On attendait avec beaucoup d'impatience ce fameux épisode de la bataille de Winterfell, habilement et minitieusement préparé par les deux épisodes précédents. Beaucoup avaient annoncé la bataille la plus impressionnante jamais vue sur grand ou petit écran, renvoyant aux oubliettes celle de Helm’s Deep, longue de 40 minutes, dans Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours et effaçant donc les frontières déjà poreuses entre cinéma et télévision. Pour une fois, la rumeur n'avait pas menti. Avec 82 minutes au compteur, cet épisode intitulé La Longue Nuit pulvérise les records de durée et d'intensité jamais vus pour une bataille dans une fiction audiovisuelle et va sans doute entrer dans la légende des séries télévisées et détrôner probablement La Bataille des Bâtards comme épisode le plus apprécié des téléspectateurs. L'ironie du sort veut sans doute que Game of Thrones atteigne son apogée avec une thématique qui aurait normalement dû profiter à The Walking Dead, série qui semble couler inéluctablement. 

S'inspirant à la fois de La Nuit des Morts-vivants de George Romero et d'Assault de John Carpenter, Miguel Sapochnik, déjà à la manœuvre pour La Bataille des Bâtards, a réalisé un épisode de folie, un coup de maître, où aucun relâchement n'est permis, tenant en haleine jusqu'à un dénouement extraordinaire. Rarement on aura senti aussi physiquement l'oppression de la mort en marche. Les créateurs de la série et scénaristes de cet épisode, David Bénioff et D.B. Weiss ont opéré des choix radicaux. L'épisode se passera entièrement de nuit, avant l'apparition de l'aube, ce qui fait que nous sommes souvent plongés dans un clair-obscur que n'aurait guère renié Rembrandt. Il commence par quinze minutes presque silencieuses - joli hommage au cinéma muet- où tous les combattants de Westeros -Jaime, Brienne, Jorah, Tormund, le Limier, Arya, etc. - se trouvent sur le qui-vive, en état d'extrême tension, en attendant l'armée des Marcheurs Blancs, dirigée par le Roi de la Nuit. 

Miguel Sapochnik va alors alterner magistralement quatre points de vue, celui terrien sur la bataille proprement dite, celui aérien des dragons que chevauchent Daenerys, Jon Snow et Le Roi de la Nuit, celui souterrain de la crypte où attendent fébrilement Tyrion, Sansa, Varys, Missandei, Véré et les femmes et enfants et enfin celui du Bois Sacré où Bran est exposé en appât pour amener le Roi de la Nuit à s'exposer.  

En dépit de l'appui inattendu de Mélisandre qui est venue mourir à Westeros (elle prévient d'emblée Ser Davos qu'elle mourra avant l'aube), et enflamme les armes des Dothkaris ainsi que les fossés, on s'aperçoit relativement vite que par le nombre de combattants, l'armée des morts oblige rapidement celle de Westeros à se replier et envahit les remparts de Winterfell. Comme le dit Sandor Clegane, prostré, "on ne se bat pas contre la mort, elle va gagner de toute façon". Les pertes sont donc importantes du côté des alliés.

[ATTENTION SPOILERS] On pourra donc déplorer les morts de divers personnages : Ed sauvant son ami Sam Tarly, Lyanna Mormont réussissant à tuer de manière saisissante Wun Wun passé du côté des Marcheurs Blancs, Béric Dondarrion sauvant Arya des griffes des morts-vivants (Mélisandre révélera qu'il a été ressuscité par le Maître de la Lumière uniquement pour accomplir cette mission), Jorah Mormont combattant comme un beau diable pour éviter à Daenerys un trépas prématuré et enfin Theon Greyjoy qui défendra bec et ongles la vie de Bran Stark et obtiendra au dernier moment sa rédemption, de manière très émouvante, de la part de Bran ("Theon, tu es un homme bon"). 

