Critique Body Double

Body Double
Body Double est une pièce maîtresse de la filmographie de Brian De Palma. Une maîtrise stupéfiante de l’espace et du temps.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Le plus grand fan d’Alfred Hitchcock ! Quand on évoque le nom de Brian De Palma, il est impossible de le dissocier de celui du maître du suspense. Body Double demeure probablement son ultime hommage, le dernier tour de force le plus significatif envers la carrière du grand Alfred. Nombreux sont les clins d’yeux parsemant cette œuvre troublante et importante dans la filmographie de De Palma. Nous sommes en 1984, De Palma sort d’une énorme aventure avec le remake de Scarface. Il ressent le besoin de revenir vers un cinéma plus indépendant et de mettre un terme aux influences qui l’ont poussé jusqu’alors. À cette période de sa carrière, De Palma estime qu’il a appris tout ce qu’il pouvait du maître Hitchcock tout en se perfectionnant son propre style et ne désire pas réitérer le type d’approche qu’il a mis en place sur Obsession, Pulsions et Blow Out. Au départ, il ne souhaitait pas mettre en scène Body Double, pensant confier la réalisation à un certain Ken Wiederhorn (Le Commando des Morts-Vivants, Le Retour des Morts-Vivants 2) qui l’avait surpris avec son film Eyes of a Stranger. Seulement, Columbia Pictures ont forcé De Palma à arrêter cette collaboration avec Wiederhorn, car ils n’acceptaient de financer le film qu’à l’unique condition que ce soit lui-même qui le réalise. Ainsi, De Palma nous plonge aux côtés de Jake, acteur de séries B en proie à des crises de claustrophobie. Interloqué après qu’il ait découvert que sa compagne lui est infidèle, il est hébergé chez un acteur dont il vient de faire la connaissance suite à plusieurs castings. L’appartement domine toutes les hauteurs de Los Angeles, ce qui arrange Jake qui se donne à cœur joie d’espionner une de ses voisines quelque peu exhibitionniste. Jake commence à nourrir un fantasme débordant pour cette mystérieuse voisine, allant jusqu’à la suivre dans son quotidien. C’est ainsi qu’il se rend compte que cette dernière est traquée par un mystérieux individu qui n’hésitera pas à l’assassiner sous ses propres yeux.

Une maîtrise stupéfiante de l’espace et du temps dans laquelle s’enferme un casting parfait, une musique parfaite et un réalisateur au sommet de son art.

Sueurs Froides et Fenêtre Sur Cour sont bien évidemment les deux références les plus évidentes lorsque l’on aborde Body Double. De Palma créé une sorte d’adieu presque déchirant à Alfred Hitchock puisque ce film sera le dernier de sa filmographie, jusqu’à maintenant, à explicitement avouer ses inspirations. Œuvre pratiquement thérapeutique pour De Palma, Body Double offre une intronisation de la part de son auteur extrêmement intime. De Palma décortique tous les revers du métier, le septième art est passé sous toutes les coutures. Le spectateur devient le jouet de Brian De Palma. Sans jamais nous en donner pleinement conscience, De Palma nous mène par le bout du nez au cœur d’une enquête torturée où les pulsions du héros régissent notre propre conditionnement. Body Double ne peut être plus explicite dans son titre : nous sommes les propres doublures du personnage de Jake, nous sommes les manipulés. De Palma s’extirpe de sa condition de réalisateur fanatique pour mieux admirer la fascination qu’il éprouve à l’égard de sa propre œuvre. Ainsi, le rythme adopté dans Body Double est extrêmement contemplatif, lancinant et sexy. Plus que de l’enjouement, c’est réellement de la fascination voyeuriste qui naîtra dans les yeux du spectateur qui assiste, désavoué, à toute la prouesse technique de De Palma. Le roi du suspense contemporain nous régale les rétines par des profondeurs de champs hallucinés, des plans-séquences remarquables et une musique envoutante. La bande originale composée par Pino Donaggio est splendide. Le thème récurrent du film est d’une beauté ahurissante. Un score qui amène la fascination recherchée par son auteur sur un magnifique piédestal.

Body Double est une pièce maîtresse de la filmographie de Brian De Palma.

Plusieurs fois De Palma brisera le quatrième mur afin de nous immerger au cœur des coulisses de l’industrie. Si l’essai paraît anodin, il n’en sera rien tant le spectateur sera berné par les intentions de son auteur. De Palma s’en sert comme une force imparable. L’exemple le plus frappant sera cette fameuse séquence où, depuis le clip de Frankie Goes to Hollywood, De Palma introduit son héros dans le monde de la pornographie. L’alchimie qui opère alors entre Craig Wasson et Melanie Griffith est stupéfiante de beauté. Séquence à la fois animale, sexuelle, bestiale et onirique (en quelque sorte), De Palma transcende l’idée même de son film. Wasson accuse un jeu impressionnant, lui-même ne sait jamais vraiment s’il vit une réalité ou si la réalité est en train de le duper. Body Double tisse ainsi une toile d’araignée assez stupéfiante de laquelle on pensera ne jamais s’en sortir. C’était sans compter sur l’épilogue relativement bluffant que nous offrira De Palma. Comme un adieu presque avoué à celui qui lui aura donné envie de faire du cinéma, De Palma conclue Body Double presque de manière anecdotique, comme l’ultime tour de force d’un artiste sentant sérieusement le besoin de devenir quelqu’un d’autre. C’est fort, très fort !

Body Double est une pièce maîtresse de la filmographie de Brian De Palma. Une maîtrise stupéfiante de l’espace et du temps dans laquelle s’enferme un casting parfait, une musique parfaite et un réalisateur au sommet de son art. À voir impérativement !

Informations

Détails du Film Body Double
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller - Drame - Policier
Version Cinéma Durée 114 '
Sortie 20/02/1985 Reprise -
Réalisateur Brian De Palma Compositeur Pino Donaggio
Casting Melanie Griffith - Craig Wasson - Gregg Henry - Deborah Shelton
Synopsis Jack, jeune comédien au chomage souffrant de claustrophobie, occupe pendant quelque temps l'appartement d'un ami. Profitant de la vue panoramique, il observe sa charmante voisine, Gloria, dont il ne tarde pas à devenir fou amoureux. A force de l'épier, il assiste un jour à l'assassinat de la jeune femme...

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