Critique Love

Love
Love témoigne un léger essoufflement chez Gaspar Noé. S’il sait toujours aussi bien mettre en scène ses histoires, le film tourne très rapidement en rond et laisse le spectateur sur sa faim.

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Il est là ! Le dernier bébé de Gaspar Noé pointe enfin le bout de son nez dans nos bacs après moult déboires concernant ses interdictions pour, finalement, se voir écoper d’une signalétique aux moins de 18 ans. Sa sortie limitée dans une toute petite poignée de salles partout en France ne lui a pas valu une belle mise en valeur l’été dernier. Absent de nos toiles depuis 2009 (le temps adéquat qu’il nous aura fallu pour nous remettre de l’expérience Enter the Void), Noé revient frapper un grand coup afin de nous livrer sa vision de l’amour. Bien évidemment, l’amour vu par Noé sera à la fois poétique et sombre, beau et torturé, total et destructeur. Le matin du premier janvier, Murphy reçoit un coup de téléphone. La mère d’Electra, son ancienne compagne, lui demande s’il n’a pas eu de ses nouvelles, car cette dernière est sans signe de vie depuis trois mois. Au cours de cette journée, Murphy va se retrouver seul dans son appartement et se remémorer les deux années passées avec Electra.

Love témoigne un léger essoufflement chez Gaspar Noé.

Porno ? Pas porno ? La question a soulevé bon nombre de débats autour de Love. Après réflexion, nous ne pourrons pas dire mieux qu’Ovidie qui s'exprimait à son sujet : « Love est un porno super bien filmé, mais qui ne s’assume pas comme tel ». Effectivement, Noé décide de nous immiscer frontalement au cœur des relations intimes de ses héros. Il n’y a pas de belle histoire d’amour sans le sexe passionnel qui va avec. Love dépeint sans concessions tous les aléas d’une vie de couple atypique. Si les scènes de sexe sont, pour la plupart, belles et esthétiques, on ne pourra pas en dire autant de la globalité du film, ce qui amène à reconsidérer l’ensemble de la filmographie de Gaspar Noé. Là où Seul Contre Tous et Irréversible étaient des œuvres poignantes et chocs, c’était surtout grâce à un casting prestigieux. Il va sans dire que Nahon, Cassel ou même encore Dupontel ont réellement transcendé les bobines de notre réalisateur. Pour Love, ses acteurs n’ont pas le vécu des monstres susmentionnés. Ainsi, en dehors des séquences sexuelles, le film tombe dans un pathos lancinant qui aura du mal à accrocher jusqu’en fin de parcours. De plus, tous les tenants et aboutissants de son histoire sont perceptibles en milieu de métrage. Love n’a plus d’intérêt historique une fois l’heure de film dépassée. Il ne restera qu’une succession d’ébats à l’esthétisme extrêmement plaisante.

Noé en tire une œuvre quelque peu paresseuse laissant un goût d’inachevé indéniable.

S’il y a bien une qualité qu’on ne peut pas enlever à Noé c’est de savoir mettre merveilleusement en image. On restera notamment ébahit devant la beauté des images lors de la séquence dans le club échangiste. Noé perfectionne la forme de son film, mais ne tient pas la route aussi aisément que sur ses productions précédentes. Pourtant, Love est rempli de codes précis et d’images nous renvoyant directement à différentes époques de l’histoire du cinéma. En effet, Noé ponctue ses images de références cinématographiques où M le Maudit vient côtoyer La Naissance d’une Nation ou encore Salo ou les 120 Jours de Sodome. On pensera également à Suspiria pour les couleurs ultra codifiées où le rouge, le vert et le bleu viennent déborder de toute part de l’écran. Au-delà de l'amour physique, Love nous montre bien une déclaration d'amour de son auteur envers le septième art, mais le clin d'oeil demeure quelque peu facile en l'état. Noé accuse une forme considérable, mais se fourvoie dans sa propre création. Le film se montre un tantinet égocentrique par moment : Gaspar Noé s’auto-déclare un amour prépondérant envers lui-même. Si la démarche artistique peut être rigolote au premier abord, on en viendra à très vite en avoir ras le bol. Il manque une consistance certaine à Love, les deux tourtereaux auraient mérité de vivre une histoire bien plus riche que l’addiction qu’ils se portent l’un envers l’autre. D’un amour véritable et viscéral, Noé en tire une œuvre quelque peu paresseuse laissant un goût d’inachevé indéniable.

Love témoigne un léger essoufflement chez Gaspar Noé. S’il sait toujours aussi bien mettre en scène ses histoires, le film tourne très rapidement en rond et laisse le spectateur sur sa faim. On lui préférera Nymphomaniac qui, lui, était réellement complet dans ses démarches.

Informations

Détails du Film Love
Origine France - Belgique Signalétique Interdit aux moins de 18 ans
Catégorie Film Genre Drame - Romance - Erotique - Pornographique
Version Cinéma Durée 129 '
Sortie 15/07/2015 Reprise -
Réalisateur Gaspar Noé Compositeur Aucun
Casting Karl Glusman - Aomi Muyock - Klara Kristin
Synopsis Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d'Electra lui demande, très inquiète, s'il n'a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu'il lui soit arrivé un accident grave. Au cours d'une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d'amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d'excès et d'erreurs...

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