L'essentiel de l'épisode permet donc de voir la défaite inéluctable de l'armée de Daenerys et Jon Snow, soulignée par une très belle musique mélancolique associant piano et formation à cordes, composée par Ramin Djawadi, dans la lignée de celle signée pour l'explosion du Septuaire de Baelor. Il fallait se demander d'où pouvait éventuellement venir le sursaut salvateur. On a cru le moment arrivé vers la 58ème minute lorsque Daenerys lancera son fameux "Dracarys" sur le Roi de la Nuit qui aura l'outrecuidance de supporter très bien les flammes et de sourire à la Mère des Dragons. On a espéré également que ce moment pouvait venir de Jon Snow lorsqu'il s'est dirigé vers lui en s'apprêtant à le tuer, même de dos. Mais il a suffi que Le Roi de la Nuit ressuscite tous les morts qui entouraient Jon Snow pour que sa tentative tourne court. Enfin on pensait que Bran, au tout dernier moment, alors que Le Roi de la Nuit levait déjà son épée sur lui, trouverait par ses pouvoirs de Corneille à trois yeux ou de Zoman (dans cet épisode, il a volé en prenant le contrôle de Drogon) une parade définitive. Que nenni! C'est en fait sa sœur Arya Stark (fabuleuse Maisie Williams) qui, à l'ultime moment, en utilisant son poignard en acier valyrien, décochera le coup mortel au Roi de la Nuit, détruisant par la même occasion son armée des morts. 

Or lors de cet épisode, Arya a été auparavant sauvée de situations périlleuses par le Limier et Béric Dondarrion, ce dernier se sacrifiant même pour lui permettre d'avoir la vie sauve. Elle a alors retrouvé Mélisandre qui lui avait prédit qu'elle fermerait des yeux marrons, verts et bleus (donc des Marcheurs Blancs). Cette même Mélisandre lui demande alors "que dit-on au dieu de la Mort?". Arya répond "pas aujourd'hui" et va donc dans le Bois Sacré attendre en embuscade le Roi de la Nuit.  Dans la saison 7, Mélisandre a annoncé à Daenerys que le Prince de la Lumière, Azor Ahai, délivrerait le monde des ténèbres, et a précisé que ce prince pouvait être une femme, cette description pouvant caractériser autant Jon Snow que Daenerys. Et si Mélisandre avait volontairement (ou pas) fait fausse route? Sur la trace du "prince qui fut promis", elle a pour mission de révéler ce dernier à lui-même et de lui donner les moyens d'accomplir sa mission salvatrice face aux ténèbres. Or, en conseillant Arya, ne lui a-t-elle pas fourni la possibilité d'éradiquer le Roi de la Nuit et son armée? Et si Azor Ahai n'était ni Jon Snow ni Daenerys, mais bien plutôt Arya Stark?

Dans la bande-annonce de l'épisode 4, ce n'est pourtant pas la solution retenue par le peuple de Winterfell qui semble se ranger largement derrière Daenerys. Jon Snow ne paraît donc pas avoir réclamé la couronne dont il est l'héritier légitime et s'effacerait derrière la Mère des Dragons qui vogue vers Port-Réal disputer le Trône à Cersei Lannister. De son côté, Sansa semble rester à Winterfell dont elle va superviser la reconstruction. Quatre solutions de couples royaux paraissent donc être envisageables:

1) Cersei Lannister et Euron Greyjoy, solution qui ne semble guère viable. 

2) Daenerys Targaryen avec (ou pas) Jon Snow. Solution probable mais qui ne sera peut-être pas amenée à durer. 

3) L'épisode 3 a permis de montrer un rapprochement évident mais passé inaperçu entre Tyrion Lannister et Sansa Stark. Tous les deux confinés dans la crypte ont l'occasion de se retrouver et de dialoguer. Tyrion lui lance "nous aurions dû rester mariés", Sansa répliquant "vous étiez le meilleur de tous". Mais elle finit par dire que ce mariage aurait échoué, en raison de la loyauté de Tyrion envers la Reine Dragon, désignant directement Daenerys comme un obstacle à leur union. Ce rapprochement sera confirmé quelques minutes plus tard lorsque Tyrion baisera la main de Sansa, comme une preuve d'amour, avant d'affronter le danger. 

4) Après avoir perdu sa virginité avec Gendry et tué le Roi de la Nuit en quelques heures , Arya continue sur sa lancée puisqu'on la voit dans un plan fugitif de la bande-annonce de l'épisode 4, en pleines effusions sentimentales avec le beau bâtard de Robert Baratheon. Cette solution apparaissait improbable mais en deux épisodes, Arya et Gendry apparaissent comme un couple crédible, prétendant au Trône, en particulier si Arya est Azhor Ahai, à condition que les places se libèrent devant eux. 

5) Il reste évidemment la solution assez satisfaisante que le Trône ne soit occupé par personne et soit finalement détruit, cette quête du pouvoir ayant causé suffisamment de mal. 

Quoi qu'il en soit, cet épisode, La Longue Nuit, restera dans les annales de la télévision, comme un moment épique de référence, où le grand spectacle a basculé d'un seul coup dans tous les foyers.