Critique Suburra

Suburra
Violente, brutale, sans concessions, cette plongée dans une cité corrompue est implacable, offrant un grand moment de cinéma, porté par la présence magnétique des révélations que sont Alessandro Borghi et Greta Scarano.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Alexandre Coudray

Critique du Film

Il y a deux catégories dans le cinéma italien actuel, deux catégories existant d'ailleurs partout dans le monde : les bijoux et les claques. Les bijoux, ce sont les films réalisés par des cinéastes comme Paolo Sorrentino ou Nanni Moretti. Au rayon des claques, nous avions eu le droit en 2005 à Romanzo Criminale et en 2012 à A.C.A.B : All Cops are Bastard réalisé par Stefano Sollima. C'est à ce même Stefano Sollima que l'on doit aujourd'hui Suburra, une plongée âpre et sans concessions au cœur d'une Rome corrompue par un immense projet immobilier visant à transformer la ville d'Ostie en Las Vegas italien. Tout le monde est sur le coup : les politiciens, les truands, la Mafia, le Vatican...

Se déroulant en novembre 2011 sur une durée d'une semaine, le film s'inscrit dans un contexte politique bien précis puisqu'il se passe une semaine avant que Silvio Berlusconi ne quitte son poste de Premier Ministre le 16 novembre, date que Suburra annonce comme étant l'Apocalypse pour ses personnages. Basé sur un roman de Giancarlo De Cataldo (à qui l'on doit Romanzo Criminale) et Carlo Bonini, le film n'entreprend pas de nous plonger dans les coulisses du pouvoir de Berlusconi mais veut nous montrer une ville rongée jusqu'à l'os par la corruption et la violence. Il n'y a aucun personnage digne de rédemption dans Suburra, il n'y a que des hommes et des femmes qui font ce qu'ils peuvent pour survivre dans un milieu impitoyable. Face à une corruption omniprésente et à un monde où tout le monde peut prendre le pouvoir par la violence, la seule réaction est de devenir violent à son tour. Ce qu'apprendront certaines personnes à leurs dépens...

Violent, allant même jusqu'à être interdit aux moins de 16 ans dans les salles françaises, Suburra ne l'est pas seulement dans ses images, il l'est dans son propos. Mais il ne s'arrête pas à cette violence sèche et implacable, rappelant les meilleurs films de gangsters. Il y a dans le film une virtuosité scénaristique saisissante. Ainsi les nombreux personnages qui nous sont présentés ont chacun leur rôle à jouer dans cette fresque criminelle, leurs actions ayant des incidents sur le destin d'autres personnes qu'ils n'ont pourtant jamais rencontré. Une prostituée mineure morte, le suicide d'un père, un simple avertissement donné se transformant en meurtre... Autant d'événements qui s'imbriquent, faisant à jamais basculer le destin d'un autre. Ça va d'un politicien ambitieux et libidineux jusqu'à un homme organisant des soirées se retrouvant au cœur de l'enfer en passant par un couple de gangsters ayant tendance à aller trop loin. Suburra, dans sa complexité scénaristique, illustre parfaitement combien notre vie ne tient qu'à un fil.

Violente, brutale, sans concessions, cette plongée dans une cité corrompue est implacable, offrant un grand moment de cinéma, porté par la présence magnétique des révélations que sont Alessandro Borghi et Greta Scarano.

Pour mettre en scène cette histoire ambitieuse et complexe, Stefano Sollima est bien placé. Ayant fait ses armes sur les séries Romanzo Criminale et Gomorra, l'homme a déjà prouvé son sens de la mise en scène, classique et percutante, avec All Cops are Bastards. Muni d'une sublime bande-originale signée M83 (dont on retrouve avec joie les titres Midnight City, Wait ou Outro), Sollima dépeint un univers impitoyable où l'amour et la beauté sont éphémères, pouvant être pulvérisés d'un instant à l'autre par un coup de feu. Qui dit film ambitieux implique aussi un casting en or, un bon scénario étant souvent plus appréciable quand des acteurs de talent s'en mêlent. Sollima s'entoure donc des meilleurs. Outre Pierfrancesco Favino (déjà tête d'affiche de A.C.A.B), Elio Germano et Claudio Amendola, valeurs sûres du cinéma italien et la présence anecdotique de Jean-Hugues Anglade dans un rôle de cardinal, le réalisateur révèle deux acteurs magnétiques et bourrés de charisme, interprétant le couple de gangsters régnant sur Ostie. D'un côté, il y a Alessandro Borghi, sa violence brute, sa carrure imposante et son regard de braise (non loin d'un Matthias Schoenaerts ou d'un Tom Hardy) et de l'autre il y a Greta Scarano, une beauté incandescente, diamant brut qui sait s'imposer dans un monde exclusivement masculin. Deux acteurs qui ont, on l'espère, une belle carrière devant eux.

Fresque criminelle ambitieuse et menée par une énergie folle, Suburra est une claque, un bijou noir imposant sa vision brutale et sèche de Rome, effectuant au passage un portrait peu flatteur de ces hommes qui ont fait cette ville et qui la font encore aujourd'hui.

Informations

Détails du Film Suburra
Origine France - Italie Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 135 '
Sortie 09/12/2015 Reprise -
Réalisateur Stefano Sollima Compositeur M83
Casting Elio Germano - Pierfrancesco Favino - Claudio Amendola - Alessandro Borghi - Greta Scarano - Adamo Dionisi
Synopsis La Suburra, quartier malfamé de Rome, est le théâtre d’un ambitieux projet immobilier. L’État, le Vatican et la Mafia sont impliqués. En sept jours, la mécanique va s’enrayer : la Suburra va sombrer, et renaître.

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