Roméo et Juliette ratés

Notre voyage festivalier s'ouvre sur une mixture fade : Le Photographe, une comédie romantique réalisée par Ritesh Batra (nul autre que l'auteur de The Lunchbox) et sortie des fours d'Amazon Studio. Difficile de croire que ce film vienne de la même main que le drame indien qui avait fait un carton 6 ans plus tôt. Là où The Lunchbox réussissait à convaincre par son rythme et son épopée attachante, Le Photographe largue son spectateur dans un flot vide de sens. La comédie romantique coche toutes les cases du film bollywoodien (Roméo et Juliette à Mumbai, des questionnements sur la société) en soustrayant la sensation entraînante impulsée par un rythme dynamique. L'un galère en tant que photographe de rue, l'autre continue des hautes études grâce à une famille qu'on devine aisée. Plusieurs ingrédients convaincants ne suffiront pas à faire prendre la sauce. On se retrouve devant une histoire soporifique déjà vue, portée par deux protagonistes hyper-banals. Seule lueur éclatante du récit qui nous tire de notre somnolence : la grand-mère cocasse du personnage principal. La vieille femme dont on peut lire le passé derrière les plissures du visage surprend par ses punchlines sans vergogne tout en rabaissant son petit-fils : "elle partira si tu ne ramènes pas d'argent au foyer". Finalement, Le Photographe n'évoque pas grand chose mis à part l'envie de sortir de la salle boire un coca bien frais (grâce à l'accent mis sur la recherche du "campa cola" - un coca local représentant une sorte de concentration de la tradition perdue, écrasée par la mondialisation en Inde).

Lumière d'amour

On attendait le second long métrage réalisé par Casey Affleck comme le Messie. Le titre ne pourrait être mieux choisi. Avec son Light of my Life Affleck délivre une épopée humaniste à la sincérité transperçante de beauté. La "lumière de la vie" du personnage de Casey, c'est sa fille, une boule d'énergie tendre et tête de mule. Savant mélange personnalisé entre Manchester by the Sea, Leave No Trace et la série The Handmaid's Tale, Light of my Life percute le cœur par son réalisme poignant et la maîtrise du doux-drame subtil. Tel un ours déterminé et plein d'empathie, un père entraîne sa fille à survivre au sein d'une société dans laquelle une pandémie a décimé toutes les femmes. Il sera moins question d'anticipation dystopique que d'émotions brutes, incarnées et capturées magnifiquement par un artiste complet. Que celui qui n'apprécie pas la figure touchante et dévastatrice de Casey Affleck déguerpisse; ou bien qu'il se fasse surprendre par ce portrait de famille vibrant et profond. L'amour semble transpirer par tous les pores de l'écran.

Loufoqueries animées

La rencontre avec le collectif Meat Dept. a égayé l'après-midi des festivaliers curieux des autres pendants du cinéma. En plus d'une exposition au cœur du Cyel pour le festival, les trois membres et amis de Meat Dept. reviennent sur 20 ans de leur histoire dans le monde de l'animation (clips, dessins, jeux vidéos...). Notamment à l'origine de la série dessinée Les Lascars et de clips comme Hell in the Fire (Mr. Oizo), les créateurs balancent anecdotes loufoques et passionnantes au public et donnent envie de découvrir leur univers bizarroïde et hypnotisant.