Maintenant que l'Etrange Festival est reconnu comme "The Place to be" en ce début septembre, on attendait en son sein cette année la révélation d'un grand film et a fortiori d'un grand cinéaste. C'est chose faite depuis ce lundi soir mais ce n'est pas véritablement celui qu'on croyait.  

Comme beaucoup (la salle 500 était quasiment pleine), on est allé voir Adoration de Fabrice Du Welz, dont on ressort assez mitigé. Epaté par la direction d'acteurs et certains plans magnifiques de nature resplendissante, nettement moins impressionné par l'absence de scénario et le point de vue très extérieur qu'adopte la mise en scène sur cette histoire qui aurait pu se révéler bouleversante entre deux jeunes gens, dont l'une s'échappant d'un hôpital psychiatrique. En dépit de la performance de Fantine Harduin, on demeure assez hermétique à cette fiction de passion adolescente qui s'avère plus démonstrative que véritablement incarnée. Adoration ressemble à quelques autres films de Fabrice Du Welz : beaucoup de bonnes intentions, un sens certain de la direction d'acteurs et du cadre mais peu d'émotion au bout du compte, par défaut de justesse du point de vue. On remarquera néanmoins un superbe plan final unissant la boue, la pluie, et le ciel, très tarkovskien dans l'esprit et le style.  

A vrai dire, on hésitait beaucoup entre ce film et Danger, Planète inconnue de Robert Parrish, produit par Gerry et Sylvia Anderson (Thunderbirds, Cosmos 1999), décrit par Jean-Pierre Dionnet dans sa carte blanche, comme le film de science-fiction le plus incroyable qui existe. Dans ces cas-là, l'hésitation devient terrible entre une avant-première et une (re)découverte. Comme vous l'avez sans doute remarqué, on essaie de faire la part équitable entre les nouveaux films et les redécouvertes, avec une légère prime à la nouveauté. On espère malgré tout rattraper un jour Danger, Planète inconnue qui faisait vraiment envie.

Heureusement le grand film qu'on attendait, pressentait, espérait, a débarqué sur les coups de 22h. Le metteur en scène ne payait pas de mine, un grand gaillard aux cheveux longs, portant un immense chapeau. On se dit alors que le film va être drôle, léger et sans conséquences. C'est son premier séjour à Paris et une de ses phrases nous fait dresser l'oreille " j'ai toujours aimé les films étranges car cela révèle ce qui se trouve à l'intérieur des gens". Swallow décrit le cas pathologique d'une jeune femme mariée à l'abri du besoin, Hunter, qui a pour manie d'avaler des objets plus ou moins petits ou pointus. Ce trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, se caractérise par l'ingestion d'objets dangereux. Se livrer à ce passe-temps permet étrangement à Hunter de se sentir bien. Sa pathologie s'aggrave à partir du moment où elle tombe enceinte de son mari, un jeune cadre dynamique imbu de lui-même. Depuis Safe, le chef-d'oeuvre de Todd Haynes, avec Julianne Moore, on a rarement aussi bien décrit le cauchemar climatisé de ces vies embourgeoisées qui finissent par étouffer ceux qui ne s'y reconnaissent plus. Avec un sens du cadre absolument étonnant pour un premier film, Carlo Mirabella-Davis nous scotche à l'écran en nous montrant une personne perdue dans ce qui, pour d'autres, représenterait le bonheur absolu. Avec patience et minutie, il va s'attacher à nous faire comprendre de l'intérieur pourquoi cette personne ne peut faire autrement que s'auto-détruire et si elle peut éventuellement s'en sortir. Se situant physiquement entre Jennifer Lawrence et Bryce Dallas Howard, Haley Bennett, qu'on avait vue sans forcément la remarquer dans Kaboom de Gregg Araki, se révèle hallucinante dans un rôle qui, si le monde était juste, la mènerait jusqu'aux Oscars. Carlo Mirabella-Davis, retenez bien son nom, présente son film en même temps à l'Etrange Festival et au Festival de Deauville. Il serait invraisemblable qu'il ne remporte pas un prix à Deauville ou à Paris. Pour notre part, en dépit de la concurrence élevée de cette année (Vivarium, 1BR), on en a déjà fait notre favori. Grand film. A ne pas manquer.