Le Festival continue avec cette fois-ci le cap sur les reprises. C'est un choix délibéré de notre part, afin d'équilibrer notre programme entre nouveautés, avant-premières et classiques méconnus à redécouvrir. Il faut avouer aussi que les nouveautés du jour ne nous tentaient pas forcément. Or dans cette hypothèse, l'Etrange Festival a immédiatement son lot de reprises qui font preuve d'un goût très sûr en la matière. 

C'était ainsi le cas pour Les Pommes d'Adam, un film danois un peu oublié aujourd'hui qui a pourtant été nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger. Moins connu que Lars Von Trier, Nicolas Winding Refn ou Thomas Vinterberg, Anders Thomas Jensen a pourtant mis en place une collaboration au long cours avec Mads Mikkelsen son acteur fétiche, en particulier récemment avec Men and Chicken. Dans les Pommes d'Adam, il instaure un tandem comique entre Mads Mikkelsen, pasteur un peu délirant et Ulrich Thomsen (Festen), irrésistible en néo-nazi en réinsertion. Le film est très drôle, ce qui est assez rare et notable pour un film danois, et montre un monde devenu fou et partagé entre bien et mal dans une communauté de repris de justice. Une curiosité jubilatoire. 

Comme on l'aura remarqué, souvent le film de 22h est meilleur que le film de 19h car répondant moins à une programmation mainstream et accueillant des auteurs qui se lâchent complètement dans leurs films. Ou alors nos défenses affectives et émotionnelles deviennent plus poreuses avec l'avancée de la nuit. C'était encore le cas aujourd'hui avec Strange Days de Kathryn Bigelow, présenté par Emilie Jouvet. Aujourd'hui film culte, Strange Days a pourtant bien failli couler à jamais la carrière de Kathryn Bigelow, seule cinéaste femme oscarisée depuis à Hollywood. Le film présente les deux derniers jours du vingtième siècle, les 30 et 31 décembre 1999,  sur fond de deals de technoclips qui permettent de revivre n'importe quelle situation par procuration en les branchant sur le cortex cérébral. Lenny Nero, ex-flic reconverti en dealer de ces clips, reçoit un jour celui de l'assassinat de l'une de ses amies, prostituée...Tiré d'un scénario de James Cameron et Jay Cocks, Strange Days demeure aujourd'hui ultra-brillant dans sa mise en scène et terriblement prémonitoire dans sa description du futur. Internet ne s'était pas encore autant développé et nous fournit aujourd'hui notre dose quotidienne de technoclips. La violence raciale et discriminatoire ne cesse de faire rage. Strange days documente cet état de fait alors qu'il n'existait pas encore. Avec Strange Days, Kathryn Bigelow signe sans doute son meilleur film où les séquences d'anthologie foisonnent sans discontinuer. Un monument cyber-punk étourdissant de virtuosité où il est très difficile d'imaginer une seule seconde qu'une femme se trouvait derrière la caméra, tant le regard masculin semble prédominant. Et pourtant c'est le cas, formidable Kathryn Bigelow!