. Russell

En dépit de son titre festif empruntant le prénom de son héroïne, Joy n’est ainsi pas franchement une comédie. Il s’agit bien davantage d’une success story, mais le succès viendra au bout de beaucoup de pénibles efforts et de tensions internes et externes. Contrairement à ses films précédents qui se permettaient quelques digressions baroques (surtout Happiness Therapy et American Bluff), Joy, comme son personnage principal, est tout entier tendu vers son objectif, hormis la séquence centrale de l’émission de téléachat. Certains pourront regretter cette sécheresse de trait, cette âpreté de ton. Néanmoins elle joue au bénéfice d’une plus grande rigueur de mise en scène, même si David O. Russell n’a jamais été en la matière un formaliste. En témoignent la narration de l’histoire assumée par la grand-mère de Joy qui continue dans le dernier tiers du film à se charger de la voix off (en dépit de son décès intempestif) ou les incohérences joyeusement revendiquées et justifiées par le sceau de la réalité (il suffit à Joy d’étudier en une soirée ses contrats pour pouvoir piéger ses collaborateurs, ou d’un rendez-vous dans une chambre d’hôtel miteuse pour régler son imbroglio juridico-commercial, nonobstant tous les risques potentiels).

Car David O. Russell, loin d’être un styliste, est surtout un épatant directeur d’acteurs. On ne change pas une équipe qui gagne, a-t-on coutume de dire. C’est pourquoi on retrouve dans Joy Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Robert De Niro, présents depuis trois ans dans chaque film de David O. Russell. Même si le couple Lawrence-Cooper fait encore une fois merveille, à l’image des tandems Bogart-Bacall ou Hepburn-Tracy, l’aspect sentimental disparaît ici presque totalement, il s’agit en effet ici de montrer comment en dépit de toutes les difficultés, une personne, à force d’obstination et de foi en elle-même, a réussi à bâtir un empire. Incarnant cette femme hors du commun, de 15 à 40 ans, Jennifer Lawrence apparaît toujours crédible, affichant une sobriété dramatique de bon aloi, dans sa détermination à toute épreuve, Cette confiance inébranlable en son talent et sa bonne étoile, en dépit des coups bas, des trahisons et des lâchetés venant de sa famille ou de ses associés, est ainsi la valeur mise en avant dans le film, moteur de l’individualisme et du capitalisme américains.

Informations

Détails du Film Joy
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 30/12/2015 Reprise -
Réalisateur David O. Russell Compositeur
Casting Robert de Niro - Bradley Cooper - Jennifer Lawrence - Isabella Rossellini
Synopsis Biopic consacré à Joy Mangano, inventeuse du balai à vapeur Miracle Mop au début des années 90.

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