Ce mardi soir, il était possible de composer son programme uniquement avec des films américains. Ce fut chose faite car ce ne sera pas le cas tous les jours. Immersion donc dans la vie américaine, ses faux-semblants et ses masques, tout d'abord avec Knives and skin, intrigant premier long métrage de Jennifer Reeder, en compétition à L'Etrange Festival et aussi au Festival de Deauville. Le film relate la disparition de Carolyn, étudiante et majorette à ses heures perdues, anonyme et a priori sans qualités particulières, et ses conséquences sur son entourage plus ou moins proche. L'argument ressemble un peu à la disparition de Laura Palmer dans Twin Peaks, à la différence que la disparue n'était pas une reine de beauté mais une jeune fille qui passait très inaperçue. Néanmoins le style est plus grave, moins sardonique et surréaliste que celui de Lynch. On a plutôt l'impression que cette anecdote est racontée avec la douceur savonneuse de Virgin Suicides de Sofia Coppola ou The Myth of The American Sleepover de David Robert Mitchell. De plus, Jennifer Reeder entrecroise avec virtuosité les réactions de trois familles différentes à la disparition de l'adolescente, dans un récit choral que n'aurait pas désavoué Robert Altman ou le Paul Thomas Anderson de Magnolia. Un très joli premier film très maîtrisé. Le seul reproche que l'on pourrait peut-être faire, et uniquement dans le cadre de l'Etrange Festival, c'est qu'il ne comporte guère d'éléments horrifiques, tout juste quelques éléments fantastiques (un corps est déplacé, des lunettes permettent un contact privilégié avec le ciel des esprits) qui le font sortir du naturalisme basique. Il n'en demeure pas moins un film très sensible et délicat car on s'aperçoit que la jeune fille avait beau être relativement anonyme, elle soudait d'une certaine manière les liens entre les membres d'une communauté. Un de nos favoris parmi les films de la compétition.

Ensuite, le film de 22h s'annonçait être une comédie, ce qui est plutôt rare à L'Etrange Festival. Les réalisatrices de Greener Grass, Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe, ont fait une présentation désopilante et jubilatoire de leur film, avant la projection, qui faisait espérer le meilleur. Pour être tout à fait honnête, on a eu à la fois le pire et le meilleur, Greener Grass s'apparentant aux énormes délires des Farrelly et faisant fi de tout réalisme. On a donc eu droit successivement à une mère qui donne gracieusement son enfant à une autre, un petit garçon qui se transforme en chien, un divorce qui a lieu en rendant une bague de mariage et un enfant qui est en fait un ballon de football américain. Rien que cela. Disons que Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe sont beaucoup plus fortes pour l'invention de situations loufoques que pour l'écriture de dialogues. Notons également que les poignards évoqués dans le précédent film se retrouvent aussi dans une émission de télévision montrant des enfants jouant avec des poignards. C''est cela, l'Amérique. On ne sait pas si le film sortira un jour en salle mais du moins on ne l'aura pas manqué à l'Etrange Festival! Rendez-vous jusqu'au 15 septembre pour la suite des festivités qui s'annonce passionnante.