CRITIQUE : Enragés


Enragés

Critique du Film

Enragés comme des chiens mordant à pleine dent une cinéphilie déviante, plus particulièrement de genre, le cinéma français voit s’installer doucement, mais sûrement une génération de réalisateurs entre 30/40 ans ayant grandi loin de la nouvelle vague. Ces réalisateurs en devenir (ou déjà installés) ont été nourris au cinéma américain et tout ce qui trainait dans les vidéo-clubs de quartier et ce qui circulé dans les divers magazines spécialisés. Cette génération arrive avec un culot monstre portant à bras le corps des projets fous, loin d’être en adéquation avec le cinéma actuel à base de comédie et de Kev Adams. Cette génération s’appelle Maury & Bustillo (Aux Yeux des Vivants), Christophe Gans (La Belle et la Bête), Nicolas Boukhrief (Made in France), Alexandre Aja, Benjamin Rocher (Antigang) ou Yannick Dahan (La Horde). C’est lui même que l’on retrouve derrière Enragés accompagnant Eric Hannezo pour l’écriture du film. Ancien journaliste chez Mad Movies et grand critique une fois par mois pour Opération Frisson sur CinéFrisson, Yannick Dahan aide dans la démarche d’Eric Hannezo à concrétiser l’adaptation libre de Rabid Dogs, œuvre ayant véhiculée comme une légende urbaine cinéphilique pendant nombres d’années chez les passionnés.

Cette génération de metteurs en scène se représente par le fait d’une certaine (im)pertinence, une volontée audacieuse à amener des propositions de divertissement ample dépassant allégrement les frontières francophiles. Enragés vient de cette volonté à faire du cinéma français une évidence concrète envers le spectateur de sa richesse et l’effondrement de celui-ci depuis 30ans. Enragés s’attaque non pas à son patrimoine propre, mais celui de l’Italie et de son maître de la photo, qu’était le grand Mario Bava. Reconnu par sa direction photo magistrale et adoré pour ces longs-métrages âpres, tendus et violents, Eric Hannezo prend librement les rênes du dernier grand film de Mario Bava.

Eric Hannezo, par son premier film, arrive à proposer une belle envie de cinéma.

Enragés suit la cavale sanglante de quatre criminels trouvant refuge dans un centre commercial où éclatent coups de feu et mouvements de panique. Cernés, ils abattent un homme et prennent en otage une femme. Acculés, ils arrêtent une voiture et prennent la fuite. À bord, un père et son enfant malade, qu’il doit emmener d’urgence à l’hôpital. Hors de contrôle, leur fuite va se transformer en traque sans merci. Désormais, il n’y a plus aucun retour possible pour ces chiens enragés...

Enragés est une vraie proposition de cinéma français, d'où l’espoir que cet essai ne reste pas sans lendemain. Une envie loin d’être vaine par la rage d’un metteur en scène à monter son projet et le concrétiser. Alors Enragés sera un brin surchargé. D’un générique giallesque beau, mais ne collant jamais aux teintes du long-métrage ou à des soubresauts cauchemardesques accrocheurs, mais déroutants, Enragés lâche les bêtes sur un chemin sinueux dont un public totalement vierge ne pourra sortir indemne.

Dans Enragés, Eric Hannezo reclasse proprement toutes les qualités de l’œuvre originale, et essaie, parfois vainement, de remodeler les défauts du film de Bava. Ainsi, dans cette adaptation 2015, finies les longueurs de la route et la claustrophobie d’une voiture imbibée de sueurs d’hommes. Ici, toutes les occasions seront prises pour s’y échapper. Car le parti pris d’Eric Hannezo est d’instaurer cette claustrophobie dans la tête même des personnages, d’où les visions d’adrénalines sanglantes habitant parfois le long-métrage. Le néo-réalisateur pose son regard sur des hommes jeunes perdus par la vie et dont les choix les amèneront vers une violence brutale. Eric Hannezo met en perspective notre monde perdu face à des hommes ayant besoin de réagir pour survivre. Les mauvais choix s’accumuleront, laissant des cadavres sur la route.

Le long-métrage est alors un essai de genre mêlé à un regard d’un auteur prometteur bouffé de l’intérieur par son envie de cinéma. Et rien que pour cela, Enragés est une réussite.

Dans sa quête d’humanisation, Eric Hannezo laisse les pseudonymes originaux de «Docteur, Bistouri ou 32» pour de simple Sabri, Vincent et Manu. Pour le jeune metteur en scène, il ne s’agit que d’hommes à la dérive dont le braquo et la fuite seront la bouée d’une vie en éclat. Chaque moment de cette cavale aura un impact dans la chute de chacun, un éclatement de l’âme les rendant enragés.

Eric Hannezo, par son premier film, arrive à proposer une belle envie de cinéma. Une curiosité obscure par son fait de s’enfoncer dans les méandres sombres de l’homme. Dans Enragés, l’homme redevient une bête apeurée prise dans les barbelés de la vie. Le long-métrage est alors un essai de genre mêlé à un regard d’un auteur prometteur bouffé de l’intérieur par son envie de cinéma. Et rien que pour cela, Enragés est une réussite.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film Enragés
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Thriller - Policier
Version Cinéma Durée 93 '
Sortie 30/09/2015 Reprise -
Réalisateur Eric Hannezo Compositeur Laurent Eyquem
Casting Lambert Wilson - Franck Gastambide - Guillaume Gouix - Laurent Lucas - Virginie Ledoyen - François Arnaud
Synopsis Un braquage tourne mal. Les 4 criminels trouvent refuge dans un centre commercial où éclatent coups de feu et mouvements de panique. Cernés, ils abattent un homme et prennent en otage une femme. Acculés, ils arrêtent une voiture et prennent la fuite. A bord, un père et son enfant malade, qu'il doit emmener d'urgence à l'hôpital. Hors de contrôle, leur fuite va se transformer en traque sans merci. Désormais, il n'y a plus aucun retour possible pour ces chiens enragés...

Par Mathieu Le Berre