Ce vendredi 6 septembre était à marquer d'une croix blanche dans l'histoire de l'Etrange Festival. Car, pour ses 25 ans, il a incontestablement pris son rythme de croisière ce jour-là, avec trois séances qu'on pouvait enchaîner à la suite, comme à la parade, en plus avec trois films intéressants, voire passionnants à des titres divers.

Cela commence ainsi avec la présentation de la nouvelle version de Irréversible, le film-choc de Gaspar Noé, retitré Irréversible, inversion intégrale. Il s'agit, vous l'avez compris, de la version du film, remontée dans l'ordre chronologique, permettant selon Noé de mieux prendre conscience du drame qui se joue dans le film. Présentée quelques jours après l'avant-première de Venise, quasiment toute l'équipe était là : Noé, Dupontel, Monica Bellucci, Joe Prestia et Phillippe Nahon, s'étant déplacé courageusement à son âge avancé. Seul Vincent Cassel manquait à l'appel alors qu'il était présent à Venise. Cette présentation a permis d'apprécier le charme toujours aussi sublime de la Bellucci qui formait avec Dupontel un duo humoristique détonant.

Le film en lui-même garde ses qualités et ses défauts. Ses qualités : une expérimentation constante et un tour de force de mise en scène, la totalité du film étant réalisée en plans-séquences. Ses défauts : une volonté outrancière de tout montrer et d'aller très loin dans la violence et la sexualité, sans nuances. On se demande même si Quentin Tarantino lui-même ne s'est pas inspiré d'Irréversible pour la fin de Once upon...En effet, à la fin, comme dans le film de Tarantino, on observe deux amis qui sont pris dans un événement qui les dépasse : l'un ira à l'hôpital (Cassel comme Pitt) alors que l'autre qui s'est tenu en retrait pendant l'essentiel de l'action donnera le coup de grâce (DiCaprio comme Dupontel). Si l'on rajoute que les membres de la secte Manson sont démolis de la même manière que le faux coupable d'Irréversible, les similitudes deviennent assez troublantes.

Quoi qu'il en soit, le drame humain de la femme enceinte violée et tuée (comme Sharon Tate) devient plus lisible et compréhensible dans cette version débarrassée de la narration en chronologie inversée, ainsi que ce qui aboutit au meurtre à l'extincteur. On ne peut néanmoins s'empêcher de penser "à quoi bon" devant ce jusqu'au-boutisme. On est passé du mantra "Le Temps détruit tout " au "Temps révèle tout". En tout cas, la scène du viol est toujours aussi éprouvante ; en témoigne une petite dame d'un certain âge installée au rang juste au-dessus de nous qui était hagarde à la fin de cette séquence, victime peut-être d'un AVC et qu'on a dû rapatrier, allongée. On espère qu'elle a survécu.

Après la tornade Irréversible, tous les films semblent assez tranquilles. C'était le cas de The Room de Christian Volckman, qui bénéficiait de la présence d'une autre actrice-mannequin, Olga Kurylenko. L'idée de départ est assez intrigante : un couple trouve dans une maison une pièce qui permet de réaliser tous leurs désirs, à condition que leurs réalisations ne quittent pas la maison, sinon elles s'auto-détruisent. Néanmoins, au bout d'une heure, une certaine vacuité de l'ensemble s'installe. On notera une similarité avec l'intrigue de Vivarium puisque le couple sera aussi amené à élever un bambin qui va grandir à très grande vitesse, ainsi qu'un dernier plan lynchien, une lampe qui disjoncte.

Enfin l'excellent 1BR a permis de clore la soirée sur un cauchemar relatif à l'embrigadement dans une secte. Plutôt bien écrit et réalisé, 1BR donne l'occasion à David Marmor de créer une atmosphère de film d'horreur sur une intrigue banale de voisinage. Par petites touches, on bascule dans un mauvais rêve où les candidats à l'obtention d'un logement deviennent les victimes d'une initiation. On s'aperçoit alors que la secte a peut-être envahi toute l'Amérique. Un sérieux candidat au Prix Nouveau Genre qui doit récompenser un film dans la compétition.